Espèces de voix des divers individus
La principale différence entre' les voix d'hommes et de femmes est généralement celle qui tient à l'élévation. Cependant elles diffèrent aussi pour le timbre , celles d'hommes en ayant un plus dur. Mais il y a encore des nuances particulières dans le timbre -, on en compte deux pour les voix d'hommes et autant pour les voix de femmes. Les timbres des voix- d'hommes sont la basse-taille et le ténor , ceux des voix de femmes , l'alto et le soprano. La basse -taille chante communément sur un ton plus grave que le ténor, et déploie toute sa force dans les tons graves; le ténor chante sur un ton plus élevé que la basse-taille a^ec la voix de poitrine. L'alto est en général une voix plus grave que celle du soprano, et sa force est dans les sons graves de la voix de femme. Mais ces différences ne sont point essentielles ; car il y a des basses-tailles qui peuvent chanter des notes très-hautes , et l'alto monte quelquefois aussi haut que le soprano. La différence essentielle entre la basse-taille et le ténor , entre Talto et le soprano , tient au timbre qui, pour les premiers , comme pour les seconds, varie alors même qu'ils chantent les mêmes sons. Le baryton et le mezzo-soprano sont caractérisés par un timbre 'moins prononcé ; ils ont aussi des hauteurs moyennes dans Téchelle des voix d'homme et de femme. La différence entre la voix t^les personnes sous îe rapport de
rélévation des sons dépend de la longueur diverse des cordes vocales de Thomme et de la femme , dont la proportion est de 3 : 2. Celle qui se rattache au timbre tient à la disposition et à la forme des parois résonnantes , qui sont beaucoup plus grandes dans le larynx de l'homme , où le cartilage thyroïde forme un angle très-marqué en avant. La différence du timbre entre le ténor et la basse-taille, d'un côté, l'alto et le soprano , de l'autre , dépend probablement de qualités encore inconnues des cordes vocales et des parois résonnantes , tant membraneuses que cartilagineuses , qualités à la recherche desquelles il faudrait procéder en examinant les larynx de personnes dont la voix offrirait ces quatre caractères à un très-haut degré. Il faut se représenter cette différence comme étant du genre de celles qui existent entre les instrumens de musique de matière différente , les cordes à boyau et celles en métal , les anches en bois , en métal et en membranes , les instrumens à colonne d'air vibrante ou à parois résonnantes en métal , en bois , eij papier. Ces instrumens peuvent être accordés ensemble , et cependant chacun d'eux rend les sons avec le timbre qui lui est particulier. Le larynx des jeunes garçons ressemble plus à celui de la femme Jqu'à celui de l'homme ; avant l'âge de la puberté, ses cordes vocales n'ont point encore les deux tiers de la longueur qu'elles atteignent à cette époque ; l'angle du cartilage thyroïde est aussi peu saillant que chez la femme. Le jeune garçon est alto ou soprano ; après le changement de forme que son larynx subit de quatorze à quinze ans , il devient basse-taille ou ténor. Tant que cette métamorphose dure, la voix est sans netteté , souvent rauque et criarde , et impropre au chant , jusqu'à ce que l'individu ait contracté l'habitude de mettre en exercice les nouvelles qualités qu'il a acquises. Chez les castrats auxquels les testicules ont été enlevés avant la puberté , la voix ne mue point , et ils conservent celle des femmes. Ce développement , comme celui de
CfeÊZ I'hôMMÈ et JLÈS ANIMAUX. 1 â5
tout ce qui caractérise le sexe masculin , dépend de l'existence des parties génitales préparatrices du germe et du sperme. Les voix d'alto et de soprano des jeunes garçons et des castrats ressemblent à celles des femmes , eu égard à l'élévation , mais elles en diffèrent jusqu'à un certain point pour le timbre , et sont plus perçantes. Liscovius fait remarquer que la voix des castrats n'a pas non plus le même timbre que celle des jeunes garçons, ce qu'il attribue à ce que les parois résonnantes des cavités orale et nasale deviennent aussi spacieuses que chez l'homme , tandis que l'organe vocal reste au même degré que dans l'enfance. Cependant les parois sont également amples chez la femme ; peut-être faut-il attribuer une influence plus réelle au changement que les cartilages et les ligamens subissent eu égard à leur solidité.
