DE LA MÉTHODE GRAPHIQUE
Si nous appelons ampoule initiale celle qui reçoit la première rimpression du mouvement, et ampoule terminale celle qui le transmet directement au levier, c'est le rôle de l'ampoule initiale que nous devons décrire. Cette ampoule est placée, suivant le cas, dans des positions différentes. Introduite dans une oreillette, elle subit des alternatives de pression et de relâchement, suivant que celle-ci est en systole ou en diastole. Une ampoule enfoncée dans un Tentricule signalera de même tous les changements de pression qui se passent à son intérieur. Une autre ampoule placée en dehors du cœur, entre celui-ci et les parois de la poitrine, recevra sous forme de compression la pulsatioD cardiaque ou choc du cœur. Placée dans Taorte ou dans une grosse artère, elle recevra, sous forme de compressions variées, tous les changements qui surviendront dans la pression du sang à Tinlérieur du vaisseau, et fournira des indications identiques avec celles que donne le pouls de ces artères enregistré au moyen du sphygmographe. Pour se prêter à tous ces usages, Tampoule initiale doit prendre une infinité de formes différentes. C'est U pièce essentiellement variable de Tappareil.
Ces premières notions étaient indispensables pour bien comprendre l'utilité de chacun des organes de notre appareil cardiographique ; nous pouvons maintenant en décrire exactement la construction, en montrant d'abord quelle est la partie fixe qui fonctionne dans toutes les expériences et en indiquant, à propos de chaque expérience, les dispositions particulières qu'on doit donner à Vampoule initiale.
5& FBTaOLOGIB.
.Beaeriptlon dw «anUagraphc.
§ 7. — La figure 5 représente dans soa ensemble le canliof^nphe réduit au sixième de sa grandeur réelle.
L'instrument se compose de deux éléments pa'ncipaux : AE, Yappareil enregistreur, et AS, Vappareil sphygmographique, c'est-à-diru celui qui reçoit, transmet et amplifie les mouvements qu'il faut étudier.
Appareil enregistreur.
Venregittreur AE est constitué par deux cylindres verticaux (1 ) dont les axes traversent doux plaques de cuivre reliées Tune à l'autre partrois fortes colonnes niétalliques. La plaque inférieure repose sur une base lai^ et bien horizontale.
(l}Dans fotUGgurc, los cylindres se voient peu, car ils sont recouverts tlunu bande do papier. On aperçoit seulement au boni de celle bande les exlrémiléi des cylindres.
DESCRIPTION DU CARDIOGRAPHE. 55
Le cylindre, qui dans la figure est à droite, tourne à volonté dans tous les sens, seulement un ressort qui le presse exige une certaine force pour que sa rotation se produise.
Le cylindre qui est placé à gauche (cylindre moteur) porte en haut de son axe une roue dentée qui s'engrène avec un mouvement d'horlogerie H, de telle sorte que, lorsque Tappareil est en marche, il tourne avec régularité. . Le sens de la rotation de ce second cylindre est tel que ft Ton enroule autour du premier une longue bande de ftpîer, et si l'extrémité de celte bande est collée sur le qiindre moteur, ce papier se déroule graduellement du pÉemier cylindre^ et s'enroule sur le second tant que marche le mouvement d'horlogerie. Grâce à la légère féiîstance que présente le cylindre qui se déroule, le papier est toujours tendu ; il est en outi*e soutenu par un petit cylindre intermédiaire qui fait l'office de poulie et forme ainsi une surface plane sur laquelle s'écrivent les divers mouvements qu'on devra analyser.
On se sert pour cet usage d'un papier glacé qui ne présente, pour ainsi dire, aucune résistance de frottement lorsque la plume écrit sur lui. Ce papier porte en outre des divisions formées par des lignes parallèles horizontales et verticales formant des carrés de 3 millimètres de côté. Ces divisions sont très utiles pour mesurer la force, la durée et les rapports de succession des dififérents mouvements qui seront enregistrés.
