‹ Physiologie médicale de la circulation du sangChapitre 77 sur 131 · DES BRUITS DE SOUFFLE VASGULAIRES. Â · texte numérisé non relu

DES BRUITS DE SOUFFLE VASGULAIRES. Â

§ 179. — Comment agit le courant de liquide pour donner naissance au bruit de souffle? Cette question ne nous parait point encore susceptible d'une solution satisfaisante. Les conditions d'existence du bruit sont, comme nous l'avons dit, mieux connues que sa cause immédiate. Faut-il admettre, avec Chauveau, que le bruit de souffle est identique avec celui que produit une veine fluide qui s'échappe par un oriûce étroit? Faut-il, avec Heynsius, considérer le bruit de souffle comme un effet de mouvements transmis au liquide par le courant qui le traverse , à une sorte de tourbillon ou de remous?

11 existe des vibrations du liquide dans les cas où il se produit un bruit de souffle, c'est un fait bien démontré. Une des meilleures preuves qu'on en puisse donner, c'est que le doigt, appliqué sur les points de l'appareil circulatoire dans lesquels un bruit de souffle existe, perçoit un frémissement très sensible. Si le souffle présente la rudesse qui lui a fait donner les noms de bruits de râpe ou de scie, la transmission des vibrations du liquide aux tissus environnants devient encore plus prononcée. Il semble que la cause la plus générale des bruits de râpe soit la vibration des lèvres de roriflcc à travers lequel se fait le courant; on rencontre, en effet, cette forme du bruit de souffle principalement dans les cas d'affection des orifices du cœur, et surtout lorsque ces orifices sont déchiquetés. Du reste, ces vibrations, nées à l'orifice que le courant traverse, se transmettent aux parties environnantes, à des distances plus ou moins grandes.

Reprodaction schémalique des bruils de souffle.

§ 180. •— Voici une expérience facile à faire au moyen

&70 APPLIC^LTIONS A LA PATHOLOGIE.

du schéma, et qui semble prouver que les bruits de souffle tienueut moins à la vibration de la veine fluide elle-^èma qu'aux mouvements transmis par elle aux liquides et aux solides environnants.

1" expérience. — Soit {fig. 177) une éprouveUe de verre mince, fermée par un bouchon à deux tubulures. Une des artères du schéma a se termine par un ajutage lé* (çèrement rétréci qui traverse à froUement l'une des tubulures, et s'élève dans l'ampoule. L'autre tubulure est traversée par un autre tube qui ne fait pas de saillie dans l'éprouvette et se continue inférieu rement avec une des veines v du schéma; celle-ci se déverse dans l'eDlonnoir collecteur dont on connaît l'usage. — Si l'on fait fonctionner l'appareil, un jet de liquide (veine fluide) s'élance avec vitesse par le tube n, s'élève jusqu'au sommet de l'éprouvette, et coule le long des bords jusqu'à la partie inférieure, d'où le liquide s'écliappe par la veine v. La veine liquide est mince et tiatisparenle.

Si l'on applique l'oreillo sur réprouveUe, ou entend une légère crépitation qui tient au choc du liquide contre les parois du verre, mais cela ne ressemble en rien à un bruit de souille.

2' expàiencc. — Si l'on retire léijrromeut le tube « en le taisiittt glisser à travers le bnuchuii, de faron que rcxtréinité de l'ajulage soit au-dessous du niveau du liquide, comme cela se voit (fig. 178), on voit aussitôt que la niasse du liquide vibre tout entière sous l'influence du jet qui la traverse; ce jet lui-même devient gros et

Fig. 177.

Fig. 178.

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Fugueox ; il entraîne avec lui une partie du liquide de Téprouvette.

Dans ces conditions, Tauscultation fait entendre un bruit de soufQe très fort, semblable à celui qu'on rencontre dans un anévrysme volumineux; en même temps on perçoit, malgré la rigidité des parois du verre, une vibration analogue à celle qui accompagne les bruits de soufQe dans les différents points de Tappareil circulatoire.

Les deux expériences précédentes nous paraissent démontrer que le bruit de souffle tient plutôt à la vibration transmise au liquide par le courant qui le traverse qu'aux vibrations de la veine fluide ellemême. Mais, nous le répétons, ce n'est là qu'une question secondaire au point de vue pratique; l'essentiel est de déterminer les conditions dans lesquelles un bruit de souffle se produit. Nous avons cherché à résoudre ce problème par des expériences faites pour la plupart sur le schéma et que nous décrirons plus loin. Chacune de ces expériences sera exposée à titre de reproduction synthétique d'une des formes de bruit de souffle qu'on observe dans l'appareil circulatoire.