3. Espèces de voix d^un même individu, F'oia: de poitrine et de tête.
La plupart des individus de l'espèce humaine , les hommes surtout, outre que leur voix appartient plus ou moins à l'une des classes qui viennent d'être examinées, peuvent encore^ à moins qu'ils ne soient lout-à-fait incapables de chanter, modifier leur voix de manière à lui faire parcourir deux registres de sons, celui des sons de poitrine et celui des sons de tête ou de fausset. La voix de poitrine est plus pleine que celle de fausset, et lorsqu'on l'entend, on sent très-distinctement qu'elle vibre avec plus de force, qu'elle a aussi plus de résonnance. Les sons les plus graves de la voix humaine ne sont possibles qu'avec la voix de poitrine, et les plus élevés ne le sont qu'avec celle de fausset; les moyens'sortent avec l'une comme avec l'autre. Ainsi les deux registres ne sont point placés bout à bout, de manière que l'un commence où l'autre finit : ils marchent en partie l'un 5 côté de l'autre. Généralement, le ténor commence dès le la^ à passer au fausset , tandis que les sons inférieurs peuvent sortir avec l'une et avec l'autre voix ; le passage a lieu
plus tôt encore pour la basse-taille. Chez les femmes il y a rarement une différence bien prononcée entre la voix de poitrine et celle de fausset.
Les sons de poitrine sont produits, comme LehfeldtTa découvert, par un souffle plus fort, les cordes vocales étant détendues et vibrant dans leur entier ; les sons de fausset le sont par un souffle faible, les cordes vocales étant plus tendues , mais ne vibrant que par leurs bords. Une tension modérée rend les deux sons possibles sur le larynx détaché du corps ; le son de poitrine est toujours plus grave de plusieurs tons que le sonde fausset, la tension des cordes vocales demeurant la même , et son degré, de gravité au dessous du fausset est d'autant plus grand, qu'il faut un souffle plus faible pour produire le son de poitrine, ou un souffle plus fort pour faire sortir celui de fausset ; celte différence peut aller aune octave entière. Les sons de poitrine augmentent de gravité à mesure que les cordes vocales se détendent , et d'élévation à mesure qu'elles se tendent ; on produit le même effet sur eux, la tension des cordes demeurant le même , tant par une im.pulsion plus forte donnée au souffle, que par la compression de l'isthme inférieur de la glotte. Les sons de fausset augmentent de gravité par un souffle plus fort et par une tension plus considérable des cordes vocales. Lorsque ces dernières ont un certain degré de tension, il n'y a plus possibilité de faire sortir des sons de poitrine. Comme le son de poitrine qu'on obtient sur le larynx détaché du corps et dont les cordes vocales sont détendues jusqu'à un degré déterminé, en maintenant la force du souffle aussi uniforme que possible, est déjà beaucoup plus grave que celui de fausset , et qu'il ne se rapproche de lui que par l'effet ou de la compression de l'isthme inférieur de la glotte, ou d'une force plus grande donnée au souffle, on s'explique sans peine pourquoi, lorsqu'on est arrivé à la limite des sons de poitrine , il est souvent difficile , en chau' géant de registre, de rencontrer le son de fausset juste.
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Comme les sons de poitrine et de fausset sont possibles, sur un larynx détaché du corps , sans voile du palais, sans ventricules de Morgagni, et sans iigamens supérieurs de la j»lotte, toutes ces parties doivent être nuises de côté quand on veut donner la théorie de ces deux sortes de voix. Les piliers du voile du palais se rapprochent bien toujours d'autant plus qu'on chante plus haut en fausset; mais ils commencent à se rapprocher beaucoup dès les sons de poitrine élevés, et le rapprochement est ici tout aussi considérable que dans les sons correspondans de fausset. Le doigt est ce qu'il y a de mieux pour s'en convaincre. Il n'y a que les sons qui caractérisent l'exscréation et le ronflement qui soient de véritables sons du voile du palais. Si les piliers de ce voile étaient la cause des sons de fausset, on ne manquerait pas, en posant le doigt dessus , de rendre ces derniers plus aigus , ce qui n'arrive point. Le rapprochement des pihers du voile palatin et la rctraciion de la luette, dans les sons aigus , paraissent n'être qu'un simple mouvement associé, occasioné par les efforts des muscles du larynx, comme il arrive souvent à un muscle de se contracter involontairement lorsqu'un autre agit en vertu des ordres de la volonté. Si les piliers du voile du palais avaient un usage quelconque relativement aux sons de poitrine élevés et aux sons de fausset , ce ne pourrait guère être que celui d'accroître la résonnance par leur tension. On peut considérer les sons de fausset comme sons flûtes des sons de poitrine en ce sens que , pour les produire , des parties aliquotes , non de la longueur, mais de la largeur des cordes vocales entrent envibration, pendant que les autres sont simplement distendues par l'air. Dans les sons de poitrine , les vibrations des cordes vocales ne sont pas plus longues , mais elles ont lieu dans toute la largeur des cordes, et sont accompagnées de la résonnance de la membrane de l'isthme inférieur de la glotte.
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