Appareil sphygmographique.
Vappareil sphygmographique AS (même figure) offre à décrire les trois leviers et les trois systèmes d'ampoules conjuguées qui leur transmettront le mouvement. Ils sont
représentés dans la figure au nombre de trois, avec la disposition qu'on leur donne dans Texpérienc^ fondamentale que nous rapporterons en premier lieu. De ces trois leviers, l'un, /o, écrira les mouvements de l'oreillette ; l'autre, h, ceux du ventricule, et le troisième, Ic^ le choc ^ précordial. Tous trois sont bien horizontaux, et leurs pointes écrivantes sont en contact avec le papier qui recouvre le cylindre. Ces trois pointes doivent être exactement superposées, de sorte qu'un trait vertical tracé sur le papier les rencontre toutes trois. Lorsque les leviers se mouvront pendant que le papier exécutera sa translation de droite à gauche, il en résultera des lignes sinueuses qui fourniront l'interprétation des divers mouvements du cœur. N4 Tous les leviers, avec les ampoules termi-
nales qui leur donnent le mouvement , sont exactement semblables entre eux; la des- 1^ criplion d'un seul de ces appareils sera donc suffisante. Une tige verticale dont la base est fixée dans un plateau bien horizontal . leur H sert de support commun.
Levier et ampoule terminale (Gg. 6).
§ 8. — Une pièce tubulaire Ee reçoit la tige verticale du support, le long de laquelle elle peut glisser à volonté pour élever ou descendre chacun des leviers. Lorsqu'on veut maintenir celte pièce en position, on tourne une vis de pression latérale qui vient comprimer la tige; dès lors il n'y a plus de glissement possible, et l'appareil est immobile. Sur cette virole Ee est fixée latéralement une
Fig. 6.
DESCRIPTION DU CARDIOGRAPHE. 57
pièce horizontale qui porte une chape dans laquelle est l'axe du levier. Cet axe, parfaitement horizontaU traverse la base du levier, qui peut librement s'élever ou s'abaisser en tournant autour de lui. Le levier llp est d'une légèreté extrême ; sa base est d'aluminium, ainsi que sa pointe, et tout le reste est de bois réduit à une minceur telle que son diamètre transversal est à peine celui d'une paille ordinaire qu'on aurait fendue et aplatie. La pointe p est faite d'une lame d'aluminium réduite à une grande minceur par le laminage, et courbée de façon à former un angle qu'on humecte d'encre et dont le sommet forme une plume à trait fort délié.
Si Ton a besoin de faire avancer ou reculer le levier suivant sa longueur, de façon que sa pointe vienne se placer sur le papier verticalement au-dessus des autres, on obtient ce résultat de la manière suivante : La chape peut se mouvoir par le moyen d'une vis dont la tète v est à gauche de la virole Ee; suivant qu'on tourne cette vis à droite ou à gauche, la chape avance ou recule, et avec elle le levier qu'elle supporte.
On sait déjà que chacun des leviers doit être mis en mouvement par le gonflement et le resserrement alternatifs d'une ampoule élastique sur laquelle il repose. Cette ampoule mérite une description particulière. Elle est formée par une caisse ou tambour métallique T d'environ 5 centimètres de diamètre sur 5 millimètres de hauteur. Ce tambour, ouvert à sa face supérieure, est recouvert en ce point par une feuille de caoutchouc très élastique, assez épaisse et peu tendue. Un tube horizontal s'ouvre dans le tambour T, de sorte que, suivant qu'on foule de l'air à traversée tube ou qu'on exerce une aspiration, la membrane du tambour s*élève ou s'abaisse, entraînant avec elle
le levier qui reçoit son mouvement. Pour réaliser cette transmission, un petit disque de carton muni d'une aréie transversale de 6 à 7 millimètres de hauteur est collé sur la membrane du tambour. L'arôte vient rencontrer le levier près de son centre de mouvement. Il suit de là que la membrane ne saurait se soulever ni s'abaisser sans que le levier qui repose indirectement sur elle participe à son élévation ou à son abaissement. Mais, comme on le voit sur la figure, c'est très près de Taxe du levier que Tarète vient agir, ses mouvements seront donc très ampliûés à l'extrémité p du levier, au point où la plume écrit sur le papier mobile.
