‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 56 sur 136 · I. Construction optique de l'œil · texte numérisé non relu

I. Construction optique de l'œil

Si nous considérons la construction de l'œil sous le rapport de la sensation de la lumière en général, et de la vue en particulier, nous pouvons distinguer trois formes principales.

i° Les yeux les plus simples, ou points oculaires, des Vers et des animaux inférieurs , à l'égard desquels on ignore si ces organes leur procurent plus qu'une sensation générale de la lumière, c'est-à-dire leur permettent de distinguer autre chose que le jour et la nuit , la clarté et l'obscurité des lieux où ils se tiennent.

V Les yeux des Insectes et des Crustacés, qui sont composés en manière de mosaïque , et pourvus de milieux transparens isolateurs de la lumière.

3° Les yeux à milieux transparens qui réunissent la lumière.

A. Yeux simples , ou points oculaires , des Vers et autres animaux, inférieurs.

On peut démontrer que les yeux des Insectes, des Crustacés, des MoUj^sques, sont pourvus des appareils transparens nécessaires pour séparer la lumière provenant de diflerens points des objets. En peut-on dire autant des points oculaires qui se voient chez les Vers et autres animaux inférieurs ? Ces yeux sont-ils privés d'instrumens optiques , et ne sont-ils pas destinés uniquement à distinguer la clarté et les ténèbres en général , le jour et la nuit ? J'ai dit précédemment quels sont les animaux chez lesquels on les rencontre. La Sangsue médicinale en a dix, qui sont disposés en demi-cercle à la face antérieure de la portion céphalique , au dessus de la bouche.

COMME APPAREIL d'oPTIQUE. Si-J

Suivant Webep, ils sont élevés au dessus de la surface, comme une verrue, et ils se prolongent, à l'instar de cylindres, dans l'inlérieur de l'animal. Leur extrémité est couverte d'une membrane convexe, transparente, au dessus de laquelle se trouve une lame noire ; l'extrémité inférieure des cylindres est noire. On n'aperçoit ni pupille , ni parties transparentes. Hien de semblable ne se voit dans les yeux semi-circulaires de plusieurs Planaires. J'ai étudié la structure des points oculaires chez les Néréides. Dans le genre Nereis d'Audouin et Edwards , il y en a quatre placés en carré sur la surface de la tête ; ils ne font aucune saillie , et sont simplement couverts par l'épiderme. Arrondis en arrière , plats du côté de la lumière^ ils se composent d'une membrane noire, creusée en forme de godet , et d'un corps rond , blanc , opaque , contenu dans cette membrane , et qui se prolonge en un nerf optique. Les quatre nerfs optiques des quatre yeux se plongent , chacun à part , dans la face supérieure du cerveau. Nous avons donc , chez ce animal, des yeux sans appareils optiques transpàrens. Le renflement logé dans la choroïde est accessible à la lumière; car la choroïde manque du côté externe, et présente là une ouverture circulaire. Mais ce renflement paraît n'être que l'extrémité en forme de papille du nerf optique , puisqu'elle a la même apparence que lui , et qu'elle se continue manifestement avec lui. Il est vrai que la Néréide avait séjourné auparavant dans l'alcool ; mais , malgré cette immersion , les parties transparentes des yeux des Insectes, des Arachnides et des Mollusques, conservent leur translucidité(l). Rathke(2) a également observé, dans \2i Nereis Bumerilii ^miQ échancrure en forme de pupille à la choroïde. Cet anatomiste décrit encore une autre forme d'yeux appartenant au genre Lycoris, de la même famille des Néréides ; la pupille manquait , et la

(1) MniER, dans Ann'des sciences nat.^ XXII, p. d9,

(2) De Bopyro et ^Sereide^TM^d^ 1837. .

