‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. Marey (volume 2)Chapitre 15 sur 68 · INSCRIPTION DES MOUVEMENTS PHONÉTIQUES · texte numérisé non relu

INSCRIPTION DES MOUVEMENTS PHONÉTIQUES

par le D* Ck.-L. ROSAPELLY.

Au commencèmenl de Tannée 1875, une délégation de la Société de linguistique conduite par son président, M. Vaïsse, vint trouver M. le professeur Marey, afin de savoir de lui si la méthode graphique pouvait s'appliquer à Tétude des mouvements si variés et si complexes qui se produisent dans la parole ; si elle pouvait fournir une trace objective des actes exécutés par la cage thoracique, le larynx, la langue, les lèvres et le voile du palais dans Tarticulation des différents phonèmes (1), en indiquant 1^ manière dont ces actes se succèdent ou se combinent suivant les différents cas.

M. Marey considéra Tenlreprise comme réalisable, d'autant plus que les appareils inscripteurs qu'il emploie en physiologie ont précisément pour but d'étudier les variations d'intensité des mouvements les plus délicats et les rapports de succession d'actes multiples de nombre quelconque.

Les expériences de cardiographie avaient déjà montré les rapports de succession, de durée et d'intensité des mouvements qu'effectuent les différentes cavités du cœur. Plus récemment , entre les mains de M. Arloing et de M. Garlet, la méthode graphique avait déterminé les différents actes qui se produisent dans la déglutition- Dans l'étude de la rumination, M. Toussaint (2) avait inscrit à la fois jusqu'à

(1) Le mol phonème a éiô introduit par M. Champion, pour désigaer les içroupes de sons qui constituent le langage parlé.

(2) Arcb, de physiologie, 1875, n» 2.

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six actes de natures différentes ; les exigences des linguistes n'étaient donc pas excessives. Il suffisait de construire des explorateurs convenables pour chacun des mouvements dont on voulait avoir le tracé, et de relier chacun de ces explorateurs à un tambour à levier inscripteur, ainsi que cela s'est fait dans les expériences ci-dessus indiquées.

L'importance de ces études semble grande au point de vue des linguiste.g,;dontila scieïicé.cha;(jue jout plus pr^^ tend à prendre pour point de départ une étude expérimentale. L'étude comparée des différentes; langues et t^elle <^es transformations successives que c^iacune d'elles a subies dans sa formation ont permis, en effet, de saisir certaines lois qu'on pourrait appeler physiologiques et qui ont présidé à l'évolution du langage.

Ainsi, le fnHncipe de tq moindre aètion (4), d'après lequel tout acte humain tend à s'effectuer avec le moins d'efffort possible, se montre dans le passage ^u latin au fra^içais et s'y traduit par l'adoucissement et même la suppression de certaines consonnes; lé principe de triinsition déterijnine les échelons successifs par lesquels une lettre change de degré, d'ordre et de famUIe. ' Rien n'est arbitraire dans cette évolution des langues, dont on commence à saisir les règles infipxibles. Or, pour bien apprécier les rapports^ de parenlé entrç les différents actes du langage qui tendent à se substituer les Uns aux autres, il faut pousser aussi loin que possible l'analyse de chacun, d'eux. ^L'oreille h^est pas toujours suffisante. po\ir constater les mouvements; successifs ou simultanés, dont l'ensemble constitue un phonème, et celui qui parle n'a pas lui-même conscience des actes qu'il accomplit; C'est, en effet, par tâtonnements suo- 'cessifs et par essais d'imitation du langage d'autrui que, .dès l'enfance, on apprend à parler ; plus tard les actes qui servent au langage sont deveiïus aussi inconscients que l'action des différents nluscles dans la marche. Pour une seule syllabe qu'on prononce, il est parfois nécessaire d'exécuter cinq ou six actes différents dotit nous ignorons souvent la succession, et dont parfois nous ne- soupçonnons même pas l'existence.

' (1) Voyez ^. BàVLÛtYtprsaimarre comparée dn sanscrit y du grec et du làlin^ et A. Brachet, Introduction du Dictionnaire étymologique, de la langue française* ..'..... , . . •' ■ ••-.-/

INSCRIPTION DE» -llÔUVBIfEfiTS PHONÉTIQUES. ill

Inscrire a vea leurs différents caractères, leur force et- lèûré rapports de successioriVles mouveihents 'dé 1- air ou des orgatiès phonétiques, c'est fournir au linguiste une expression matérielle de phénomènes essentiellement fugitifs que Toreille ne peut analyser ni comparer avec: certitude.

Mais il est d'autres avantages, plus précieux encore, qu'on est en droit d'attendre de l'inscription du langage. Nous voulons parler des applications de cette méthode à l'éducation phonétique des sourds-muets. Ceux qui se dévouent à rendre à ces malheureux l'usage de la parole cherchent, par tous les moyens possibles, à donner au sourd la conscience des- sons qu'il émet et de ceux qu'émettent les personnes qui' parlent devant lui. A défaut de l'oreille, la vue et le toucher fournissent des renseignements importants. Le sourd lit, en quelque sorte, sur les lèvres de celui qui parle ; en touchant le larynx d'une autre personne, il constate par le tact les vibrations laryngées et, appliquant ses doigts sur son propre larynx, s'exerce à émettre lui-même des sons analogues. Combien ne serait-il pas mieux renseigné sur les actes vocaux qu'il devra reproduire, s'il avait sous les yeux les tracés graphiques de tous ces actes ! il chercherait alors à imiter lui-même ces tracés, qui lui sei^viraient de modèle, et n'arriverait à leur parfaite imitation qu'en exécutant les mêmes actes et en émettant les sons mêmes qu'il s'agit de reproduire.

Une méthode analogue semble, a priori, applicable au traitement des vices de la parole. Elle serait sans doute fort utile à ces opérés qui, après une restauration du voile ou de \à voûte, palatine, doivent réapprendre à parler, pour perdre les défauts de prononciation que leur infirmité leur avait fait côritracter.

On le voit, le problème que posait la société de Knguistique peut conduire à des applications importantes et nombreuses ; aussi M. Marey s'empressa-t-il de prêter son concours à ceux qui le lui demandaient.

La commission déléguée par la société de linguistique choisit M. L. Havet, âon secrétaire, pour s'associer à moi et faire, dans le laboratoire et sous la direction de M: Marey, dès essais d'inscription, delà parole. C'est le résultat de ces expériences qui sera exposé dans le présent mémoire." On

lis aOeAPELLY.

verra, qu'au point de vue linguistique, ces ' premiers essais ont déjà suffi à trancher des questions litigieuses relatives au mécanisme de la phonation.

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