Comme il faut a volonté faire varier le point d'application de Tarète sur le levier, on obtient ce résultat en faisant glisser en avant ou en arrière le tube métallique qui se rend au tambour. Ce tube glisse à cet effet dans une gouttière horizontale accolée à la virole Ee. Si Ton pousse l'extrémité de ce tube du côté de la virole, le tambour s'avance et avec lui son arèto. Celle-ci se trouve alors en contact avec le levier à une plus grande distance de Taxe. Si au contraire on tire en arrière l'extrémité du tube, le tambour recule ; alora l'arête vient se placer très près de l'axe. Dans le premier cas, les mouvements exécutés par la plume du levier ont le moins d'amplitude possible ; dans le second, ils sont à leur maximum. Enfin il faut pouvoir élever ou abaisser le tambour, afin de placer le levier qui repose sur lui dans une position horizontale. Pour cela, on tourne à droite ou à gauche l'écrou Ë qui termine en bas la virole Ee. Alors le tube et le tambour T s'élèvent ou s'abaissent en restant horizontaux, Tarète s'élève ou s'abaisse également et avec elle le levier que l'on peut mettre daua la position voulue.
SUCCESSION DBS MOUVEMBNTS DU COEUR. 59
La figure 5 montre les trois systèmes de tambours et de leviers superposés sur un montant commun. Chacun des tubes qui s'ouvrent dans les tambours se prolonge en arrière par un tuyau de caoutchouc avec un tube métallique muni d'un robinet. Ces trois tubes sont aussi fixés à une tige verticale plantée sur le plateau de l-appareil AS. L'usage de ces robinets est de pouvoir à volonté mettre les tambours en communication avec les ampoules initiales, ou bien intercepter cette communication.
Nous avons maintenant à décrire l'élément variable de l'appareil, celui qui doit être mis en rapport direct avec la partie du cœur ou du système artériel dont on veut étudier les mouvements. C'est ce que, dans un premier aperçu de la construction du cardiographe, nous avons appelé Y ampoule initiale. Â chacun des systèmes de tam-^ bour et de levier décrits figure 6 doit correspondre une ampoule initiale de forme variable suivant le besoin. Ces différentes formes seront décrites à propos des expériences pour lesquelles elles sont nécessaires.
PREMIÈRE EXPÉRIENCE aRDIOGRAPHIQUE.
Détermination de la Buccession des divers mouvements du cœur.
L'expérience que nous allons rapporter est celle qui a été pubhée déjà dans les Comptes rendus do l'Institut. C'est par elle que nous avons commencé nos recherches, afin d'avoir dès le début la solution d'une des questions les plus importantes pour la pratique médicale. Cette question est la suivante : Le choc du cœur arrive-i-il au moment de la systole de l'oreillette^ ou bien correspond-il à la systole du ventricule?
U fallait enregistrer à la fois les mouvements de l'oreil*
letle, ceux du ventricule et la pulsation cardiaque, afin de déterminer, d'après la position respective de leurs tracés, Tordre dans lequel ils se produisent. Trois leviers devaient donc fonctionner à la fois, exprimant chacun les mouvements communiqués à Tampoule initiale correspondante. Pour cela, les trois ampoules furent placées Tune dans une oreillette, laulre dans un ventricule, la troisième dans las parois mêmes de la poitrine» au niveau du point où la pulsation du coeur est le plus apparente. Le cœur droit fut choisi pour Tintroduction des ampoules dans ses cavités; en effet, la veine jugulaire fournit une voie facile et sûre pour pénétrer dans Toreillette droite et de là dans le ventricule. C'est au moyen d'une double sonde que les ampoules furent portées dans les cavités droites du cœur.
