IV. DE LA DOSE TOXIQUE ET DE LA MESURE
DE l'aNAPH YLAXIE PAU LA DOSE TOXIQUE.
La mytilo-congestine, lorsqu'elle est injectée dans les veines d'un chien, est toxique à dose relativement faible. J'ai étudié plus haut ses effets physiologiques ; je n'insisterai ici que sur la dose toxique.
Tout d'abord il faut remarquer que, môme à très fortedose, elle ne tue pas immédiatement des chiens non anaphylactisés.
Timon reçoit le 15 février 8.6. Il ne vomit pas d'abord ; mais, 2 heures après l'injection, il a des vomissements abondants, et de la diarrhée. Le 18 février, il ne paraît pas très malade; il meurt dans la nuit du 19 au 20 février.
Aristide reçoit le 18 février 9.3. Aussitôt après l'injection, il ne paraît pas très malade; il court, joue et aboie joyeuse-
CHARLES RICHET
ment. Le lendemain, il n'est pas très malade. Pourtant il meurt le 20 février.
Ainsi des doses toxiques ne tuent qu'au bout de 24 on 48 heures.
C'est cette dose toxique que nous allons déterminer. Pour cela, je donnerai ici la liste, encore qu'elle soit assez longue, de tous les chiens sur lesquels j'ai expérimenté. Bien entendu, j'éliminerai de cette liste tous chiens ayant reçu antérieurement d'autres injections, ou recevant, en même temps que la mytilo-congestine, du sérum ou d'autres substances.
Plutarque. . .
Aristippe. . .
Hécate. . . .
Aristophane .
Hercule . . .
Socrate . . .
Phidias . . .
Hermès . . . Laerte ....
Criton ....
Cébès
Lysimaque . .
Plié don. . .
Solon . . .
Calchas. . .
Pénélope. .
Hésiode . .
Hipparque. .
Pausanias . .
Télamon . .
Tirésias.. .
Zénon . . .
Timon. . .
Hippias. . .
Aristide. . .
Ainsi de ce tableau il résulte nettement que des doses inférieures à 7 ne tuent jamais, et que, même à 7, il y eut survie (2 fois sur 3), de sorte que l'on peut considérer la dose toxique comme voisine de 7.5 en chiffres ronds.
0,5 Survit.
7,0 Mort en 80 heures.
ANAPHYLAXIE.
Cela posé, voyons quelle a été la dose toxique chez les chiens anaphylactisés.
Jours
ntervalle.
lre dose.
2e dose.
Sort de l'animal. lr
• + 2e dose.
Criton. . .
Mort 6 heures.
Eurylas. . .
Socrate . .
Survit.
Pénélope. .
Phédon . .
Mort 12 heures.
Calchas . .
Phidias . .
Survit.
Hermès . .
Mort 12 lie ures.
Cébès . . .
Aristophane. .
Survit.
Pausanias. .
Hercule . .
Mort 12 heures.
Lysimaque.
Survit.
Hésiode . .
Mort 12 heures.
1° Quoique nous ayons compté Phidias parmi les chiens survivants, il faut noter qu'après injection de la dose très faible de 0.7, il a été extrêmement malade, si bien que je croyais qu'il ne survivrait pas. L'injection est faite à 4 h. 15. Alors aussitôt il est sur le flanc. La respiration estdyspnéique et profonde. Il ne peut même pas relever la tête. Les yeux sont hagards. Il défèque et urine involontairement. Il y a abolition presque totale des réflexes, et il ne réagit pas quand on lui pince la patte. A 5 h. 45, il est dans le même état. On doit le porter dans sa niche. Le lendemain matin, il est un peu moins malade, et finalement il survit.
2° On ne peut attribuer la mort à une accumulation du poison; car, même en supposant qu'au bout de 15 à 30 jours il n'y ait pas eu une parcelle de la mytilo-congestine injectée qui ait été détruite ou éliminée, on trouve en additionnant les deux doses :
Phédon. . . Mort au 15e jour à 5,9 Cébès ... — 23e — 4,3 Hercule. . . — 32« — 4,5
3° Ce qui frappe dans ces accidents d'anaphylaxie, c'est
CHARLES RICHE T
leur soudaineté. Tout de suite le système nerveux est profondément atteint. Il y a anesthésie et akinésie. Le chien ne peut plus se tenir debout ; i) titube, fléchit sur ses pattes, ayant l'attitude des animaux dont le cerveau a été lésé par une ablation des circonvolutions rolandiques.
4° Vers le 32° jour, les effets de l'anaphylaxie commencent à disparaître. Pausanias, au 32e jour, a survécu à une dose de 2.5, Lysimaque, au 36e jour, a survécu à la dose de 6.2.
On peut donc conclure de cette première série d'expériences que l'anaphylaxie commence à s'atténuer vers le 32e jour, mais qu'elle n'a pas encore complètement pris fin au 36e jour. En effet Hésiode, au 36e jour, est mort rapidement après injection de 6,5, dose qui n'est pas mortelle chez un animal normal.
Pour étudier les effets à longue distance de l'anaphylaxie, il convient d'ajouter encore quelques expériences qui établiront que la résistance de l'animal a été augmentée, si on l'éprouve plus de 40 jours après la première injection.
Socrate a reçu. . . . 2,1 le 18 janvier.
— 2,3 le 2 février.
— .... 3,0 le 13 —
Alors le 16 mars on lui donne 11.4, dose très forte, certainement mortelle chez un chien normal; pourtant il n'est pas malade, ou à peine, et survit. Son poids n'a que peu varié.
kilos.
