‹ Physiologie généraleChapitre 96 sur 107 · DE LA MORT · texte numérisé non relu

DE LA MORT

3^ La rigidité cadavérique a été donnée par A. Louis (i), dans le siècle dernier, comme un caractère positif de la mort; il ne Fa pas vue manquer sur plus de cinquante sujets qu'il a examinés. Cependant Haller et Bichat ont dit que ce n*était pas un signe constant, et Bichat prétend Favoir vu manquer chez les asphyxiés ; mais Nysten a observé que la rigidité cadavérique arrivait tard après Tasphyxie, et que si Bichat ne l'avait vue, c'était faute de ne pas avoir observé pendant un temps assez long. Toutefois il faut avoir soin de ne pas confondre la rigidité cadavérique avec la catalepsie, ou avec la rigidité qu'ocx^sionne le froid chez une personne gelée.

/i* Quelques médecins ont donné comme signe de mort la perte de la contractilité musculaire sôus l'influence du galvanisme. Ils ont prétendu que la mort était certaine, si après une incision qui n^et un muscle à nu, on applique le galvanisme à ce muscle, et que celui-ci ne se contracte pas. Mais il est démontré que la contractilité subsiste après la mort, et Ny^ten a fait de nombreuses expériences pour déterminer combien de temps elle dure encore ; il a démontré qu'elle s'éteint d'abord dans le ventricule gauche, puis après trois quarts d'heure dans l'estomac et les intestins, et beaucoup plus de temps après dans les muscles des membres , après seize ou vingt heures. D'un autre côté, il faut tenir compte de ce fait, qun des muscles paralysés depuis longtemps sont, insensibles au galva* nisme, même pendant la vie.

5"* A. Louis attachait beaucoup d'importance à la formation d'une tache ou toile glaireuse fine sur la cornée transparente; et Winslow comme Verdier ront'[aussi|considérée comme un signe de mort. Mais cette formation peut avoir lieu pendant la dernière période de la vie dans les maladies graves.

6** Bruhier a donné comme signe de mort, que si l'on abaisse forte^ ment la mâchoire inférieure sur un sujets elle ne se relève pas ; mais c'est un signe infidèle.

V Les doigts de la main étant rapprochés, il y a une transparence plus ou moins étendue au contour des doigts dans l'intervalle interdigitaire pendant la vie : elle n existe plus après la mort ; mats Orfila a constaté sur des individus qu'elle exbtait encore deux jours après la mort.

S"" Louis considérait comme un indubitable signe de mort Vobscurcissement et Yaffaissement des yeux; cependant on a remarqué que ce signe pouvait exister dans le cours de maladies graves. \

(t) L9Ures sur la cérlUude des lignes de la mort, Paris, 1752.

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9*^ Legallois a annoncé que la vacuité de$ carotides indiquait infailliblement la mort, lors même que les battements du cœur sont encore perceptibles; mais c'est là un caractère qu*ii est dangereux de contrôler.

10'' M. Collongues, dans un mémoire présenté à l'Institut , le 29 septembre 1856, a indiqué que si l'on place le doigt d*un individu bien portant dans Toreille, on entend un bourdonnement auquel vient s'ajouter une sorte de pétillement y de gréêillement, ou de crépitation vitale des tissus; que cette crépitation s'altère dans les maladies, et qu'elle cesse tout à fait dans la paralysie complète et dans l'état de mort. Ce peut donc être un signe de mort comme de paralysie complète. Mais ce nouveau genre d'auscultation, que l'auteur appelle la dynamoscopie; demande des réserves. (^Application de la dynamoscopie à la constatation des décès^ Paris, 1868 ; et plus récemment, Traité de dynamoscopie^ Paris, 1860.)

11° On a dit aussi que si l'on applique sur le corps un fer chaud, capable de faire une brûlure au premier degré, il ne se forme pas de vésicule si la mort existe. Ce fait est vrai, mais seulement quelques heures après la mort

12'' hà putréfaction a été considérée par beaucoup d'auteurs comme le caractère le plus infaillible de la mort; mais elle n'arrive que le second ou le troisième Jour, selon les saisons et les climats. Il ne faut pas oublier d'ailleurs qu'on ne l'a constatée qu'après un temps très long sur le corps de quelques siuuts.

On pourra consulter sur ce sujet les ouvrages de médecine légale, et une thèse pour le concours d'agrégation en médecine, de M. Parrot, 9ur la mort apparente (Paris, 1860).

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Du moment que i'àme se dégage de son union avec le corps, celui-ci est comme abandonné à lui-même, et rentre sous l'anipire des lois physiques. Mais ce passage ne se fait pas tout h coup : le corps conserve encore quelque chose de l'activité à laquelle il a été soumis, comme une balle lancée dont le mouvement, loin de Tactivité impulsive, s'aJGTaiblit peu à peu et ne meurt que par gradations.

