‹ Physiologie du système nerveux, ou Recherches et expériences sur les diverses classes d'appareils nerveux, les mouvemens, la voix, la parole, les sens et les facultés intellectuellesChapitre 79 sur 136 · Chromasie de Vœil · texte numérisé non relu

Chromasie de Vœil

C'est par erreur qu'on attribue une achromasie complète à Tœil humain. La chromasie s'y montre plus ou moins prononcée dès que Timage ne se trouve point placée à la distance focale. Les bandes colorées qui naissent à travers les milieux réfringens de notre œil, et qu'on peut jusqu'à un certain point produire volontairement , paraissent avoir été observées la première fois par Scheiner(l). Pour les étudier sur soi-même, il faut regarder un champ blanc sur un fond noir, ou un champ noir sur un fond blanc, en fixant un objet rapproché ou éloigné ; en agissant ainsi, le champ est vu d'une manière indistincte, avec des cercles de diffusion, et, d'après des raisons qui seront indiquées plus loin, il se développe en deux images doubles, qui s'éloignent d'autant plus Tune de l'autre, que les axes des yeux s'écartent davantage de la fixation du champ. Au commencement de rexpérience, on ne les remarque point; mais, avec de l'exercice et de la patience, on parvient à reconnaître la bordure colorée extrêmement étroite qui entoure

(1) Consultez à ce sujet Comparettï, Observatio'kes dioptricœ et anaiomicœ comparatœ de coîoribus appareritibus visu et oculo , Padoue , 4798. f^oyez aussi un mémoire sur les phénomènes physiologiques de coloration dans Schweigger , Journal der Chemie und Physik^ X. XVI. — MriLER, Zur Physiologie des Gesichtssinnes^ Léipzick, 4826, p. 494- 204. — Et un excellent mémoire de Tortual,dans Meckel's Archiv ^ i830.

38o DE l'oeil ,

les champs. Le moyen le plus facile d'arriver à la vue indistincte d'un objet est de fixer les axes des yeux sur un corps ou un point idéal de l'espace beaucoup plus rapproché ou beaucoup plus éloigné ; aussi ce procédé est-il celui à l'aide duquel on aperçoit le plus aisément les bandes colorées. Cependant, lorsqu'on s'y est exercé pendant long-temps, on peut aussi produire à volonté la vue indistincte avec un seul œil, l'autre étant fermé, en faisant intervenir l'état de réfraction qui correspondrait à un point plus éloigné ou plus rapproché dans l'espace : par-là on donne lieu aux bandes colorées avec un seul œil, et sans avoir d'images doubles de l'objet. Voici quels sont les résultats de mes propres observations.

i° Si l'on considère d'un seul œil un champ blanc sur un fond noir, de manière que l'état de réfraction corresponde à un point plus éloigné que le champ , le champ blanc qu'on aperçoit confusément sur le fond noir, paraît entouré d'une légère et étroite bande colorée, dont les couleurs sont, du blanc au noir , le violet, le bleu, le jaune et le rouge. La plupart du temps, il n'y a que le bleu et le jaune qui soient un peu prononcés.

2° Si l'on contemple un champ blanc sur un fond noir, de manière que l'état de réfraction corresponde à un objet plus rapproché que celui qu'on regarde, les bandes colorées de l'image confuse sont aussi rouges , jaunes, bleues et violettes , mais en sens inverse , le violet et le bleu se trouvant du côté du noir, le jaune et le rouge du côté du blanc.

Si l'on se sert des deux yeux , et que, par conséquent , on ait des images doubles, la succession des couleurs est la même que dans le premier cas quand les axes se croisent derrière l'objet de la double apparition , et le même que dans le second lorsque les axes se croisent au devant de l'objet.

Les bandes colorées subissent une altération par la procidence des images subjectives secondaires au bord de l'image objective, quand l'œil exécute un léger mouvement de côté.

COMME APPAREIL d'optique. 58 Î

L'image subjective secondaire d'un champ noir sur un fond blanc est blanche, celle d'un fond noir est grise, et celle d'un fond coloré offre la couleur complémentaire opposée. Quand on fixe un champ pendant long temps, l'image secondaire ou physiologique couvre l'image objective ; mais si l'on imprime à l'oeil un très-petit mouvement sur le côté, le bord de l'image physiologique apparaît au bord de l'objective. Ces bandes, qui ne paraissent que du côté vers lequel l'œil se porte , doivent être bien distinguées des bandes colorées dioptriques , qui sont objectives, et qui ont leur source dans les milieux réfringens de l'œil. Gompareiti a décrit les deux phénomènes mêlés ensemble. La vision des bandes colorées a, comme on voit, des causes entièrement objectives dans l'œil, et, pour ce qui les concerne, il ne faut pas songer à ces changemensdans la rétine dont parlent certains traités de pathologie. Lorsqne le phénomène a lieu pathologiquement , il est la suite , non d'un changement dans l'acte de la vision , mais d'un changement dans le pouvoir qu'a l'œil de s'accommoder aux distances. Certaines personnes se plaignent de voir des bandes colorées, quoique leur faculté visuelle n'ait subi aucune altération , et qu'il n'y ait chez elles aucune tendance, soit à Tamblyopie, soit à la cataracte. Ici se rangent aussi les lignes rouges qui se peignent autour des caractères noirs de l'écriture toutes les fois que les moyens internes de changer l'état de réfraction sont paralysés par une affection morale , par un travail d'esprit assidu, par l'envie de dormir. Les bandes colorées dioptriques deviennent très-fortes lorsqu'au moyen de l'extrait de belladone on détruit la faculté qu'a Tœil de s'accommoder aux distances.

Il faut distinguer les auréoles lumineuses colorées des bandes colorées dioptriques.

38a DES EFFETS DE LA RÉTINE

Page 1