CHAPITRE PREMIER
Observations des anciens. — Fauconniers. — Vol ramé et vol à voile. — Voyageurs et naturalistes. — Évolutions des oiseaux dans le vol ramé : carrières et degrés, passades, chute foudroyante, ressource, pointe, etc. — Manœuvres des oiseaux voiliers : saut au moment de Tessor, route par bordées, plongées, vol à tire-d*aile. — Doutes émis sur la réalité du vol à voile; hypothèses de courants d'air ascendants. — Définition du vol à voile : nécessité du vent pour qu'il soit possible. — Attitude des ailes et de la queue de l'oiseau dans le vol à voile. — Observations de Basté sur le vol à voile. — Observations de Bakounine. — Insuffisance de l'observation; projets d'expériences sur le vola voile.
Le temps, qui efface le souvenir des plus grands événements, en dénature certains autres et les amplifie parfois d une manière démesurée. La légende prête à Dédale l'invention d'ailes qui
MAnsY. — Vol des oiseaux. 1
lui permirent de s'enfuir du labyrinthe de Crète avec son fils l'imprudent Icare; elle attribue à Archytas la construction d'une machine en forme de Colombe qui s'envolait par les airs. On pourrait croire, d'après ces récits, que le mécanisme du vol était parfaitement connu des anciens ; mais une critique basée sur la raison accorde à Dédale la gloire d'avoir imaginé la voile des navires, à Archytas* l'invention du cerf- volant.
§ 1. Observations des anciens. — Si l'on en juge par les textes qui nous sont parvenus, l'antiquité n'avait même pas observé avec beaucoup de soin le vol des oiseaux.
Aristote se borne à dire que le vol s'effectue par le mouvement des ailes qui s'ouvrent et se ferment tour à tour, et que la queue do l'oiseau agit à la façon d'un gouvernail. Il ajoute que, chez les espèces dont la queue est peu développée, le rôle de gouvernail est rempli par les jambes qui s'étendent fortement en arrière, comme cela se voit chez les Cigognes.
Pline l'Ancien fut un observateur sagace ; il nota les différents caractères de la marche des oiseaux sur le sol et fit au sujet du vol cette remarque importante, que l'oiseau, avant de s'envoler, cherche d'abord à acquérir une certaine vitesse, soit en sautant^ soit en courant ou en se laissant tomber d'un lieu élevé. Le Canard seul, dit-il, fait exception à cette règle, car il s'envole en s'élevant directement de la surface des eaux.
Galien a indiqué le premier que les oiseaux se maintiennent parfois dans les airs, sans battements d'ailes.
Mais pour trouver d'importantes observations sur les évolutions du vol, il faut se reporter aux écrits plus récents qui traitent de la fauconnerie.
§ 2. Fauconniers. — L'art de la fauconnerie est fort ancien, mais il prit au moyen âge une grande faveur chez toutes les nations de l'Europe; il est encore pratiqué en Afrique et chez quelques peuples de l'Orient. Sans cesse occupés à perfectionner
1. Archytas, 400 ans avant notre ère, savant, homme d'État et grand capitaine, fut un des maîtres de Platon. On lui doit l'invention de la poulie et de la vis.
leur art, les fauconniers ont acquis et se sont transmis d*âge en âge d'importantes notions sur les caractères du vol des différentes espèces d'oiseaux, sur les manœuvres que les unes emploient pour atteindre leur proie, les autres pour échapper à leurs ennemis. Us ont enseigné Fart de maîtriser les Faucons au moyen du chaperon, celui de remettre à neuf leur plumage lacéré en y entant d'autres plumes. Enfin ils ont observé et décrit, avec un soin minutieux, les évolutions diverses que pratiquent les oiseaux de proie chasseurs.
C'est aux fauconniers qu'on doit la distinction capitale des deux types de vol très différents : le vol ramé, procédant par coups d'ailes successifs, et le vol à voile, dans lequel l'oiseau se transporte par la seule force du vent. Huber*, dans un admirable petit livre, résume parfaitement les observations des fauconniers.
§ 3. Voyageurs et naturalistes. — De nos jours, c'est l'esprit de curiosité, l'ardeur pour les sciences naturelles, le désir et l'espoir de découvrir les lois de la locomotion aérienne qui poussent certains hommes à observer les mœurs des oiseaux et à étudier leur vol.
Audubon a passé une grande partie de sa vie à courir les bois et les plaines d'Amérique pour y trouver les éléments de sa belle iconographie des oiseaux ^ Par lui, nous connaissons les mœurs et le genre de vol d'un grand nombre d'espèces observées en liberté, dans les circonstances les plus variées. Lorsqu'Audubon décrit certains spectacles dont il a été témoin, la migration des Pigeons, par exemple, le vol de la Frégate, l'Aigle à tête blanche poursuivant sa proie, ses récits sont pleins d'intérêt; il y joint des remarques importantes sur les caractères du vol.
D'Esterno^, dans son intéressant ouvrage, montre combien on peut faire d'utiles observations sur les espèces d'oiseaux
\, Huber, Observation sur le vol des oiseaux de proie, Genève, 1784.