‹ Physiologie intellectuelleChapitre 197 sur 298 · CHAPITRE XXXVII. Mi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII. Mi

rer les couleurs avait fail considérer les nègres comme une espèce d'hommes particulière que l'on avait même subdivisée en deux autres, celle des nègres noirs et celle des nègres blancs. Ces derniers, appelés Albinos par les Portugais, Dondos par les Africains, Kackerlakes dans l'idiome malais, d'où ce nom a passé dans les langues hollandaise, allemande, danoise, etc., doivent leur couleur cadavérique à des causes maladives, de même que les Blafards'du détroit de Darien en Amérique. Ces sortes d'individus, dont on retrouve les analogues dans le Nord, où j'en ai moi-même vu de tout blancs avec des yeux rouges et enflammés comme ceux des lapins blancs, et des cheveux blancs comme de la filasse, ont, d'après Pline et Solin, existé en grand nombre entre le quarante-cinquième et le cinquantième degré de latitude nord; ce qui a fait donner, par les Romains, le nom d1 Albanie au pays qu'ils habitaient. Pline nous a dépeint les Albanais avec des sourcils et des cheveux blancs , des yeux glauques ( vert-bleuàtre) , voyant mieux dans le crépuscule qu'au soleil; ce qui convient également aux nègres blancs et aux Kackerlakes , qui sont d'ailleurs faibles et idiots comme les crétins, d'un blanc de papier qui est hideux et révolte d'autant plus qu'il n'est mitigé par aucune nuance d'incarnat : ne passant pas la trentième année, ils ne vivent guère que la moitié des autres nègres, dont ils ont les traits nationaux en Afrique, et, ailleurs, ceux des peuples cbez qui on les trouve. On les a aussi appelés

les yeux de la lune , soit parce que leurs paupières, retirées par les côtés et allongées par le milieu , prennent la forme d'un croissant, ou parce que , cachés de jour pour éviter la lumière du soleil, qui fait tomber des larmes de leurs yeux en les irritant, ils ne sortent guère qu'au clair de la lune. L'habitude qu'ont ces malheureux noctambules de ne sortir des trous et des souterrains où ils se cachent qu'au déclin du jour, comme les Troglodytes , et l'espèce de gloussement qui tient lieu de langage à quelquesuns, ont fait croire à plusieurs savants qu'ils avaient donné occasion aux fables populaires sur l'existence des Gobelins et des Drusions en France , des Gobalis en Italie, des Keilkrœfs en Allemagne, des Trools en Suède, des Klabauters en Hollande, etc. Mais l'imagination égarée du vulgaire a également pu aller chercher ses vampires et tous les farladets ridicules qu'elle recèle, dans les feux follets, les vapeurs ignées et les autres météores qui paraissent autour des mines, des marais, des ruisseaux et des cimetières. Linné, trompé par les narrations des voyageurs de son temps, a pris les Albinos pour une nouvelle espèce d'hommes qu'il paraît même avoir confondue avec l'orang-outang, nom qui, en langue malaie, signifie toutefois homme sauvage, libre, indépendant. La description qu'il en donne est assez exacte et curieuse, quoique mal appliquée. « Il y a deux espèces d'hommes, dit ce savant; l'homme de jour, qui est sage, tel que l'Européen, l'Asiatique, l'Africain et l'Américain; l'homme de

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