‹ Physique biologiqueChapitre 14 sur 63 · MILIEU AMBIANT · texte numérisé non relu

MILIEU AMBIANT

Actinia mesembryanthemum ! 0 ,30

Asterias rubens 0 ,60

Echinus saxatilis.. . 0 ,40

Echinus brevi-spinalis 0 ,50

M. Valentin résume ainsi qu’il suit ses recherches personnelles sur les animaux inférieurs. Moyennement, Y excès de la température de l'animal sur celle du milieu ambiant est :

Chez les polypes 0°,21

Chez les méduses 0 ,27

Chez les échinodermes 0 ,40

Chez les mollusques 0 ,'«C

Chez les céphalopodes 0 ,57

Chez les crustacées 0 ,60

Ces observations démontrent que, chez ces animaux inférieurs, la résistance aux causes extérieures de refroidissement, et par suite la faculté de produire de la chaleur, est d’autant plus considérable que leur organisation est plus parfaite.

De toutes les questions soulevées en physiologie générale, il n’en est pas qui ait été plus souvent et plus vivement agitée que celle de l’origine de la chaleur animale. — Pour les anciens, la chaleur animale était la manifestation d’une force spéciale,

CIRCULATION DE LA FORCE

indépendante des agents extérieurs et tenant sous sa domination toutes les fonctions de l’économie. Indiquée déjà dans les écrits hippocratiques, cette interprétation des faits fut adoptée par Aristote et Galien et, sous la dénomination de théorie de la chaleur innée , régna sans conteste dans l’école aussi longtemps que l’autorité du philosophe de Stagyre et du médecin de Pergame. Sans chercher, du reste, à se rendre compte de son mode de production, les partisans de cette théorie n’hésitaient pas à placer dans le cœur le siège du dégagement de cette chaleur; les uns affirmaient, avec Aristote, que le sang s’échauffe dans le ventricule droit ; d’autres soutenaient, avec Galien, que la chaleur est produite dans le ventricule gauche. Unde demum is in corde calor nasceretur, veteres, unice securi , quærere super se derunty dit Haller1. Quelques auteurs poussèrent même l’oubli de toute notion de physiologie jusqu’à affirmer que, chez l’animal vivant, la température du cœur est assez élevée pour causer une sensation pénible à la main qui le toucherait imprudemment.

Vivement attaquées, tour à tour abandonnées et reprises, profondément modifiées dans les détails, ces hypothèses n’ont jamais complètement disparu de la science et se sont propagées jusqu’à nos jours. — J. Hunter, dont les travaux ont si puissamment

Elementa physiologue , tome II, paçe 287.

contribué aux progrès de la physiologie, faisait dépendre la production de la chaleur d’un principe spécial, indépendant de la circulation , de la sensation et de la volition, d’une force vitale à laquelle il reconnaissait en outre la facidté de détruire la chaleur en excès, et dont il plaçait le siège dans V estomac1.

Pour Barthez et son école, la chaleur animale est le résultat des frottements et des agitations des parties solides et des liquides de l’économie déterminés, entretenus par Yaction des forces du principe vital; si la température des animaux supérieurs reste constante au milieu des variations incessantes des conditions thermiques ambiantes, c’est que chez eux le principe vital sait modifier son activité et les agitations des fibres solides, de manière à proportionner la production de chaleur à l’intensité des causes extérieures de refroidissement. Mais cela ne suffit pas pour tout expliquer, et Barthez ne recule devant aucune hypothèse pour sauvegarder l’autocratie du principe vital. « Les mouvements qui produisent la chaleur vitale, dit-il 2, ne se continuent point un certain temps avec la même force dans les solides et les fluides, sans faire monter leur échauf-

Œuvres complètes, traduction de G. Richelot, tomel, page 306. — Tome III, page 377. — Tome IV, page 208.

Nouveaux éléments de la science de V homme. Deuxième édi on, tome Ier, page 303.

CIRCULATION DE LA FORCE

fement au delà du terme qui est marqué à la chaleur naturelle de chaque animal. C’est pourquoi, lorsque le progrès de cet échauffement va dépasser considérablement ce terme, il est arrêté par le refroidissement qu'opère la respiration renouvelée. On peut donc regarder l’air respiré comme étant en quelque sorte le régulateur de la chaleur trop forte qui serait produite d’ailleurs par le principe vital. » Ce n’est pas tout encore. Si la température des animaux vivants est, dans certains cas, inférieure à celle du milieu ambiant, c’est que le principe vital peut soustraire leurs corps aux lois de la communication et de la conduction de la chaleur. «Lorsque, dit Barthez1, l’homme vivant doit rester moins chaud que l’air extérieur et les corps environnants, il ne suffit pas que la force génératice de la chaleur vitale soit diminuée, ou même entièrement arrêtée : mais il faut encore une autre cause existante dans le corps de cet homme, qui Yempêche de recevoir la communication de la chaleur extérieure comme la reçoivent les corps environnants qui sont inanimés. — Cette cause intérieure ne peut être qu'une action particulière du principe de la vie dans le corps humain, qui en fixe toutes les parties avec un tel effort qu'elles sont moins susceptibles du mouvement de chaleur qui pourrait leur être communique du de-

