IV. — CONCLUSIONS ET THÉORIE
Il n'est pas difficile d'expliquer le double effet, anaphylactique et prophylactique, de la toxine actinienne, si l'on suppose que les tentacules des Actinies cèdent à la glycérine deux poisons différents; l'un anaphylactique, l'autre prophylactique.
J'ai été assez heureux pour séparer ces deux poisons et reconnaître à l'un et à l'autre des propriétés chimiques et physiologiques très différentes. Les physiologistes auraient probablement, bien avant moi, réussi à faire cette même séparation pour les autres virus et venins, s'ils avaient eu à leur disposition des quantités suffisantes; mais je ne sache pas qu'on ait eu 40 kilogrammes d'un venin (dans la glycérine) assez actif pour tuer un chien à la dose de 0CC,05 par kilogramme. Aussi suis-je convaincu que, jusqu'à présent, on ne possède pas de produit plus avantageux que le virus des Actinies pour faire l'étude méthodique des venins.
Les deux substances qui s'y trouvent (parmi plusieurs autres que je n'ai pas réussi à isoler) sont la thalassine et la congestine.
AN APHYLAXIE.
La thalassine, que j'ai pu extraire cristallisée, est une aminé complexe, soluble dans l'alcool à 60 p. 100; insoluble dans l'alcool absolu, résistant à l'ébullition, assez peu toxique, mais provoquant, à la très faible dose de 0,0003 par kilogramme des démangeaisons intenses, quelquefois même, chez certains chiens sensibles, elle agit à la dose de 0,0001 par kilogramme. Elle est prophylactique, c'est-à-dire qu'elle confère aux animaux une immunité relative. Elle contient 10 p. 100 d'azote.
La congestine, insoluble dans l'alcool à 50 p. 100, est détruite par la chaleur. C'est une albumine qui a les réactions des albumines (16 p. 100 d'azote). Injectée à des chiens, elle tue à la dose de 0,001 (environ) par kilogramme et provoque des congestions intenses de tout l'appareil vasculaire intestinal. C'est très probablement la substance qui produit l'anaphylaxie.
Nous avons donc dans le virus des Actinies à la fois la toxine (c'est-à-dire la congestine) et l'antitoxine (c'est-à-dire la thalassine.
Il est inutile, semble-t-il, d'insister sur l'importance de ce fait, car jusqu'à présent on n'avait pas pu obtenir d'antitoxine cristallisée ; et, malgré tous les travaux faits sur les propriétés des antitoxines, il est permis de dire qu'on n'en avait jamais vu encore.
Peut-être alors, quand on aura chimiquement séparé la toxine de l'antitoxine, pourra-t-on constater dans toutes les toxines des effets nettement anaphylactiques; car, tant que l'antitoxine est mélangée à la toxine, c'est un mélange de deux actions antagonistes qu'on observe.
Quant à l'explication de l'anaphylaxie, elle n'est probablement pas simple. Pour le moment, nous devons nous borner à en constater les modalités, sans oser en donner une explication satisfaisante. Deux mois ou trois mois après l'injection d'un virus, l'organisme est devenu sans défense. L'injection antérieure a modifié les cellules nerveuses de telle