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sidérable avait son four et la cuisinière ne faisait pas seulement la cuisine, elle faisait aussi le pain comine encore aujourd’hui dans les campagnes la plupart des ménagères canadiennes. Un jour que la bienheureuse devait cuire, elle eut un ravissement pendant la messe. L'heure était assez avancée quand elle revint à elle. Fort inquiète, elle courut à la maison. Mais en entrant dans sa cuisine elle trouva le four chaud, la pâte faite et prête à être mise au four. Elle crut d’abord que l’une de ses compagnes lui avait rendu ce service. Personne n'y avait songé,
C'est ainsi que Gaspar di Bartholemeo Casentini, l'historien de sainte Zite, rapporte le fait. Des auteurs moins authentiques le racontent autrement.
La signora Fatinelli, disent-ils, avait commandé à sa cuisinière un grand souper où elle voulait réunir la noblesse de la ville. Au jour fixé, Zite se rendit avant le jour au marché et fit avec grand soin les achats convenables. Après avoir tout fait envoyer chez son maître, elle se rendit à l'église saint Fédian Pour entendre la messe, Mais comme le prêtre, à la communion, élevait le corps du Christ, elle tomba en extase. Toutes les heures de la matinée, toutes les heures du jour s’écoulérent et la cuisinière était toujours là, immobile etravie, enla présence du Seigneur.
Quand elle reprit ses sens, l'église était déjà pleine d’om -e,
Se r«pelant le souper commandé, Zite sortit précipitamment.
Le soleil était couché, l'heure était venue de servir le repas qu’elle n’avait Pas encore commencé à préparer.
«Je vais être chassée honteusement », se disait-elle, en regagnant la maison.
Son chagrin était extrême, à la pensée de l'embarras où elle avait mis sa maîtresse. Elle appréhendait tant l'orage qui allait fondre sur elle, qu’arrivée à la porte de la maison, elle fut sur le point de s’enfuir.
Se recommandant à Dieu, elle entra pourtant et, bien timidement, se dirigea vers la cuisine,
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Il s’en échappait de si appétissants parfums que Zite se sentit toute réconfortée :
« Dieu soit loué ! Pensa-t-elle, la signora s'est aperçue de mon absence... elle a eu une cuisinière pour me remplacer. Je serai chassée, mais ma maîtresse n’au- Ta pas la confusion de n'avoir rien à offrir à ses convives »,
Comme elle ouvrait Ja porte de la cuisine, un bruit léger, charmant, frappa son oreille. C'était comme un joyeux battement d'ailes.
La sainte crut que la nouvelle cuisinière s'éventait avec son tablier et elle entra, la cherchant du regard.
Il n'y avait Personne, mais le feu était allumé, les casseroles étaient dans les fourneaux et de chacune s’exhalait un fumet délicieux.
« Certes, pensa Zite, respirant cette bonne odeur de cuisine, celle qui a pris ma place n’est pas la première venue. On ne perdra rien au change ».
Elle souleva le couvercle des casseroles, goûta et, émerveillée, se dit :
« Mais cette cuisinière est bien plus habile que moi... Je ne mérite pas de laver sa vaisselle ».
Elle passa dans la salle à manger, pensant y trouver celle qui avait Préparé ce merveilleux repas.
Il n’y avait personne. Mais le couvert était mis, les fruits éclatants s'élevaient en Pyramides parmi les
feuilles vertes, les fleurs avaient été disposées en bouquets. Un goût si délicieux, si sûr, avait présidé à tous les arrangements que la signora Fatinelli ne put
retenir des cris d’admiration, quand elle entra dans la salle pour jeter un coup-d’œil sur les apprêts du festin.
{— Tout est-il prêt ? demanda-t-elle, lorsqu'elle eût repris son calme.
— Oui, madame, répondit Zite, mais cette invisible cuisinière...
— Allons, n'extravaguez Pas, répliqua la dame ».
Elle fit entrer ses convives, et le Souper préparé par les anges fut servi.
Tout fut trouvé si délicieux qu’à Lucques on parle encore de ce merveilleux repas.
Il me semble que ce trait plaira aux cordons bleus dont sainte Zite est la patronne.
L'humble fille finit par inspirer aux Fatinelli une véritable vénération. Ils voulurent la traiter en amie plutôt qu’en domestique. Jamais la sainte n'y voulut consentir : jusqu’à la fin de ses jours elle resta — ce qu'il avait plu à Dieu qu’elle fût — servante.
Pendant ce temps, un roi, admiré de tous, traversait les mers pour aller délivrer le tombeau du Christ. Lui aussi était un saint. Mais, devant Dieu, ce roi de France était-il plus grand que la servante des Fatinelli? C'est le secret des cieux.
LA BIENHEUREUSE IMELDA
La bienheureuse Imelda descendait de la noble et vaillante famille des Lambertini. Née à Bologne en 1521, elle avait reçu au baptême le nom de Madeleine.