16 mars. .... 8,7 = 100 18 — .... 8,0= 92 20 — .... 8,0= 92 22 — .... 8,4= 96 24 — .... 8,6= 99 3 avril 9,0 = 104
Je dois dire que cette immunité n'est que relative et ne va pas jusqu'à faire supporter une dose beaucoup plus forte.
ANAPH YLAXIE.
Ce même Socrale reçoit le 10 mai 15.0 : immédiatement il n'est pas très malade; mais le lendemain, il est mourant, avec des vomissements répétés et du sang dans les fèces : il meurt dans la nuit du 11 au 12.
De même Aristophane, que je supposais prophylactisé par des injections successives, meurt après l'injection de la très forte dose de 15.1, le 5 avril, dans lajournée, 24 heures après l'injection. Mais, immédiatement après l'injection, il ne paraissait nullement malade.
Doses.
Le 18 février 1,6
Le 16 mars 1,4
Le 4 avril 15,1
Aussi bien faut-il distinguer les effets immédiats et les effets consécutifs. L'anaphylaxie détermine des accidents immédiats; quelques minutes, quelques secondes même après l'injection, les accidents les plus graves apparaissent, tandis que chez les chiens normaux ces accidents immédiats sont faibles, et que chez les chiens prophylactisé s ils sont nuls.
La dose toxique, mortelle, ne donne que des renseignements insuffisants, car l'effet de la sensibilisation anaphylactique est de se manifester immédiatement, dès que la substance toxique est injectée.
On a vu plus haut que, par l'étude de la dose émétisante, nous avions établi que l'anaphylaxie est la première étape de la prophylaxie.
Si l'on veut bien suivre les effets, sur l'organisme du chien, de cette première injection de mytilo-congestine, il faut étudier la marche du poids de l'animal.
On voit alors qu'il s'agit d'une véritable affection organique consécutive à l'injection du poison, tout à fait assimilable à une maladie microbienne, qui détermine une dénutrition générale et une perte de poids qui peut atteindre et dépasser 10 p. 100 par 24 heures.
CHARLES RIGHET.
Prenons d'abord les chiens ayant reçu une première injection de mytilo-congestine.
Yoici quels ont été leurs poids, au bout de 20 jours environ :
Dose en
mytilo-congestine Si le poids
(centig. par kil. Au bout primitif = 100,
d'animal). de ? jours. quel poids?
Hercule 2,0 25 77
Socrate 2,1 15 94
Phidias 2,2 22 80
Laerte 3,0 15 87
Hermès 3,0 21 88
Cébès 3,3 21 92
Phédon 4,3 15 90
Lysimaque 4,2 21 95
Pénélope 5, G 14 81
Galchas 5,5 17 80
Eurylas 5,8 15 91
Pausanias 6,5 21 101
Hésiode 6,5 21 96
Tirésias 7,0 20 79
Télamon 7,0 15 94
Moy. = 88
Donc, au bout de 20 jours en moyenne, ces chiens avaient perdu 12 p. 100; ce qui est l'indice d'une dénutrition profonde.
11 semble que l'influence de la dose ne soit pas aussi prépondérante qu'on pourrait le supposer d'abord. Si l'on fait dans ce tableau deux groupes, selon que la dose a été supérieure ou inférieure à 4, on a :
VI ch. de 2,0 à 3,3 Moy. du poids = 86
IX ch. de 4,3 à 7,0 Moy. du poids = 93
Il serait imprudent de conclure qu'avec une dose faible (de 2 à 3), la dénutrition est plus intense qu'avec une dose forte (de 4.5 à 7). Mais tout au moins peut-on dire qu'il n'y a aucune proportion rigoureuse entre la dose et la dénutrition. La réaction de l'organisme à la substance toxique fait que l'organisme est malade, et la maladie qu'il fait alors est, dans une assez large mesure, indépendante de la dose
AN APH Y L AXIE.
du poison : la dénutrition étant fonction plutôt de la réaction de l'organisme à l'intoxication que de la quantité même de substance toxique.
Ce qui doit nous confirmer dans cette opinion, c'est que ces mêmes chiens, lorsqu'ils survivent à l'injection seconde (anaphylactique), ne présentent plus de perte de poids comparable. Et on ne peut objecter que c'est parce qu'ils avaient maigri de tout l'amaigrissement dont ils étaient capables ; car les chiens peuvent fort bien,.sans mourir, supporter une diminution de poids de 30 à 25 p. 100.
Mais je ne peux donner ici de statistique; car, sur ces 12 chiens, il yen 10 qui sont morts des suites de l'injection seconde, et les 5 autres n'ont pas été expérimentés encore. Je me contenterai de mentionner le fait que Socrate, après avoir reçu deux injections, en reçoit une 3e au 58° jour, très forte, et qu'il ne baisse de poids que pendant 5 à G jours.
Aristophane reçoit une injection seconde au 20e jour : son poids baisse peu, et rapidement l'animal se remet.
Kilos.
mars. 2e injection .
avril — . .
Ainsi, dès le 6e jour, il était revenu à son poids primitif. Lysimaque reçoit une injection seconde au 36° jour, et son poids ne se modifie pas.
9 avril. lre
injection.. .
7 mai.
injection. . .
428 CHARLES RIGHET.
Nous aurons d'ailleurs l'occasion de développer ces faits importants quand nous étudierons l'action des injections mélangées à du sérum, ou faites sur des chiens ayant reçu au préalable des injections de sérum.