DURÉE DES REFLEXES DANS L'ANÉMIE
.rations réflexes durant plus longtemps que les respirations spontanées; les mouvements réflexes durant aussi plus longtemps que les mouvements spontanés.
Cependant, dans quelques cas, Tordre d'apparition des phénomènes n'est pas aussi régulier.
Voici les chiffres, évalués en secondes, et qui expriment la durée du temps pendant lequel ont persisté les phénomènes réflexes après l'ablation du cœur :
GireUe {Julis viilgaris) . . . .
dcg-rds.
secondes
olO
Serran {Serranus cabrilla)
Roquier (Crenoîabrus mediterraneus). . .
Roussette [Scylliiim catulu.s) . .
Il résulte de ces chiffres que la température exerce une énorme influence sur la vie des éléments nerveux. Si, chez les vertébrés à sang chaud, l'ablation du cœur et l'anémie totale de la moelle entraînent immédiatement la suppression de toute fonction nerveuse, réflexe ou spontanée, c'est principalement à la température élevée que cette mort rapide est due. Je rappellerai que, dans des expériences faites avec M. Rondeau, nous avons vu, chez des lapins refroidis à 20°, les phénomènes réflexes persister une demi -heure après l'ablation du cœur.
Mais la température n'est pas tout : il y a certainement un autre élément, qui est la vitalité propre du tissu. Cette vitalité est extrêmement variable suivant l'espèce animale qu'on étudie. Elle est plus grande chez les squales que chez les grenouilles, plus grande chez les grenouilles que chez la plupart des poissons.
Un point important à noter, c'est qu'il n'y a aucune relation à établir entre la classification zoologique et la fonction physiologique. Les poissons, les reptiles, les batraciens ne se comportent pas d'une manière uniforme; et c'est peut-être dans la classe des poissons qu'on trouverait à la fois la persistance la plus grande et la persistance la plus courte dans la durée des réflexes après l'arrêt du cœur.
YIII
DEUX EXPÉRIENCES D'INHIBITIOX
SUR LA GRENOUILLE ET QUELQUES AUTRES FAITS RELATIFS A L*LNHlBITfON Par M. Charles Richet.
Yoici une expérience qui peut servir à l'histoire de l'inhibition, et qui en outre a cet avantage de pouvoir être facilenent répétée comme expérience de cours.
Si l'on prend une grosse grenouille verte Lien vivace — .'expérience réussit d'autant mieux que la température extérieure est plus élevée, — et qu'on lui injecte sous la peau du les une petite quantité d une solution concentrée de sel ma- 'in, on verra la série suivante de phénomènes :
1° Pendant une, ou deux, ou trois secondes, agitation exrême de l'animal, qui saute énergiquement d'un seul bond;
2" Mouvements défensifs : la grenouille cherche à porter 568 bras au-dessus du dos; elle ploie la tête en avant. Cet état lure quatre à dix secondes environ, rarement plus;
3° Résolution complète : il n'y a plus de mouvement respiratoire; plus de mouvement volontaire. Les rétlexes de-
viennent de plus en plus rares; finalement ils disparaissent. L'inertie est absolue. Le cœur hat avec force, mais lenteur. Si Ton place la grenouille dans l'eau, elle tombe au fond sans chercher à s'entuir ou à nager. Cet état d'inertie et de résolution, qui commence environ un quart de minute après l'injection de sel, dure environ trois ou six minutes ;
4" Au bout de ce temps, brusquement, sans transition, la grenouille revient à l'état normal; parfois elle s'arrête comme épuisée, mais le plus souvent elle a repris définitivement l'intégrité de ses fonctions, et Ton ne saurait la distinguer d'une grenouille normale.
Il va sans dire que le lendemain et les jours suivants les grenouilles ainsi opérées sont parfaitement vivantes et en bon état.
Pour que l'expérience réussisse bien, il faut que la solution soit concentrée, et de plus que l'injection soit faite avec une certaine force, de manière à passer dans le tissu cellulaire dorsal, pénétrant ainsi jusqu'à la peau de la région céphalique.
La quantité de sel injecté ainsi à une grenouille de 50 grammes est d'environ 6 centigrammes : il suffit d'un sixième de centimètre cube de la solution saline pour obtenir ces résultats d'inhibition.
Peut-on expliquer par l'absorption du sel les effets obtenus? Cela me paraît impossible; il faudrait en effet admettre que l'absorption et l'élimination ne durent alors que trois minutes en tout. Quelle est la substance qui pourrait avoir des effets aussi rapides et aussi passagers? Ensuite la dose est assez faible, répondant pour un homme de taille moyenne à 72 grammes de sel, dose qui évidemment ne serait pas très toxique; et enfin l'invasion brusque et la disparition brusque des phénomènes qu'on observe, indiquent que c'est un phénomène dynamique, et non un phénomène chimique.
Avec le chlorure de potassium, avec l'essence de térébenthine, avec l'acide sulfurique dilué, on voit les mêmes actions
EXPÉRIENCES