Résumé. — Voici les conditions dans lesquelles un bruit de souffle se produit dans les expériences physiques. — 11 faut que le liquide forme un courant rapide, ce qui nécessite ordinairement qu'un point dilaté succède à un point rétréci , et ce qui exige toujours que le liquide , poussé par une pression forte, rencontre devant lui une pression plus faible.

Voyons comment ces conditions se trouvent réalisées

dans les cas où des bruits de souffle se produisent dans l'appareil circulatoire. Ces cas sont les suivants :

l"* La compression d'un vaisseau artériel ou veineux.

2*" La communication anormale d'une artère avec une veine (phlébartérie).

3* L'abaissement général de la tension artérielle (ce qui produit un souffle à l'orifice aortique).

â* La présence d'un anévrysme sur le trajet d'un vaisseau.

5"" La lésion des orifices valv^ilaires du cœur, ou la communication anormale de ses cavités entre elles.

Souffle produit par la comprcssIoD d'urne artère.

§ 181 . — Expérience. — Lorsqu'on applique le stéthoscope sur un gros tronc artériel, sur la fémorale, par exemple, de manière à l'oblitérer entièrement, si au bout d'un instant on diminue la compression, de façon à livrer un étroit passage au sang, un bruit de souffle des plus intenses se produit aussitôt, et va diminuant d'intensité pour disparaître bientôt. Ce bruit, d'abord continu, à renforcements, devient vers la fin intermittent, et ne se produit plus qu'au moment des pulsations artérielles.

Ce phénomène peut s'observer sur un sujet quelconque; il n'exige aucune des altérations du sang qu'on rencontre chez les chloroliques ou les anémiques. Si, au lieu du stéthoscope, on se sert du doigt pour comprimer l'artère, on sent le liquide s'échapper en frémissant sous le doigt, quandon diminue la pression. Tous ceux qui ont pratiqué la compression des artères, dans les opérations chirurgicales, ont senti ce frémissement du sang qui se produit lorsque le vaisseau n'est plus exactement oblitéré. Dans

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cescûSy le doigt perçoit, sous forme de frémissement, ce que tout à Theure Toreille entendait comme bruit de soufQe.

Voici ce qui s'est passé. Pendant que l'artère était complètement oblitérée, la pression a baissé considérablement au-dessous du point comprimé; le sang, contenu dans cette partie du vaisseau, s'est en grande partie écoulé à travers les capillaires. Au moment où l'on ouvre un étroit passage au sang retenu au-dessus de l'obstacle, il se précipite avec rapidité dans la partie du vaisseau où il trouve une pression très-faible, et, par conséquent, peu de résistance ; de là résulte la vibration sonore ou bruit de soufQe. Mais, par suite de cette arrivée du sang dans le vaisseau qui était presque vide, la tension augmente à son intérieur, de sorte que le bruit ne se produit plus que dans les moments où la systole du ventricule élève considérablement la pression au-dessus de Tobstacle, c'est-àdire au moment du pouls artériel. Alors seulement l'inégalité de pression en amont et en aval de l'obstacle est suffisante pour produire le bruit. Enfin, bientôt on n'entend plus le bruit même au moment du pouls artériel, parce que la pression s'est élevée assez haut, dans la partie inférieure du vaisseau, pour qu*il n'y ait plus jamais l'inégalité suffisante pour la production du bruit (1).

§ 182. — Si l'on applique le stéthoscope sur la carotide, on peut obtenir les mêmes résultats; mais cela est moins facile sur les sujets sains. Il faut, pour que les

(I) On pourrait, avec uno certaine compression de l'arlère, ni trop forte ni trop faible, produire un bruit intermittent durant indéfiniment, mais l'expérience est difficile à faire sur Tarière fémorale. En général, quand on a^t sur ce vaisseau , on n'entend le bruit que pendant quel* ques secondes après qu'on « relâche le vaisseau.

&7A APPUGATIONS A LA PATHOLOGIE.

bruits se produisent aisément, que certaines circonstances donnent à la circulation capillaire une rapidité très grande, c'est-à-dire maintiennent la tension à un degré peu éle^ au-dessous du point rétréci.