1 Nouveaux éléments de la science de l'homme , tomo. Ier, p. 290.

hors. — Le principe vital ne se borne point alors à

! arrêter tous les mouvements des solides et des fluides, par lesquels il pourrait exciter la chaleur animale; mais il contracte les fibres avec la plus grande violence , pour résister à la dilatation que tend à y produire la chaleur de l'air et des corps extérieurs. » — Comment après avoir écrit le beau Discours préliminaire des Nouveaux éléments de la science de l’homme, Barthez a-t-il pu se laisser entraîner dans de telles erreurs? C’est qu’infidèle aux Règles fondamentales de la vraie méthode de philosopher, qu’il avait développées avec tant de supériorité, placé en dehors de la voie expérimentale, cet esprit éminent n’écoutait plus que les inspirations de son imagination.

A une époque plus rapprochée de nous, alors que les connaissances étaient assez avancées pour ne laisser aucun doute sur l’inanité de semblables doctrines, deux habiles observateurs, Brodie et M. Chossat ont fait de vains efforts pour localiser, le premier dans le système nerveux de la vie de relation, le second dans le grand sympathique, le principe producteur de la chaleur animale.

Au seizième siècle, une révolution profonde s’opéra dans les sciences ; l’esprit de libre examen pénétra dans les écoles, qui secouèrent enfin le joug, usquc-là incontesté, des doctrines d’Aristote et de Galien. Les physiologistes étudièrent de plus près

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les rapports des êtres vivants avec le monde extérieur; ils s’efforcèrent de démontrer que la chaleur animale est produite par les réactions chimiques accomplies dans les profondeurs de l’économie. Émise par Van Helmont, adoptée avec enthousiasme par ses élèves, cette idée était grande et vraie; mais la science n’était pas assez avancée pour la faire triompher. En renversant la théorie de la chaleur innée, les chimiatres rendirent sans doute un grand service à la biologie; mais ils compromirent l’avenir de leur œuvre, en 11e comprenant pas assez que les notions incomplètes et souvent erronées d’une chimie encore à l’état embryonnaire, ne pouvaient pas leur fournir les bases d’un édifice durable. — Cependant la doctrine de Van Helmont et de Sylvius, restée la même au fond, s’était successivement modifiée, épurée et avait pris sous la plume de Stevenson et de Ilamberger une forme très-remarquable; le premier Considérait la chaleur animale Comme le résultat des transformations incessantes des aliments et des humeurs de l’économie, le second assimilait les réactions dont le sang est le siège aux phénomènes de la combustion spontanée des amas de fumier et des matières végétales.

Quand on veut se taire une juste idée des immenses progrès qu’avait faits la théorie de la chaleur animale dans les dernières années du règne des chimiatres, il faut consulter les travaux de Jean

Mayow publiés en 1 674 1 . Enlevé à la science à Page de trente-quatre ans, au moment où il poursuivait ses recherches avec ardeur, Mayow commence par établir que l’air fournit un des éléments constituants de l 'esprit denitre (acide azotique). Pour lui, cet élément emprunté à l’air, qu’il appelle esprit nitroaérien , est l’agent de toute combustion et de toute fermentation; c’est lui qui transforme en rouille la poudre de fer exposée à l’action de l’air humide; c’est encore lui qui s’unit à l’antimoine calciné, modifie les propriétés et augmente le pouls du métal. — Mayow s’occupe ensuite de la respiration 2; il montre que, dans le poumon, l’air cède au sang une partie de son esprit nitroaérien; ce dernier élément se combine avec les parties sulfureuses (combustibles) du sang, transforme le sang veineux noirâtre en sang artériel rutilant , détermine une fermentation dans le torrent circulatoire, et finalement produit la chaleur nécessaire au maintien de la température des animaux. Privé de son esprit nitroaérien, Pair de l’expiration est par cela même impropre à entretenir la vie des animaux. A chaque page de son ouvrage, il reproduit cette idée que, sans esprit nitroaérien , la vie n’est pas possible à la surface du globe; Cet esprit nitro-aérien qu’il n’a ja-

