‹ Physiologie du système nerveux [microform]Chapitre 69 sur 197 · DE NUTRITION · texte numérisé non relu

DE NUTRITION

Dans Tarticle précédent nous venons', de voir l'impression ré-, sulter de l'action du mouvement de la matière vivante sur la matière vivante ; dans la vie fonctionnelle de nutrition, le mouvement impressionneur agit sur un élément bien déterminé, sur les filets nerveux impressionneurs. L'excitant spécial (l'air, l'aliment, le sang, etc.), que nous avons dit être indispensable à l'accomplissement de toute fonction, impressionne les nerfs sensitifs ; le mouvement de ces derniers se transmet jusqu'à la moelle, et celle-ci transmet à son tour son activité aux nerfs moteurs capables de provoquer le mouvement spécial par lequel la fonction doit s'accomplir.

Prenons un exemple : l'air impressionne les ramifications du pneumo-gastrique ; cette impression est transmise dans la moelle à un centre bien connu (centre respiratoire, nœud vital de Flourens), petit amas de substance grise qui se trouve en rapport avec les origines du spinal et du pneumo-gastrique ; le mouvement impressionneur reçu par les cellules est transmis aux fibres motrices, et celles-ci excitent la contraction musculaire qui doit provoquer l'ouverture de la glotte et lampliation du thorax et

TRANSMISSION DfiS IMP&ESSIOKS. 231

des bronches. Si l'on veut avoir une preuve que la transmission des impressions se fait bien selon ce mécanisme, on n'a qu'à sectionner le nerf pneumo- gastrique au-dessus de l'origine des récurrents ; dès lors les mouvements respiratoires de la glotte sont abolis, les bronches ne se dilatent plus ; il survient de l'engouément, et l'animal ne tarde pas à expirer.

Le foie vit de sa vie organique tant qu'il se borne à puiser les éléments de la bile dans le sang ; mais il exerce sa fonction du moment que sous Tinfluence d'un excitant quelconque cette bile sort des conduits du foie pour entrer dans l'intestin. Ici l'excitation du mouvement fonctionnel doit être recherchée dans les filets nerveux, qui sous l'influence des aliments renfermés dans l'estomac et dans le duodénum provoquent la contraction des canaux excréteurs.

11 est inutile de multiplier nos exemples; la transmission du mouvement impressionneur est la môme pour toutes les fonctions ; pour toutes il y a transmission du mouvement impressionneur jusqu'à la moelle ; de celle-ci ];uiopagation aux filets moteurs, qui à leur tour déterminent la contraction musculaire propre à la fonction.

Les impressions fonctionnelles sont reçues, comme nous l'avons dit, à l'extrémité des plexus périphériques disséminés dans tous les organes de l'économie; ce sont elles qui, dans les conditions normales, transmettent silencieusement le mouvement impressionneur aux divers amas de substance grise disposés le long de l'axe médullaire, et qui accomplissent ainsi leur mission sans que le moi en soit averti. Ces mêmes fibres, sentinelles avancées de l'instinct de conservation, ne restent pas toujours silencieuses : si une cause de trouble surgit dans les tissus, l'excès d'irritation que le milieu anormal produit sur elles exagère leur activité fonctionnelle et elles transmettent le mouvement impressionneur jusqu'au sensorium commune, qui, saisi du danger que court l'organisme, réunit toutes ses ressources pour faire disparaître la cause de trouble. On ne peut s'expliquer autrement la douleur vivement ressentie que causent les lésions pathologiques ou les troubles fonctionnels des organes qui, dans les conditions normales, accomplissent leur évolution dans le silence.

Ces impressions, généralement désignées par les auteurs sous le

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nom d'impressions sensitives générales, sont réellement des impres? sions fonctionnelles de nutrition.

Nous savons que les fibres sensitives des plexus périphériques convergent toutes vers Taxe médullaire, puisqu'en divisant les racines de la moelle on abolit la sensibilité des parties ainsi séparées du centre médullaire ; nous savons encore que ces fibres, accumulées sur le segment postéro-latéral de la moelle (1), continuent leur marche ascensionnelle vers le cerveau, puisqu*en divisant la moelle dans la région cervicale on abolit également la sensibilité dans les parties séparées de l'encéphale; nous savons enfin qu'après leur entre-croisement au niveau de la ré- • gion bulbaire on constate la présence de ces fibres au niveau du plancher du quatrième ventricule (2), et qu'on peut les suivre jusque dans les centres médians de 4a substance grise des couches optiques (3).

La transmission du mouvement impressionneur jusqu'au centre cérébral, jusqu'à ce point où toute impression est sentie, étudiée par l'attention ou transformée en mouvement réactionnel significatif, existe réellement ; elle nous permet d'expliquer l'action variable des dispositions de l'âme sur les fonctions et sur la vie organique elle-même ; si nos fonctions ne deviennent conscientes que dans l'état de trouble et de maladie, réciproquement l'instrument de la sensation et de la pensée peut, lui aussi, par une voie centrifuge, faire retentir dans les fonctions et dans la vie intime des tissus l'influence des dispositions anormales dont il est afiecté ; par cette influence s'expliquent diverses maladies chroniques et quelquefois la mort.

ARTICLE III

La transmission des impressions de la vie de relation se fait d'après un procédé analogue à celui de la transmission des impres-

(1) D'après les expériences de Chauveau, elles sont plus spécialement groupées au niveau des points d'implantation des racines postérieures.

(2) En irritant cette région avec une pointe d'épingle^ on détermine chez les chiens les signes d'une violente douleur. (Vulpian, Mémoires de la Sociéié de biologie, 3« série, t. III, 1862.)

(3) Luy», p. 317.

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