Pour bien mettre en relief Tinfluence du diamètre des capillaires et du cours plus ou moins rapide du sang à leur inlérieur, voici rexpérience que Ton peut faire. 1'' eoopérience. — Sur le schéma qui nous a senri dans

toutes les expériences précédentes, prenons un des tubes qui ramènent le liquide dans Tentonnoir au moyen d'un ajutage d'écoulement c (flg. 179); nous aurons là un tube qui correspondra à roue des artères carotides : l'ajutage étroit qui le termine sera Tanalc^ue des voies capillaires qui établissent la communication entre les branches de la carotide et le système veineux. Comprimons le tube entre les mors d'une pince qui est adhérente au pavillon d'un stéthoscope, et faisons fonctionner Tappareil. — Si nous auscultons le stéthoscope, nous entendons un bruit de souffle qui se produit à chaque nouvelle impulsion du

liquide.

2' expérience. — Sans rien changer a la pression exercée par la pince, rétrécissons rorifice (récoulement e : immédiatement le bruit change, devient plus faible, plus bref, et disparaît tout à fait, si l'ajutage d'écoulement est très

Fig. 179.

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étroit. Agrandissons au contraire l'orifice d'écoulement e^ le bruit deviendra plus fort, plus prolongé, et finira par présenter le type continu^ à renforcements rhyihmiques.

Or, tous ces changements dans la force et la durée des bruits de souffle se sont produits sans qu'il y ait rien de changé dans l'étroitesse du tube, au point où le souffle se forme. C'est toujours le même rétrécissement produit par la pression des mors de la pince ; mais, ce qui a varié, c'est l'état de la tension au-dessous de cet obstacle, — Quand l'ajutage e était étroit, la tension en amont et en aval du stéthoscope étant presque la même, le bruit ne se produisait pas. — Quand l'ajutage d'écoulement était large, la tension entre le stéthoscope et l'orifice e était très faible, tellement que le courant qui se faisait à travers le point rétréci avait toujours assez de rapidité pour produire le souffle; celui-ci prenait donc le type continu* seulement il se renforçait à chaque systole du cœur, qui, élevant la tension artérielle, accroissait en même temps la vitesse du courant.

On peut donc, sur le trajet d'un vaisseau artériel (1), produire tous les types possibles de bruit de souffle, depuis le bruit léger et intermittent, jusqu'au souffle intense et continu présentant des renforcements (2).

(I*) Si l'on comprime une veine avec le stéthoscope, on obtient une élévation de la pression dans la partie de la veine située au-dessus de robfltacle qu'on vient d'opposer au mouvement du sang. De plus, à chaque inspiration, Tappel du sang qui se fait du côté du thorax produit l'abaissement de ia pression au-dessous du point comprimé. Il y a donc ici, comme dans les expériences précédentes, les conditions d'existence des bruits de souffle.

(2} II était utile d'insister sur ce fait, parce que plusieurs auteurg ont admis que le bruit continu ne saurait exister dans les artères; on a même considéré cette sorte de bruit comme caractéristique de l'anévrysme artério-veineuY.

Les renforcements que produit la systole ventriculaire peuvent avoir eux-mêmes des types différents : tantôt ils sont simples, tantôt ils sont redoublés, c'est-à-dire qu'ils présentent à Tauscultation les mêmes caractères que le pouls offre au doigt. Le souffle double correspond au pouls dicrote ; il coïncide avec lui, et tient à la même cause. (Yoy. le cbap. XIII, relativement à la cause ilu pouls dicrote.)

Influence de certaines maladies sur la production des bruits de soQfBe.

§ 183. — Comment agissent certains états pathologiques pour produire les bruits de souffle des artères?

Ces états, qui sont la chlorose, Tanémie et la fièvre (comme Beau l'a signalé), ne produisent pas, à proprement parler, les bruits de souffle, mais ils en rendent ii production plus facile, lorsque le stéthoscope est appuyé sur la carotide. On sait que, dans ces maladies, la tension artérielle est faible; ce qui tient à l'écoulement plus facile du sang à travers les capillaires, soit parce que ce sang est plus fluide que de coutume, soit parc^ que les vaisseaux relâchés lui livrent un plus large passage. Dans ces deux cas, Técoulement facile du sang à travers les capillaires fait que la tension artérielle s abaisse rapidement au-desî^ous du point comprimé, ce qui constitue une condition très-favorable à la production du bruit.

§ 18/i. — L énergie de la pulsation artérielle CvSl encore une condition favorable à rexistencc des bruits desoufllo. puisqu'elle est produite par des accroissements cunsidt^ râbles de la pression artérielle, au-dessus du stéthoscope, k chaque systole du ventricule gauche. i)n trouve, en effet, un souffle d'autant plus intense, que les pulsations sont plus fortes.

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