1 Tractatus quinque medico-physici. Oxonii, e thëatro sheldoniano. An. Dom. MDCLXXIV.

2 Loco citât o, de Sal nitro et spiritu nitro-æreo, passim.

CIRCULATION DE LA FORCE

mais isolé, mais dont la raison lui démontre l'existence, il l’appelle successivement : Spiritus vitalis , instrumentum vitæ, élixir vitæ summe necessarium . — Le but réel de la respiration est de rendre l’esprit nitroaérien au sang que les veines rapportent au cœur; si le système veineux versait dans le cœur du sang artériel, c’est-à-dire riche en esprit nitroaérien, la respiration serait inutile. « Et hoc, ajoutet-il1, inde confirmari videtur, quod dum sanguis arteriosus ex uno cane in alterum, noto jam expérimenta, transmittitur, canis in quem sanguis transfertur, quamquam antea anhelus , et intense respirans, sanguine tamen arterioso intus recepto, vix omnino respirare videtur. »

Convaincu que cet élément de l’air, cet esprit nilroaérien, est indispensable au développement comme à l’entretien de la vie de l’animal, Mayow n’hésite pas à affirmer que le fœtus respire dans le sein de sa mère. Après avoir longtemps cherché les voies par lesquelles peut s’opérer cette respiration, il déclare que les vaisseaux ombilicaux et le placenta sont un véritable appareil respiratoire : « His præmissis, dit-il2, statuimusjsanguinem embryi per arterias umbilicalesad placentam delatum, non tantum succum nutritium, sed una cum eodem particularum nitroærearum portiunculam commeatu suo ad fœtum ad-

1 Loco citato, de Respiratione, page 321.

1 Loco citato, de Respiratione, p ige 319.

vcherc : plane ut sanguis infantuli per circulationem suam in vasis umbilicalibus factam, eodem modo ac idem in vasis pulmonalibus, particulis nitro • æreis imprægnari videatur. Proinde ut placentam non amplius jecur, sed potius pulmonem uterinum, nuncupandam esse arbitrer. »

A l’époque où Mayow exécutait ses travaux, le grand principe de l’indestructibilité de la matière n’était pas encore introduit dans la science, la balance n’intervenait que très-exceptionnellement dans les recherches de la chimie, les procédés d’investigation étaient incomplets et souvent vicieux. Sans autre guide que leur génie, les esprits éminents de l’école chimiatrique ont souvent entrevu, deviné la vérité, mais en réalité ils n’ont rien démontré d’une manière décisive. Ces passages, dans lesquels ils ont consigné le fruit de leurs méditations et que nous

aimons à tirer de l’oubli où ils sont tombés, nous

apparaissent dans leurs écrits comme des assertions sans preuves à l’appui, ou déduites d’explications et de théories inadmissibles. Si ces éclairs de génie sont insufiisants pour constituer une science, ils mettent du moins en lumière la lécondité de la voie que les travaux de l’école chimiatrique avaient ouverte aux physiologistes.

Bientôt les esprits prirent une nouvelle direction : le sceptre de la biologie passa aux mains des médecins mécaniciens et mathématiciens. Les propriétés

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mécaniques des tissus et des liquides furent considérées comme la cause déterminante de tous les phénomènes de l’économie. La théorie de la calorification n’échappa pas à cette réaction; la chaleur animale ne fut plus que le résultat du frottement du sang contre les parois' des vaisseaux et surtout des capillaires. Ces doctrines sans portée et sans avenir, dont Haies a donné une excellente exposition dans son Hémostatique , séduisirent le grand Haller lui-même, comme le prouve le passage suivant de son traité de physiologie1 : «Hactenuscerte maxime probabile videtur, utique a motu sanguinem incalescere, et si nondum constat, quare magis quam aqua, et quare non super certum gradum incalescere possit. » — Cet envahissement de considérations empruntées aux mathématiques et à la mécanique souleva parmi les physiologistes une réaction à laquelle s’associèrent de grands esprits étrangers aux études médicales.

Révolté par cette manie de demander à l’algèbre l’explication des phénomènes de là vie* qui poussait des hommes d’un grand mérite à chercher leur point de départ dans de vaines hypothèses alors que l’expérience leur faisait défaut, d’Alembert dénonça en termes très-vifs, dans le Discours préliminaire de Y Encyclopédie2, l’inanité de ces tentatives d’autant

! Elemcnta physiolof/iœ, tome II, page 507.

