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1 3o Î>E LA VOIX ET DES ORGANES
montent et les sons de fausset également. J'ai fait ces 'expé^ riences à l'aide d'une tension déterminée que je mesurais avec des poids , et j'ai trouvé que l'élévation du son peut avoir lieu par toutes les nuances entre les semi-tons, de manière que le phénomène ne tient pas à la production de nœuds de vibration , qu'on devrait d'ailleurs voir , s'il s'en formait , puisque les vibrations des cordes vocales sont si prononcées. L'élévation possible dépasse une quinte, d'après les expériences. Il suit de là qu'un son de l'organe vocal ne peut pas être renforcé par la seule force plus grande du souffle , et que pour qu'un son conserve sa valeur musicale, il faut que la force du souffle demeure parfaitement uniforme. Cette propriété de l'organe vocal lui est commune avec plusieurs insirumens de musique. Les sons des an«hes n'ont point de limites déterminées; en soufflant plus fort, le son vibre dans les tuyaux couverts suivant la progression des nombres 1,3,5, etc., et dans les tuyaux ouverts, suivant celle des nombres 1, 2, 3,4^ 5, 6,7, etc. J'ai fait voir que , dans de petits sifflets de deux pouces et moins , l'élévation parcourt même successivement les intervalles de 4 à 2 , et que l'accroissement successif du souffle finit par rendre les sons criards. Les sons des anches peuvent être élevés successivement de plusieurs tons par une impulsion plus forte donnée au vent. Cette élévation est insensible avec les languettes métalliques fortes ; je ne l'ai observée que quand je me servais de languettes minces , en soufflant très-fort. Lorsque l'on souffle faiblement sur des languettes métalliques fortes, le son est également un peu plus élevé que quand on souffle fort, ainsi qu'il arrive à une corde faiblement attaquée , comme Ta fait voir G. Weber. Cet effet tient vraisemblablement à ce que , quand on souffle doucement, l'extrémité de la languette voisine du point d'attache, ne vibre pas , tandis qu'elle entre en vibration lorsque le soufle est fort. Il faut bien distinguer l'élévation dont il s'agit ici 4e celle que j'ai observée sur les languettes membraneuses et la
CHEZ L HOMME ET LES ANIMAUX. l5l
trcrnpette des enfans. Le défant qu'ont les anches de donner des sons qui manquent d'uniformité , puisqu'ils changent selon la force du souffle, les rend instrumens incomplets, en ce qu'ils n'admettent ni forte , ni piano , en ce qu'ils ne permettent ni de renfler ni de diminuer les sons. L'orgue , le plus riche de tous les instrumens , est fort incomplet sous ce point de vue. Ce vice est moins marqué dans les anches à languettes ; le son de celles qui ont une forle languette métallique peut se renfler sans que la petite élévation à laquelle donne lieu le souffle faible soit appréciable pour une oreille non exercée ; cependant elle n'en est pas moins une cause de confusion. G. Weber a découvert le moyen de remédier à cet inconvénient ; si la languette est proportionnée à la longueur du corps de tuyau rigoureusement mesurée pour son son fondamental , lorsqu'on souffle avec force , la colonne d'air du tuyau élève son son 5 et la languette métallique abaisse le sien; ces deux effets inverses se compensent de sorte que les anches ainsi construites par Weber permettent de renfler et d'affaiblir le son , sans que la valeur musicale en soit altérée. Un système d'anches semblables constitue un des instrumens de musique les plus parfaits. Ce principe n'est point applicable aux anches à languette membraneuse, parce que leurs sons, comme ceux de la trompette d'enfant à languette métaUique très- mince, s'élèvent quand on souflle plus fort. On ne doit donc pas s'attendre à rencontrer une disposition analogue dans l'organe vocal de Thomme. D'ailleurs , la compensation par la longueur du corps du tuyau, exigerait que celui-ci variât beaucoup en raison de la diversité des sons ; or , dans l'organe vocal de l'homme , il ne peut varier que fort peu , tout au plus d'un pouce , par l'élévation et l'abaissement du larynx. Comme la voix humaine a le pouvoir de renfler et d'affaiblir chaque son , depuis le pianissimo jusqu'au fortissimo , il faut que la compensation y soit établie d'une autre manière. Or elle est évidemment opérée par le changement de
la tension des cordes vocales. Un souille plus fort élève le son jusqu'à une quinte , en le rendant plus fort; la diminution de la tension peut, au contraire , sur de bons larynx , l'abaisser de deux octaves , en passant successivement par toutes les nuances. Ainsi, quand un son passe du piano au forte , la tension des cordes vocales doit diminuer , par l'affaiblissement de la contraction musculaire , dans la même proportion que le souffle acquiert plus de force. L'inverse a lieu quand le son s'affaiblit. L'analogie des tuyaux à anche avec les languettes membraneuses, et les expériences que j'ai faites sur les sons de poitrine, montrent aussi que le rétrécissement de l'isthme inférieur de la glotte par le muscle thyro-aryténoïdien, peut contribuer à la compensation , dans le passage au piano ; mais je doute que l'allongement du tuyau par la descente du larynx y concoure dans le passage au forte. Si , par la faiblesse du souffle, le son devient plus grave pour le piano , le rétrécissement de l'isthme inférieur de la glotte le rend plus aigu , et si la force plus considérable du souffle le rend plus aigu pour le forte , le rétrécissement de l'isthme doit le rendre plus grave. Le raccourcissement du tuyau par l'ascension du larynx peut difficilement contribuer à la compensation dans le passage au piano.
Une telle sorte de compensation exige un balancement exact des effets inverses, ce qui explique pourquoi les chanteurs même exercés ont tant de peine à renfler et affaiblir les sons, sans en altérer la valeur musicale , et pourquoi ceux qui n'en ont pas l'habitude ne peuvent l'essayer sans détonner aussitôt d'une manière ou d'une autre.