AVEC UN DOUBLE MYOGRAPHE DU CŒUR
Par M. FRANÇOIS-FRANCK.
La plupart des expériences sur les modifications de la c culation intra-cardiaque n'ont pu être faites que sur des animaux de grande taille, en introduisant dans les cavités de Toreillette et du ventricule droits des sondes manométriques. (Gha'uveau et Marey.)
J*ai cherché à obtenir chez la grenouille Tindicalicm de certaines variations de la circulation dans Toreillette et dans le ventricule, en explorant simultanément, avec un double myographe, les changements de consistance des parois de ces cavités (1).
Cet appareil, qu'il est facile de construire soi-même, n'est autre que l'ancien myographe du cœur à inscription verticale qu'avait employé M. Marey. J'ai seulement disposé à côté l'un de l'autre, et sur un support commun, deux myographes
(1) M. Nuelydans sa communication faite en 1873 à l'Académie royale de médecine de Belgique, sur les effets de l'excitation du pneumogastrique chez la grenouille, a donné des résultats obtenus avec deux leviers reposant l'un sur les oreillettes, l'autre sur le ventricule; c'était donc un double myographe du cœur, mais je n'en ai pas vu de description, et, du reste, il est très vraisemblable que plusieurs physiologistes se sont déjà servi de dispositifs analogue* pour l'étude des mouvements du cœur.
analogues s'appliquant l'un sur la masse auriculaire, l'autre sur le ventricule. Cette disposition est représentée sur la figure suivante :
Fig. 1S5. — Double myographe pour le cœar de la grenoDille od de la tortoe.
Les deux leviers et V reposent Tun sur l'oreillette, l'autre sur le ventricule, par l'intermédiaire de deux petites pièces articulées, très légères, qui se terminent par une plaque étroite en aluminium. En faisant glisser ces deux pièces le long des leviers, on rapproche plus ou moins du centre de rotation le point d'application de la puissance représentée par les parois du cœur. Il est possible de régler la position des leviers l'un par rapport à l'autre, en déplaçant, à l'aide de la vis à pression R,la pièce qui supporte la base du levier de l'oreillette. On supprime plus ou moins complètement la pression qu'exercent les leviers en inclinant à angle variable les petites tiges p p qui servent de contrepoids (1).
La seule précaution à indiquer pour l'application de l'instrument consiste à éviter de mettre le levier de l'oreillette sur le trîget du bulbe aortique qui croise la face antérieure de la masse auriculaire.
Dans les tracés fournis par le cœur de la grenouille (flg. 126), on obtient deux lignes dont la supérieure correspond aux pulsations de l'oreillette, l'inférieure à celles du ventricule. Il est facile de reconnaître par la simple superposition si les
(1) M. Lauder Brunton a figuré dans le numéro de janvier 1876 du Journal of Analomy and Physiology^ un myographe simple du cœur de la grenouille, dont il fait varier la pression en inclinant plus ou moins une petite pince fixée au talon de Tappareil : le principe du réglage de mon myographe double est identique.
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plumes éUûent sur le prolongement verlical l'miâ de l'autre, ou à l'aide des lignes de repère, que la systole de l'oreillette se retrouve sous la forme d'un petit soulèvement présyslolique dans les courbes des pulsations du ventricule (1). -
La figure précédente montre le double tracé des pulsations de l'oreillette et du ventricule recueilli sur le cœur de la grenouille en place.
On peut provoquer un grand nombre de modifications de la circulation intra-cardiaque et étudier ainsi la façon dont se comportent les mouvements de l'oreillette par rapport à ceux du ventricule, les degrés variables de réplétion ou d'évacuation de chacune de ces cavités, etc. J'indiquerai seulement ici, à titre d'exemples, 1° les modifications de la circulation intra-cardiaque produites par les mouvements généraux; 2° celles qui accompagnent et suivent l'arrêt diastolique du cœur dans le cas d'excitation réflexe du pneumogastrique.
{ ]. — Xodlfl«»tlon9 de I* elrcala
Pendant que s'inscrit le double tracé normal sur une grenouille immobile, n'ayant subi d'autre lésion que la mise à nu du cœur, vient-on à provoquer par un attouchement de
(Il Le fait ds la succession des systoles de l'oreillelte c( du venlrioule est bien élsbli depuis les eipËriencee de cardiographie de MM, Chauveau el Marey sur les grands aoîmaux. J'ai eu moi-niËme occasion d'inscrire les bal' teroenls successifs de l'âreillelte et du ventricule droits ctiez une remma atteinte d'ectopie du cœur, eiaminée i Colmar, en ltf77, et dout j'ai donné rbîetoir« dans le T. III de ces comptes- rendus. Depuis celte époque, des faits analogues ont élé publiés en Allemagne; je signalerai le plus récent IniTail qui ne Boit parvenu sur cette question: c'est celui de M. Langeudorfr (de KôDigfberg). {BnaUatr trtiUcheu Ztitachrim, n» 2,34 janvier 18S0).
VI&MCO IS-FUNGK.
la peau une réaction générale avec contraction violente des muscles des membres et du tronc, ou voit se succéder un certain nombre de modifications importantes dont la figure 127 fournit un exemple.
Au moment de l'efTort qui s'accompagned'un soulèvement du Ironc, les deux lignes présentent une élévation in'égu* lière duc au soulèvement général. On voit que pendant plusieurs battements, l'oreilletle peu gorgée retentit faiblement dans le tracé des pulsations ventriculaîres.