2 Discours préliminaire de Y Encyclopédie, pi XII.

plus dangereuses qu’elles cachaient le vide de la pensée première et l’erreur de la conclusion sous une apparence trompeuse de profondeur et de précision.

« On a voulu, dit-il, réduire en calcul jusqu’à l’art de guérir, et le corps humain, cette machine si compliquée, a été traitée par nos médecins algéhristes comme la machine la plus simple ou la plus facile à décomposer. C’est une chose singulière de voir ces auteurs résoudre d’un trait de plume des problèmes d’hydraulique et de statique capables d’arrêter toute leur vie les plus grands géomètres. Pour nous, plus sages ou plus timides, contentonsnous d’envisager la plupart de ces calculs et de ces suppositions vagues comme des jeux d’esprit auxquels la nature n’est pas obligée de se soumettre. »

Dans les dernières années du dix-huitième siècle, en même temps qu’il créait une science nouvelle en donnant à la chimie des bases inébranlables, Lavoisier tourna ses vues vers la physiologie et fixa plus spécialement son attention sur les phénomènes de la nutrition. Les matières alimentaires introduites dans l’estomac, digérées, liquéfiées, sont absorbées et versées dans les vaisseaux, où elles se mêlent au sang; d’autre part, l’air introduit à chaque inspiration dans la cavité pulmonaire cède au sang une partie de son oxygène. Frappé de ce double mouvement centripète, Lavoisier se demanda ce

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que deviennent ces matières mises en présence dans les vaisseaux de la circulation sanguine. Procédant à cette recherche avec toute la rigueur de l’analyse chimique, il démontra que l’oxygène introduit par les voies respiratoires attaque les substances organiques fournies par la digestion, les brûle, se combine avec leur carbone et leur hydrogène pour former de l’acide carbonique et de l’eau. Il montra que cette combustion lente des matériaux organiques du sang est une source incessante de chaleur dont il chercha à constater la puissance.

Des expériences, instituées et exécutées avec une précision jusque-là inconnue, lui permirent de déterminer la quantité de chaleur enlevée à l’animal par le rayonnement, par le contact de l’air et aussi par l’évaporation des liquides à la surface de la peau; d’autre part, il mesura la quantité d’oxygène consommée, évalua les proportions d’acide carbonique et d’eau produits par la combinaison de cet oxygène avec les matériaux du sang, et calcula la quantité de chaleur dégagée pendant ces réactions. De la comparaison des résultats de ces deux séries d’observations, il conclut que les réactions chimiques accomplies dans les profondeurs de l’économie fournissent assez de chaleur pour maintenir la température propre des animaux. Pour vérifier l’exactitude de cette proposition fondamentale, Lavoisier étudia l’intensité de ces combustions intérieures

dans les conditions les plus diverses de repos, de travail, d’alimentation et de composition du milieu ambiant. Dans son beau mémoire de 1789, il fit connaître les résultats de ses recherches, et posa d’une manière définitive les vrais principes de la théorie de la chaleur animale.

«La machine animale, dit-il1, est principalement gouvernée par trois régulateurs principaux : la respiration, qui consomme de l’hydrogène et du carbone et qui fournit du calorique; la transpiration, qui augmente ou diminue suivant qu’il est nécessaire d’emporter plus ou moins de calorique; enfin la digestion, qui rend au sang ce qu’il perd par la respiration et la transpiration. »

Mais où se passe la combustion des matériaux du sang? s’effectue-t-elle dans le poumon ou dans les capillaires généraux? Lavoisier s’était posé ces questions sans les résoudre. Bientôt Spallanzani dissipa tous les doutes à ce sujet; il montra qu’un animal placé dans un milieu gazeux privé d’oxygène continue à exhaler de l’acide carbonique; il établit ainsi que les capillaires généraux sont le véritable siège des combustions respiratoires. — L’exactitude de ces expériences de Spallanzani a reçu depuis deux confirmations éclatantes : d’une part, M. Magnus a démontré que le sang veineux et le sang artériel con-

1 Mémoires de l'Académie des sciences. 1789, page 580.

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tiennent trois gaz à l’état de liberté (l’oxygène, l’acide carbonique et l’azote), et que l’oxygène prédomine dans le sang artériel; d’autre part, M. Malgaigne et plus tard M. C. Bernard, en constatant que la température est plus élevée dans le ventricule droit que dans le ventricule gauche du cœur, ont établi que le sang se refroidit dans son trajet à travers le poumon, qui dès lors ne peut pas être le siège d’une combustion.