Dès le berceau, elle montra une inielligence extraordinaire, et cette vive intelligence sembla s’ouvrir naturellement aux lumières de la foi. Quand une souffrance quelconque faisait couler ses larmes, il suffisait de lui parler de Jésus-Christ pour ramener la joie sur son visage.
On ne vit jamais en elle cette peine à obéir, ces caprices qui rendent difficile l’éducation des enfants. Au premier signe, Madeleine quittait le jeu le plus animé pour se mettre au travail.
Dans la magnifique demeure de ses parents, elle s'était fait un petit oraloire qu’elleornait de ses mains, Son bonheur était de s’y retirer et d'y prier. La beauté et la bonté de Dieu occupaient ses pensées. Elle comprenait que la mesure de l'aimer c’est de l'aimer Sans mesure ; elle avait déjà la connaissance pro-
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fonde et exacte des choses de ve onde, au point de vue surnalurel.
La splendeur qui l'entourai: pesait à Madeleine : elle n'avait pas encore fait sa première communion el elle aspirait au détachemen: de la vie religieuse.
A cette époque, suivant un usage (rès ancien, on recevait encore parfois les enfants dans les monastères et on leur donnait l’habi: religieux. La petite Madeleine aurait voulu vivre de ce: te vie obscure ei retirée. Ses parents l’aimaient fort, mais elle les pria si bien, si instamment, qu'ils finirent par se rendre à ses désirs.
A Valdipré:ra, près de Bologne, il y avait alors un fervent monas'ére de dominicaines. Les Lambr+.ini, heureux et désolés, y conduisiren. leur file qui n’4vait encore que dix ans.
Elle prit avec joie l’habit religieux ei échangea son nom contre celui d’Imelda.
La prise de voite n'engageait pas l'avenir et les enfants ainsi reçus dans les monas.êres n'é.aicni assujettis qu’à une parie de la règle. Mais Imelda voulu: l’observer tout en'ière et Sa constance ne se démentit PaSuninstan!. [lle était la plus exac'e, la plus courageuse, Malgré sa tendresse Pour ses parents, elle ne semblait pas souffrir de la Sépara!ion. Aucune austérité ne l'effrayait. Rien ne lui semblait dur Pour ressembler à Jésus crucifié.
Les plus anciennes, les plus ferventes religieuses enviaient sa générosité : elles étaient surtout ravies de Sa merveilleuse dévotion envers le Saint Sacrement,
La petite novice passait des heures en adora:‘on Sans ressentir plus de lassitude que les anges devant Dieu. Jamais elle n’assistait à la messe sans verser d’abondanies larmes. Elle pleurait surtou: quand les religieuses quittaient leurs Salles pour aller communier. Dans l’ingénuité de son amour, elle disai. parfois à ses sœurs : « Je vors en prie, expliquez-moi Comment on peut recevoir ésus dans son cœur sans Mourir de joie ».
Rien ne lui eût coûté Pour communier. Consumée
par l’ardeur de ses désirs, elle suppliait le confesseur du couvent de l’admettre à la table sainte. Mais c'était l’usage du pays de ne pas faire faire la première communion aux enfants avant l’âge de quatorze ans, et le prêtre ne croyait pas devoir faire une excep.ion pour la petite novice.
Cependant le jour de l’Ascension 1533, l'enfant, qui avait atteint ses onze ans, se présenta de nouveau devant son confesseur cl le conjura de ne pas la tenir plus long'emps éloignée de la communion.
Le prêtre fut inflexible et Imelda, pleurant amèrement, se rendit à l’église pour entendre la Messe.
« O Jésus, mon amour unique, soupirail-elle, ainsi Vous voulez que je sois retenue loin de vous. Seraitce parce que je ne suis qu’une enfant 7... Mais aux jours de votre vie mortelle, vous avez dit à vos apôtres : « Laissez venir à moi les enfan!s.… Ne les éloi- » gnez point ». Pourquoi donc, 6 mon Époux céles'e, ne voulez-vous pas me laisser approcher... moi qui Vous aime tant. moi qui ai tout quitté pour être plus près de vous... Si vous ne pouvez supporter mon indignité... faites que je meure.. je ne puis plus vivre sans VCUS »..
Le Seigneur Jésus, si faible contre l'amour. ne put résister à cette prière. Au moment de la conuAunion, une hostie s’échappa du ciboire, s’éleva en l'air, franchit la grille du chœur et vint s'arrêter au-dessus de la tête de l'enfant.
Les religieuses aperçoivent l’Hostie qu'aucune main ne soutient et leur petite sœur qui l’adore, ravie ; elles averlissent le prêtre.
Il s’approche avec une patène et l’hostie jusque là immobile, vint s’y poser.
Alors ne doutant plus de la volonté du Seigneur, le prêtre tremblant communia l'enfant qui semblait un ange plutôt qu’une créature mortelle.
Les religieuses, dans un saisissement inexprimable, restèrent bien long!emps à la regarder en silence. La voyant toujours immobile, toujours prosternée, elles ressentirent à la fin une vague inquiétude.