Vient ensuite une période pendant laquelle l'importance de la systole de l'oreillette va croissant, aussi bien sur le tracé de la ligne supérieure que sur celui de la ligne inférieure : ce phénomène est dû à ce que l'oreillette recevant une surcharge de sang veineux, envoie à chacune de ses systoles une ondée sanguine de plus en plus volumineuse dans le ven- 1 p tricule. Cet effet s'accentue
s I jusqu'à la systole a," 7, dans
3 ^ l'exemple cité.
..3 A partir de ce moment l'in-
£ ^ fluence des systoles de l'oreil-
l^ letle va décroissant, cette ca-
f 3. vite recevant et envoyant une
« I- quantité de sang de moins en
' moins considérable. A la fin du
tracé, cette surcharge de la
DOUBLE IIT06B4PHa DO COEUft. 4ti
circulation intra^cardiaque a disparu et on retrouve dans les deux courbes les caractères du fonctionnement normal (1).
) II. — Phéiu»M4iie9 |ntra-e»Hlkmae« qnt s'observent pendant et après l*arrét diASfol|i|ae dn eoenr produit par voie direete on réOexe.
Il y a une grande analogie entre les modifications de la circulation intre-cardiaque à la suite de Tarrét du cœur en diastole et à la suite des efforts violents : c'est que, dans les deux cas, le phénomène dominant consiste dans la réplétion exagérée de Toreillelte droite.
Le fait de la distension de Toreillelte pendant Tarrêt du cœur en diastole, produit par l'excitation directe du bout périphérique du pneumogastrique» a été démontré par l'augmentation de la pression intra-auriculaire.
J'ai observé le même phénomène sur la grenouille, en provoquant Tarrél réflexe du cœur par le procédé de Goltz, Bernstein, etc., en irritant mécaniquement l'intestin ou le sympathique abdominal. Dansle double tracé ci-joint (fig. 128), on peut voir quel gonflement énorme présente l'oreillette pen-
(1) Ces notions ont un intérêt clinique que je signolc on passant : chez l'homme, l'effort violent chasse le sang artériel hors de la poitrine et retient à l'entrée du thorax le sang veineux qui s'accumule sous pression croissante dans les veine» voisines de la poitrine. Quand l'effort vient à cesser, cette grande quantité de sang se précipite sous forte pression dans le cœur droit dont la circulation se trouve ainsi surchargée.
n faut au cœur distendu par l'afflux du sang veineux un certain temps pour rétablir l'équilibre normal de la circulation. On s'explique ainsi le volume croissant des ondées sanguines qui sont lancées dans les artères à la suite de l'effort, fait évident dans les tracés sphygmographiques publiés par M. Marey.
On produit lés mêmes effets sur le schéma, en arrêtant, pour un certain temps, la petite circulation ; après cet arrêt, le cœur gauche, gorgé de liquide» présente pendant quelques instants cette exagération dos effets de Toreiliette. (V. le mémoire de M. Marey, p. â41 du présent volume.) ' On comprend de même comment peut se produire très rapidement une dilatation pathologiqpe ^vec fiitigue du cœur, chez les sujets qui ont exécuté, à intervalles trop rapprochés et pendant un certain temps, une série d'efforts violents. Il y a dans cette remarque l'explication d'un certain nombre des cas de « cœur forcé » publiés dans ces dernières années.
(Voir à ce sujet ma communication à la Société de Biologie sur Ibs phénomènes consécutifs à l'effort, 17 mai 1879, ci la thèse d'agrégation de M. Pitres sur les Dilatations et Hypertrophies du cœur sans lésions valvulaires. (Paris» 1878.)
ils rUNÇOIf-VBAMCK.
dant l'arrêt diastolique du cœur. Le Iracé ventriculaire n'ofl're pas de ligne ascendante
m y S- correspondant à une réplétion
I S. j exagérée, mais cela tient à ce
^ fi '^ que le levier qui déprimait la
?!,■ surface du ventricule était un
|Cê peu trop chargé.
s i, I L'importance du gonflement
^ I ^ de l'oreillette est subordonnée
'Z'ê^ ® 1^ durée de l'arrêt. Ce gon-
I <* £ flement résulte de l'afllux du
^^1 sang veineux revenant de tous
a I S les pointa du corps sans s'écou-
S ^ I 1er par le cœur dont les mou-
zZ% vemenls sont suspendus.
t =f A la reprise des baltements,
^ I ~ la succession physiologique des
- S I mouvements de l'oreillette et
s I ^ du ventricule apparaît : c'est
^li une systole de l'oreillette qui
^ - marque le retour du rythme.
fI Quant aux modifications de
2fe la circulation intra-cardiaque
qui font suite à l'arrêt, elles sont tout à fait identiques a celles que nous avons observées
I i tout à l'heure après l'effort :
i-B on voit dans le tracé ventricu-
8 I laire le soulèvement présysto-
^"S lique qui résulte de l'ondée
3 5 envoyée par la systole de l'o-
!g reilletle augmenter d'impor-
^ tance pendant les premiers
^ f battements qui succèdent à la
* I reprise, puisdiminuergraduel-
I ^ iement pour revenir à sa va-
s" f leur initiale.
RECHERCHES GRAPHIQUES SUR LES MOUVEMENTS SIMPLES ET SUR LES CONVULSIONS PROVOQUÉES PAR LES