CHAPITRE XXVIII
11 peut aussi conduire à la pusillanimité et à l'irrésolution, par une activité trop prépondérante sur celle des autres organes ; et lorsqu'il agit trop exclu sivement, il en résulte cette inquiétude que donnent l'incertitude du présent et la crainte de l'avenir : malheur réel et souvent plus grand que ceux sur lesquels il est anticipé par l'illusion ou par la perspective. Cet organe, ordinairement plus marqué chez les enfants que chez les adultes, les rend timides, craintifs, pusillanimes, et très-enclins pour l'état qui paraît le plus propre à leur assurer une existence honnête, tel que l'état ecclésiastique autrefois et l'état militaire aujourd'hui, surtout dans les places accessoires, ouvertes seulement au génie et aux mathématiques. La médecine, la chirurgie et la pharmacie, asile de tant de jeunes conscrits durant la révolution, offriraient aussi, en donnant la perspective d'un avenir à l'abri du besoin, une carrière très-courue, sans les nombreuses difficultés et les dégoûts qui en font redouter l'étude, et sans l'application continuelle à laquelle oblige leur exercice loyal. Tout ce qu'il y a, ce ne serait point un mal qu'il n'y eût jamais que des sujets très-circonspects admis à cultiver ces trois branches de l'art de guérir. Mais ce en quoi la circonspection des enfants se manifeste le plus, c'est leur adresse à se tirer d'affaire et à sortir des dangers auxquels les exposent leur vivacité et la versatilité de leur caractère, quoi que leur inexpérience et leur ignorance les privent de beaucoup de ressources.
Les mendiants de profession ne manifestent ordinairement aucun indice de l'organe de la circonspection; et dans plusieurs centaines que Gall a examinés , il n'en a trouvé que deux qui en présentassent l'expression, encore n'était-ce que faiblement. Il en est de même des étourdis et de tous ceux dont le caractère est basé sur une grande légèreté. Ils ont tous la tête latéralement plate et étroite en arrière.
L'organe dont il s'agit n'est point étranger aux brutes. Les oies, les étourneaux, les chouettes, la marte, le chevreuil, le chamois, et en général tous les animaux qui ont l'habitude de se choisir parmi eux des sentinelles ou de ne se hasarder hors de leur retraite que durant la nuit, ont la partie postérieure du crâ e beaucoup plus renflée latéralement que les autres. Ainsi la tète de l'aigle diffère beaucoup de celle de la chouette, et c'est une erreur de croire que c'est parce que cette dernière ne voit clair de jour, qu'elle sort seulement de nuit; car elle peut contracter et dilater sa pupille à volonté, et par conséquent supporter le jour comme les autres espèces d'oiseaux, ou, si l'on veut, comme les autres animaux nocturnes, tels que la fouine, la marte, le putois, etc. Le cochon et le cerf portent sur leur crâne le caractère de l'imprévoyance et de l'étourderie, qui les poussent directement et sans aucune précaution hors des forêts, tandis que le renard, la loutre, le chevreuil et surtout le chamois, présentent une conformation différente qui explique les précautions