LES DA
bules blancs altérés.Rist et Ribadeau-Dumas (1 et 2) ont bien montré en ce qui concerne le taurocholate de soude ces phénomènes de’ÿtolyse et constaté de plus dans la rate le développement de macrophages et de mégacaryocystes avec multiplication des éléments de la série myéloïde. La rate paraît donc être dans le cas un centre actif dans la défense de l'organisme : elle peut en effet atteindre sept et huit fois son volume normal,
Or, si chez les animaux normaux, ce rôle de défense lui est pour la plus grande part dévolu, vis-à-vis du taurocholate de soude, rien n'empêche d'admettre qu'en son absence des suppléances physiologiques ne puissent s'établir, C’est de cette idée qu'est parti Pérone (3). Cet auteur, à la suite d'expériences sur l’action de l'épiploon vis-à-vis de la rate rendue nécrotique par ligature des vaisseaux, et s'appuyant sur le rapport embryologique qui existe entre la rate et l’épiploon a voulu voir si la splénectomie n’entraînerait pas dans cette membrane des modifications histologiques qui puissent faire admettre un rapport fonctionnel reliant les deux organes. Ses premières expériences faites sur des animaux simplement privés de rate ne lui ont pas permis de penser qu'une compensation püût exister ; la splénectomie n'entraînant pas de modifications histologiques de l'épiploon. Mais revenant sur cette idée, il voulut voir comment se
(4) Rist et RiBapeau-Dumas. Essai d'immunisation du lapin contre l’action hémolytique du taurocholate de soude. Société de biologie, 1903.
(2) Risr et RiBaneau-Dumas. Rôle de la rate dans l’immunisation expérimentale contre le laurocholate de soude. Société biologie, 1904.
(3) PERONE. Sulla fisiopatologia del grande épiploon. Riforma Médica. 1905, page 8.
— Lo —
comporterait le repli séréux chez des animaux privés de rate soit par ablation de l'organe soit par ligature de ses vaisseaux, vis-à-vis de doses faibles de taurocholate de soude. Les animaux opérés depuis trois mois recevaient un nombre variable d’injections de produit toxique, des lapins normaux à rate indemne et soumis aux mêmes injections servaient de témoin, Get auteur constata que l’épiploon réagit par la mise en liberté de phagocytes, et cette réaction phagocytaire est beaucoup plus © accentuée chez l'animal privé de rate que chez ceux à rate indemne. Pérone conclut de ce fait que la constatation chez letémoin d'une réaction phagocytaire intense dans la rate,et la plus grande intensité de ce même processus sur l'épiploon des animaux splénectomisés ou ligaturés, doivent être interprétés en faveur d'une action compensatrice de l’épiploon calquée sur la réaction splénique.
Ainsi donc l’épiploon, par un mécanisme analogue à celui qu'il emploie vis-à-vis des poisons locaux, joue un rôle antitoxique sur les substances nuisibles introduites dans la circulation générale en un point éloigné de lui. Il participerait donc ainsi à la défense générale de l'or-
ganisme.
Les expériences faites en France par Dominici et Simon et dont les premières sont antérieures à celles de Pérone cadrent très bien avec les conclusions de cet auteur. Simon (1) injecte sous la peau d’un jeune lapin de
‘(4) Smmon. Le rôle de l'épiploon au cours des infections générales. Presse Médicule, 17 octobre 1903.
