Physiologie du parterre, types du spectateur
Rideau , c'est à toi que je m'adresse : daigne entendre ma requête ! J'ai peu de chose à te dire : ne va donc pas t'épouvanter d'avance et trembler, comme à l'approche du terrible régisseur, qui , son bâton de commandement à la main , vient donner le
signal qui doit t'arracher à ta paisible indolence I Ce régisseur-là est vraiment sans pitié, ô rideaul Tu le maudis de grand cœur, et ce n'est pas sans raison :
L'ennui naquit un jour de l'uniformité.
Mieux que nul autre tu dois connaître la ■vérité du proverbe.
En effet , chaque jour, toujours à la même heure , il faut que tu remontes dans ton ciel mystérieux ! toi si bon enfant , et qui ne demanderais pas mieux que de vivre tem'e à terre, comme un simple mortel.
On t'exile de la terre pour aller je ne sais où 'y comme un voyageur nomade qui emporte sa tente , on te force à replier ta bannière aux brillantes couleurs : un pareil ostracisme n'a pas de nom. 0 rideau î tu me fais vraiment de la peine j et c'est parce que je compatis à tes douleurs, toujours les mêmes, qu'aujourd'hui du moins je veux te distraire.
Jusqu'à ce jour la comédie fut la scène j moi, je veux la montrer ailleurs. Ecoute bien , ô rideau ! et garde-toi d'oublier mon programme. Le voici :
« Messieurs les Comédiens ordinaires du » Roi feront aujourd'hui relâche. Ils ne » joueront pas , mais ils verront jouer le )) Spectateur, «
Allons ! rideau, mon ami , bien vite lèvetoi 5 le spectacle sera nouveau pour toi , et depuis long-temps pareille bonne fortune ne t'était survenue.
Et vous , messieurs et mesdames , acteurs et actrices, donnez-vous la peine de prendre vos places. Mon Spectateur entre en scène.
pi)g6iolagie îïe la queue.