3lS DE l'CEIL ,

choroïde entourait l'œil entier. Ici , on peut bien moins en ^ core admettre la faculté de distinguer les formes, et tout au plus doit- on supposer celle de distinguer vaguement la lumière et Tobscurité, au moyen de la lumière qui peut traverser l'enduit pigmentaire. R. Wagner (1), qui a reconnu , sur les Néréides fraîches, le renflement papilliforme du nerf optique, et Fabsence de tout organe transparent , croit avoir aperçu , chez de très-jeunes Sangsues médicinales , des parties transparentes, une sorte de cristallin logé dans la région antérieure d'un corps vitré en forme de cloche et couvert d'un pigment granuleux rouge peu adhérent. Ce qu'il y a de certain, c'est que , parmi les animaux de la famille des Néréides, les uns ont une pupille sans organes transparens intérieurs, et les autres n'ont pas même de pupille. Nous sommes donc autorisé à penser qu'ils ne peuvent que distinguer d'une manière très-générale la clarté des ténèbres.

L^existence de véritables organes visuels dans un genre de

Néréides sans pupille , avec un enduit pigmentaire couvrant

entièrement l'œil , et l'analogie de cet organe avec les yeux

d'autres Néréides qui ont une pupille , rend probable que la

faculté de sentir la lumière existe aussi chez d'autres animaux

inférieurs qui ont des points oculaires noirs ou de couleur

foncée, dans lesquels cependant on n'aperçoit pas de pupille.

Parmi les Vertébrés, on ne connaît qu'un seul exemple d'yeux

sans appareils optiques. J'ai trouvé dans la Myxine glutinosa

un petit œil logé , non seulement sous la peau , mais même

sous les muscles, tandis que l'œil des Bdellostomes , voisins

de ces animaux , est situé à la surface. L'œil de la Myxine ne

renferme pas de cristallin ; on n'y trouve qu'un corps qui le

remplit en entier, et qui ressemble plutôt à un bulbe du nerf

optique qu'à un corps vitré. Quoique l'œil soit couvert de

muscles , cependant la faculté de sentir la lumière peut ne

(1) Fet^Uichende Aneitomie , 1. 1, p, 428.

COMME APPAREIt d'optIQUE. 3i9

pas manquer tout-à-fait, puisque nous voyons la lumière à travers l'épaisseur des doigts et d'os entiers. Ces animaux ne peuvent donc que distinguer le jour de la nuit.

B. Yeux composés, ou a mosaïque^ des Insectes et des Crustacés,

Les yeux composés des Insectes et des Crustacés sont des segmens de sphère plus ou moins grands , immobiles chez les Insectes, mobiles sur des pédicules chez les Décapodes, parmi les Crustacés , et chez quelques autres encore. Le nerf optique se renfle dans leur intérieur en une grosse sphère ou en un segment de sphère, de la surface de laquelle s'élèvent des miniers de fibres primitives nerveuses , qui se dirigent , comme autant de rayons , vers la superficie de l'organe. Cependant ces fibres n'arrivent point jusqu'à l'épiderme transparent. Entre leurs extrémités et la cornée transparente se trouvent des cônes transparens , également dirigés , en forme de rayons , vers la face interne de la coi'née, et dont les bases se réunissent avec cette fuce , tandis que les sommets embrassent les extrémités des fibres du nerf optique. La longueur des cônes varie beaucoup suivant les espèces ; la plupart du temps , ils sont cinq à six fois aussi longs que larges , comme chez k majeure partie des Coléoptères et chez les Lépidoptères; rarement sont-ils fort courts; leur longueur dépasse à peine leur largeur chez les Mouches , parmi les Diptères. La cornée des Insectes et des Crustacés décapodes est également divisée en façon de mosaïque ; chaque petite division , appelée facette , correspond à un cône transparent , avec lequel elle est unie, et à une fibre du nerf optique. Les facettes, hexagones che'z les Insectes , ont rarement cette forme chez les Crustacés , où presque toujours elles sont carrées , quoique lesdivisions ne puissent avoir lieu ici par des lignes droites, et que la convexité de la surface de l'œil fasse qu'elle doive être opérée par des lignes courbes. Il est rare que les facettes soient un peu élevées à l'extérieur et à l'intérieur , c'est-à-