1.800 grammes une dose strictement mortelle de toxine diphtérique ; puis une demi-heure après, sous la peau du flanc du côté opposé 5 centimètres cubes de sérum anti-diphtérique pur : les animaux sont sacrifiés deux, six, douze, vingt-quatre heures, deux jours, quatre jours, huit jours après les injections. Cliniquement l'animal entre en convalescence au troisième jour, la restitutio ad integrum est complète en huit jours. Dans tous les cas on observe une réaction épiploïque caractérisée par la diapédèse des globules rouges et des polynucléaires neutrophiles, et la prolifération des cellules propres de l'épiploon. « Dès la première heure, la structure de l'or- « gane est bouleversée, les vaisseaux sont congestionnés, « bourrés d'éléments figurés ; les globules rouges, les po- « Iynucléaires neutrophiles sont sortis en grand nombre ; € aux confins des entrecroisements vasculaires, ils for- « ment de véritables nappes, où les éléments sont conti- « gus ou chevauchant les uns surles autres : aux en- « droits les plus minces, ils sont dispersés, isolés dans « les mailles de l'épiploon, Les globules rouges sont € normaux, les polynucléaires au contraire, passent par € différents stades de dégénérescence : leur protoplasma «est uniformément teinté en rose pâle, et semé seule- « ment de trois ou quatre gros grains rouge écarlate, qui « semblent résulter de la confluence des granulations. Le « noyau est opaque, se teinte brutalement par les bleus « basiques ; c'est d'abord un boudin moniliforme qui se « fragmente ensuite en boules d'inégales grosseurs,
« La réaction des cellules propres de l’épiploon, dès « ce stade, s'accuse surtout par deux faits importants :
« l'apparition de très nombreuses plasmazellen qui se « disposent en larges îlots de cellules pressées ou en lon- « gues bandes le long des vaisseaux, et la caryokinèse des « grandes cellules mononucléées. Celles-ci semblent se « détacher du plasmodium sous-jacent, elles grandissent «et leur vaste noyau présente tous les stades des figures «caryokinétiques,depuis lacondensation de la chromatine « jusqu'au stade de la plaque équatoriale.
« Dans une deuxième période, qui correspond de la « vingt-quatrième à la quarante-huitième heure en moyen- « ne toutes ces modifications ont abouti à l'absorption des « éléments étrangers,en diapédèse,par les cellules propres « proliférées. L'aspect est alors tout-à-fait différent ; on «retrouve bien, ilest vrai, un certain nombre de globules « rouges et de polynucléaires neutrophiles libres, isolés « dans les mailles ; mais la majorité sont englobés par les « macrophages.Toutes les cellules, périvasculaires, cellu- «les fixes, cellules adipeuses même, sont surchargées « d’enclaves,et on trouve à l'intérieur de leur protoplasma « les multiples variétés de figures qui ont déjà été signa-, «lées par Dominici dans la péritonite expérimentale : poly- « nucléaires ou globules rouges entiers ; débris ou pous- « sières nucléaires ; produits de transformation jaunes,
« verts, etc.
« Enfin nous devons ajouter qu’on voit, à cette période, « de longues trainées de fibrine recouvrir les faces de
l'épiploon et témoigner ainsi de l'inflammation dont
« il est le siège.
« Dans un troisième stade, qui commence le quatrième
« jour, l’épiploon a repris sa physionomie normale ; on
IE
« retrouve seulement, dans quelques cellules fixes, des « débris verdâtres, restes des destructions antérieures », Simon conclut de ces lésions que l’épiploon s’est comporté comme au cours d'une péritonite atténuée.
Le cobaye réagit de la même façon : toutefois lorsqu'on compare ces faits expérimentaux à ce qui se passe chez l'homme on constate que ces réactions sont loin de présenter chez lui la même netteté, Chez des malades morts de diphtérie après injection de sérum de Roux on ne constatait au niveau de l’épiploon qu'une diapédèse de globules rouges : il n'y avait ni polynucléaires, ni macrophages, quoique le système hématopoiétique tout entier présentàt des réactions considérables.
Dans la variole on trouve que les mailles englobent quelques polynucléaires neutrophiles et de nombreuses hématies.
La faiblesse de la réaction observée sur l’épiploon d'un fœtus expulsé par une femme en pleine éruption variolique, ne permet pas d'attribuer à la régression rapide de l'épiploon après la naissance, le peu d'intensité de la réaction chez l'homme, Mais tous ces faits, établissent néanmoins qu'elle existe, à peine esquissée peut-être, mais suffisamment indiquée pourtant.
L'épiploon met donc en activité ses propriétés macrophagiques au cours d'une maladie générale, et participe aussi avec les autres tissus d'origine mésodermique à la
défense de l’organisme,