Ainsi, peu après la mort, le corps conserve encore de la chaleur naturelle qui va s'aflTaiblissant ; les muscles offrent encore delà contractilité ; on voit la barbe et les cheveux croître de quelques ligues avant l'extinction du mouvement végétatif. Puis, la décomposition commence; le mixte vivant, n étant plus retenu par sa forme, se

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décompose ; k sa place se produisent des mixtes de décomposition , qui à leur tour se transforment ea roixles purement physiques et matériels. On appelle cette décomposition une putréfaction, parce que le corps devient pourriture avant de redevenir pure matière; et le mouvement qui s'opère alors se nomme une fermeniation fnêtride^ pour le distinguer de Tacte que noua avons étudié dans les transmutations végétatives.

Cette fermentation putride doit ôtre étudiée dans ses phénomènes et dans ses causes.

I. 0e la tanm^mtmiÊmm pu— Me eeloa eee «eavee. — Elle se présente en effet diiférente selon les proiiuits qu'elle donne et les matières qui se décomposent. Naguère on en dislinguait troisgenres : fermen*tation alcoolique, fermentation acide et transformation des graisses. Il semhle maintenant qu'on doive y ajouter la fermeniation pecti* nique et la fermentation bctique, et peut-être d'autres encoi*e, car oe sujet présente beaucoup d'inconnues.

V Là fermentùâicm peetiniquê a été indiquée par M. Mialhe. Cet auteur a trouvé, dans toute l'économie, une matière peotinique ana. logue à celle du suc gastrique, et capable dd convertir les matières albuminoïdes en albuminose, c'est-à-dire à les transformer en une substance isomère plus facilement décomposable. On comprend, comme l'a remarqué M. Mialhe, combien cet agent est une cause active de dissolution cadavérique.

Il est probable que ces matières albuminoïdes sont ensuite transformées en une sorte d'amidon animal, lequel se décompose par la fermentation aloooliqua

2'' La fermentation tactique décompose les matières sucrées amylacées et le sucre de lait en acide lactique d'abord, puis en acide butyrique avec dégagement de gai. Ces acides se combinent d'abord avec des sels, d'où ils sont déplacés par des acides plus forts, et finalement sont eux*mémes décomposés. Cette opération, indiquée par Fremy, a été depuis l'objet, de la part de M. Pasteur, d'études dont nous parlerons plus loin.

3^ La fermentation alcoolique nécessite la présence d'une matière albuminoïde qui est plus ou moins attaquée, mais se h\t aux dépens des matières sucrées et des matières amylacées déjà attaquées par des acides. Il se produit de Talcool, et de l'acide carbonique se dégage. On admet qu'un atome de sucre de raisin (C^'H^^O^^ se convertit en deux atomes d'alcool (C'H^^) et quatre atomes d'acide carbonique (CH)*).

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^® La f€t*mentcUion acide est la décomposition en acide acétique de substances sucrées ou amylacées transformées d'abord en alcool. U se produit en môme temps une certaine quantité d'aldéhyde, d'acétal et d'éther acétique qui s'évaporent. La présence d*uiie matière alburoinoïde servant de corps fermentescible est nécessaire.

S"" La transformation des graisses est encore mal connue. Ces matières peuvent se putréfier en se combinant avec des alcalis, et c'est ainsi que dans les cimetières on trouve beaucoup de terres savonneuses. Une partie s'évapore sans doute pour être détruite en détail. Une partie se dédouble en glycérine et acides gras, ou donne de la paraffine. Une partie doit se décomposer et donner de l'hydrogène carboné. Gbevreuf attribuait Vadipocire ou gras de cadavre à une transformation des graisses animales ; mais Fouroroy a démontré que cette matière pouvait bien être obtenue en traitant par de l'acide nitrique des matières animales ne contenant pas de graisses.

6** La transformation ou fermentation ammoniacale est encore inconnue. C'est la décomposition des matières azotées ; mais commcut se fait-elle? On sait que l'acide urique se décompose en acide cy anhydrique, urée et carbonate d'ammoniaque. Le chlorhydrate et le carbonate d'ammoniaq'ue, l'hydrogène phosphore et sulfuré paraissent être les résultats de cette décomposition.

En résumé, le cadavre se détruit peu à peu, et se convertit en éléments matériels qui rentrent sous l'empire des lois physiques. Il se dégage des gaz acide carbonique, hydrogène phosphore, salfuré et carboné, de l'ammoniaque oxydée ou combinée avec de l'acide carbonique et de l'acide sulfbydriqu& L'eau s'évapore; les sels euxmêmes se décomposent plus ou moins et se volatilisent en partie ; enfin, il ne reste plus, du cadavre qu'un petit amas de matière terreuse. En ouvrant les tombeaux des catacombes romaines, on trouve une petite traînée dépoussière, un peu plus épaisse au niveau de la tête, des épaules et du bassin ; et l'on retient son souffle, crainte de la disperser. C'est tout ce qu'il reste de ce corps qui a vécu, et auquel on avait dit : Pulvis (?«, et in pulverem reverteris,

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