Description de la double sonde du cœur droit.
§ 9. — Afin d'introduire à la fois dans l'oreillette et dans le ventricule droits les ampoules tmh'a/ex qui devaient recevoir les mouvements de ces deux cavités, nous construisîmes une sonde, figure 7 ci-contre. Cette figure donne la représentation extérieure de la sonde, ainsi que la coupe de la plupart de ses parties constituantes.
Les deux ampoules V et 0 sont destinées, la première au ventricule, la seconde à Toreillette.
De Tampoule V part un tube de gomme flexible TY qui traverse l'ampoule de loreillette sans communiquer avec elle, et se continue à travers une grosse sonde également de gomme, en gardant toujours son indépendance. Sorti de la sonde, il se prolonge par un tube de caoutchouc de 2 mètres environ de longueur, et va aboutir enfin à Tara poule terminale qui fera marcher le levier
SDCCBSSIOn DBS HOm'EHBNTS DU COBOR. 61
veotriculaire. On connaît déjà cette partie de l'appareil. L'ampoule 0 s'ouvre dans la grosse sonde, et la cavité de cette dernière s'ouvre à soD tour dans le tube TO, loDg tuyau de caoutchouc * semblable à TV et aboutissant comme lui à une ampoule terminale qui fait mouvoir un second levier.
Le trajet qui réunit l'ampoule initiale 0 à son ampoule terminale est donc indépendantduconduitTV.
Il est formé, dans l'intérieur de la sonde, par l'espace circulaire TO qui existe entre la grosse sonde enveloppante et la sonde enveloppée TV, ainsi qu'on peut te voir sur la coupe.
Les ampoules initiales V et 0 sont toutes deux formées par une membrane de caoutchouc tendue sur une sorte de cage métalli- , que dont voici la description.
Chaque ampoule est formée par deux boulons hémisphériques de métal *"'«■ '■
del centimètrede diamètre, sûparés l'un du l'autre par un g^uce de S centimètres environ. Ces boutons ont leurs
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surfaces planes tournées Tune vers l'autre; ils sont reliés entre eux par quatre tiges d*acier implantées sur leurs bords. Les quatre tiges formeraient les arêtes d'un prisme quadrilatère terminé par deux sommets arrondis que représentent les hémisphères de métal. Sur ces arêtes métalliques est tendu un tronçon de tube élastique qui les enveloppe dans son intérieur, en rejoignant par ses deux bouts les boutons de métal sur lesquels il est lié par des fils circulaires très serrés. L'ampoule initiale ainsi formée est mise en communication avec le tube qui doit la relier à son ampoule terminale. Pour cela Tampoule V présente un>lrou unique dans son bouton métallique par lequel pénètre le tube TV. L'ampoule 0 présente deux trous, puisqu'elle doit être traversée d'outre en outre par le tube TV. De plus, le bouton métallique qui la relie à la grosse sonde offre une disposition particulière. Il a une forme tubulaire pour embrasser la sonde à double courant, et son orifice qui s'ouvre dans cette sonde est assez large, non -seulement pour laisser passer le tube TV, mais pour permettre le libre passage de l'air de Tarn* poule 0 dans la cavité de la sonde enveloppante, et de là dans le tube TO qui se rend ù l'aujpoule teruiinale et au levier de l'oreillette.
Chacune des deux ampoules présente donc quatre fenêtres rectangulaires membraneuses limitées par quatre arêtes rigides. Ces fenêtres pouvant céder dans tous les sens aux pressions qu'elles supportent, se gonfleront ou se déprimeront suivant que ces ampoules seront placées dans un milieu raréfié ou com* primé.
Suivant que l'air sera appelé dans ces ampoules ou qu'il en sera expulsé, les tambours qui communiquent