‹ Physiologie du poëteChapitre 12 sur 24 · ÉSI · texte numérisé non relu

ÉSI

lier par l'aspect des beautés extérieures. Il restera froid devant un beau site, si ce site ne se trouve pas dans le guide du voyageur; mais il s'enthousiasme pour tout ce qui est consacré par les livres et les Port-Folio. Il a une admiration toujours prête pour les merveilles bien et dûment constatées. C'est le plus intrépide salueur qui soit au monde. 11 ne fait pas un sonnet sans débuter par Texclamation de rigueur : Salut II!... Son vers, toujours monté sur les échâsses du lyrisme le plus effréné, donne à tout ce qu'il rencontre un coup de chapeau admiratif!!! L'année dernière il a visité l'Espagne, V Espagne au ciel bleu; il s'est pâmé devant VAlhambra, et est iombé à la renverse à l'aspect da ÏEscurial; il a fait rimer Grenade avec sérénade^ mantille avec Caslille, Àndalouse !\\ec jalouse ; et il est revenu à Paris jionr faire tirer son admiration à quinze cenis exemplaires. C'est ainsi qu'il a dans sa bibliotlièque tous ses enthousiasmes reliés en veau. Il y a deux ans, il était parti pour la Grèce, cette patrie de Miltîade et d'Aristide. Il avait pleuré sur Athènes, qui a l'avantage de rimer si agréablement avec Démosthènes, 11 s'était promené dans les jardins absents d'Académus; il s'était arrêté

tlevuiii l'Agora atiéanii, et il avail rêvé pciidanl lout un jour à l'ombre du poriJr|ue disparu. D'Alliènes n Jérusalem, il n'y a qu'un pas

|)iiur le Touriste. Noire poète avail scnli, à la vue du tombeau du Christ, un cniliousiasnic aussi vide qnc devant le sarcophage de Thé-

mislocle; et il avait adressé à la Syrie cet éternel salut qu'il a dit à TEspagne, à la Grèce, et qu'il dira bien rôt à T Angleterre, à Flrlande, à TEcosse et h rAllemngnc. Cette année il se rend en Italie; il va à Venise. Salut Piazzetu! salut lion de Saint-Marc! salut pont des Soupirs, et le Lido, et la gondole, et la barcarolle, qui vole, etc., etc. ..Puis il court jusqu'à Rome. Il chante alternativement le Vatican et le Capitôle , Jupiter et Jésus-Christ, César et le pape. 11 fait un sonnet sur la colonne Trajane et un quatrain sur la coupole de Saint-Pierre.

Après avoir fait la révérence devant toutes les pierres célèbres ; après être resté dans une extase perpétuelle en face des moindres beautés italiennes, le poète Touriste termine ordinairement sa tournée artistique par une pièce de vers dans le goût de celle-ci :

Adieu, reine des arts! adieu , blanche Italie, Où Tart à la nature incessamment s*allie !

Adieu, terre du beau , mère des nations, Muséum glorieux des générations!

sol trois fois fécond, dont la mamelle ardente Allaita Raphaël, Michel-Ange et le Dante , Je te quitte à jamais , ô reine sans fierté ! Adieu, tu n'as pas su garder ta liberté !

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La libcrré! voilà lé grand mot lâché! ! ! Ils lui dlsènl lous cela, les malheureux ; ils lui reprochent de n'être pas libre , de n'avoir pas ' une Charte constilulionnclle et une Chambre des Députés qui renverserait sans pitié le temple d'Ântonin s'il nuisait à la construction d'un chemin de fer... Eh ! que ferait-elle de votre lil)erté, cette belle Italie? n'esi-clle pas assez libre comme cela, mon Dicu?N*a-t-elle pas son soleil étincelant, son ciel bleu, ses palais de marbre, ses monuments glorieux , son sol éternel, et son air pur qui jeite des milliers de baisers dans une de ses brises? Ne peut-elle pas se promener dans ses gondoles au bruit de ses flots murmurants, ou courir, sur la voie Âppienne , au milieu de sa poussière d'or? N'at-clle pas son far nienle qui lui tient lieu de bien des' choses, et son macaroni qu'elle ne donnerait pas pour toutes les constitutions du globe? La liberté ! mais vous ne savez donc pas , ô réformateurs «n bottes vernies ! ô théoriciens en gants jaunes! que la liberté est le soleil des nations qui n'en ont pas d'autre? C'est le soleil de l'Angleterre et de la France; regardez si elles y voient plus clair. Contentez-vous donc , A poètes! de chanter sur tous les tons des beau-

t(?s consacrées pnr l'adininiion des siècles; c on I entez -vous de publier vos vers, que personne ne lira, si ce ii'esl moi, pour en livrer quelques lunibeaux un peu chargés à la coiisommaljon de mes dix mille lecleurs. Mais prenez les pays comme ils soiil, puisque nous , consentons bien à vous pi'endre comme vous êtes.

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