020 DE L'dËir. ,

dire lenticulaires, comme chez les Lépidoptères ; en général, la surface en est assez plane ; elles ont même quelquefois une é/)Misseurconsidérable,par exemple, chez les Orthoptères et les Coléoptères. La ressemblance entre leurs faces antérieure et postérieure fait qu'on doit attendre peu de chose de leur action sur la lumière en général; aussi ai-je constaté qu'elles manquent cliez un grand nombre de Crustacés, notamment chez les Entomostracés , où néanmoins les cônes transparens existent également. Dans ce cas, la surface de la cornée est parfaitement plane , tant à l'intérieur qu'à l'extérieur ; là seulement aussi les bases des cônes sont arrondies, au lieu d'être unies, comme elles le sont d'ordinaire, avec les facettes de la membrane. Entre les cônes transparens, et même entre les fibres du nerf optique, il y a du pigment, tantôt clair, tantôt foncé, noirâtre , violet foncé , bleu foncé , purpurin , brun, jaune brun , jaune clair, vert, etc. Quelquefois ce pigment forme plusieurs couches superposées, de couleur diverse. Il s'élève jusqu'à la cornée , entre les cônes , dont parfois même il couvre la face antérieure, ou la base, en n'y laissant, dans le milieu de chacun, qu'une ouverture pupillaire , qui devient surtout apparente lorsque les cônes sont fort courts , comme chez les Diptères. Dans d'autres cas , les bases des cônes sont touî-à-1'ait hbres de pigment , qui ne garnit que les points d'intersection des facettes. Chez les Crustacés inférieurs, dont la cornée n'a point de facettes , les corps transparens en forme de cônes on^ leurs sommets et la plus grande partie de leur longueur engagés dans le pigment , tandis que leurs extrémités arrondies en sont dépourvues et regardent la face interne lisse de la cornée. Au reste , le nombre des facettes et des cônes varie beaucoup : la plupart du temps il est très-considérable , et s'élève à plusieurs milliers , par exemple à douze et vingt mille dans un seul œil ; rarement y en a-t-il peu, comme chez certains Entomostracés. L'union «ntre les fibres du nerf optique et les cônes a été étudiée d'une manière spéciale^ par

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R.Wagner. Chez les Insectes, les fibres se prolongent en forme de gaines sur les côtés du cône : or comme , chez les animaux supérieurs , les fibres nerveuses se composent d'un tube et d'un contenu , on peut présumer que ce sont principalement les tubes qui forment ces gaines (1).

J'ai déjà dit que les yeux d'un grand nombre de Crustacés n'ont pas de facettes à la cornée , et que les bases de leurs cônes sont arrondies. C'est pourquoi j'ai admis , dès 1829 , deux modifications principales des yeux composés. Mais il en existe une troisième , qui a été remarquée par Edwards , Burmeister et moi , chez plusieurs Crustacés. C'est celle dans laquelle , outre les corps en forme de cônes , il s'en trouve encore de lenticulaires entre la cornée et les cônes ; ces lentilles doivent rassembler les rayons lumineux qui tombent sur elles , et les incliner vers les axes des cônes. Edwards a observé cette disposition dans les Callianasses, chez beaucoup de Brachyures , en particulier le Cancer maculatus , enfin dans YAmphytoe, et plusieurs Edriophthalmes (2). J'ai vu aussi des lentilles dans les facettes de la cornée de VHjperia. Suivant Burmeister , le Branchiopus paludinus en possède également, dont Taxe longitudinal est plus long que le traversai (3).Quelques uns de ces animaux, comme VAmphyioe et plusieurs Edriophthalmes , VHyperia et le Branchiopus , ont deux cornées : l'externe est lisse , et l'interne à facettes ou fenêtrée , de telle sorte que les lentilles se trouvent derrière les fenêtres , comme dans le Branchiopus,

On peut donc établir les modifications suivantes des yeux à facettes.

1° Yeux composés dont la cornée présente des facettes , et qui sont pourvus de cônes transparens , sans lentilles ; les Insectes , et la plupart des Crustacés décapodes.

(1) Voyez WiEGMÀKif, ArahiVf 1835, t. I, p. 372. »— Muller, Archiv^

(2) Hist. nat. des Crustacés, Paris, 1837, 1. 1, p, IIG.

(3) Muller, Archiv, 1835, p. 529, 1836, Cil.

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