Dans ces dernières années, M. Boussingault a introduit dans la science une nouvelle méthode d’expérimentation qui a singulièrement élargi le cadre des observations physiologiques. Adoptée et pratiquée par des physiologistes d’un très-grand mérite, cette méthode a déjà rendu de grands services; elle repose sur des principes très-simples et d’une exactitude incontestable.

1° Un animal adulte, pris dans un état normal de nutrition et de santé est soumis à la ration d’entretien; les aliments sont fournis dans des proportions telles que son poids reste invariable . Les matériaux fournis par les aliments entrent, se fixent dans l’organisme, en se modifiant, pour remplacer ce qui est journellement éliminé par le jeu des fonctions. Mais l’animal ne perd ni ne gagne en poids ; une somme équivalente en nature et en poids à la matière élémentaire des aliments consommés doit donc se retrouver en totalité dans les déjections , les sécrétions et

les produits des organes respiratoires et de la peau.

2° L’air ne fournit à l’animal que de Y oxygène qui est éliminé en totalité sous forme d’eau et d’acide carbonique. Les expériences de MM. Dulong, Despretz et V. Régnault s’accordent, en effet, pour montrer que, loin d’emprunter de l’azote à l’atmosphère, l’animal élimine au contraire par le poumon, à l’état de gaz libre, une partie de celui que lui fournissent les matières alimentaires.

La méthode d’analyse adoptée par M. Boussingault peut se résumer ainsi : tenir compte de tout ce que l’animal introduit, sous forme solide et liquide, dans le tube digestif, de tout ce qu’il expulse au dehors en excréments solides et liquides et retrancher cette seconde quantité de la première. La différence représente nécessairement en nature et en poids ce que l’animal a perdu par les organes respiratoires et par l’exhalation cutanée.

Nous avons exposé, dans notre Traité de la chaleur animale, avec tous les détails convenables, les recherches de M. Boussingault; malgré la différence des méthodes suivies, l’accord le plus parfait existe entre les résultats obtenus par ce savant observateur et les principes proclamés par Lavoisier dès 1789. — De son côté, M. Letellier s’est plus spécialement proposé de déterminer l’influence de la température extérieure sur l’intensité des combustions respiratoires. Comme la théorie de Lavoisier permettait de

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le prévoir, il a démontré que, chez les mammifères et les oiseaux, l’exhalation d’acide carbonique, et, par suite, la production de chaleur, augmente à mesure que la température du milieu ambiant s’abaisse.

Bien que toutes les substances alimentaires soient combustibles, elles sont loin de posséder toutes le même pouvoir calorifique; en brûlant, les huiles et les graisses fournissent, à poids égal, à peu près trois fois plus de chaleur que les sucres et les matières amylacées. L’homme doit donc modifier son régime alimentaire suivant les saisons et les climats, pour maintenir sa température propre sensiblement constante dans des conditions si différentes de température extérieure. L’observation de tous les jours et les récits des voyageurs déposent en faveur de l’exactitude de ces indications théoriques. En été, et dans les pays chauds, les fruits, les légumes frais et les féculents entrent dans l’alimentation pour une plus forte proportion qu’en hiver et dans les climats froids. L’homme du Nord consomme une quantité d’aliments beaucoup plus considérable que l’habitant des contrées méridionales; à mesure qu’il avançait vers les régions polaires, le capitaine Ross était dans la nécessité d’augmenter beaucoup les rations de vivres des marins de son équipage.

Misérablement vêtus, vivant presque sans feu, les Esquimaux ont, au dire des voyageurs, tous les attributs d’une race forte, saine, vigoureuse. Ces peu-

pies ont adopté un régime alimentaire qui permet de comprendre la résistance presque incroyable qu’ils opposent à l’action d’un climat aussi rigoureux. Ils consomment habituellement 8 kilogrammes par jour de chair crue, contenant un bon tiers de graisse; ils avalent, en outre, avec délices des morceaux d’huile de baleine congelée. Le docteur Hayes, chirurgien de la seconde expédition des États-Unis au pôle arctique, raconte que les marins ne parvinrent à supporter sans peine le froid excessif auquel ils étaient exposés qu’à la faveur d’un régime analogue; il ajoute même qu’ils finirent par s’accoutumer à cette alimentation et la trouver de leur goût.

Développées, complétées par les travaux de Spallanzani, de MM. Dulong, Despretz, Magnus, Dumas, Liebig, Boussingault, V. Régnault, etc., les doctrines de Lavoisier donnent la véritable solution de l’un des plus beaux problèmes de la physiologie générale. Soumis à des causes incessantes et trèsvariées de refroidissement, l’animal consomme les matières organiques préparées par les plantes, les mêle à son sang, les brûle au moyen de l’oxygène emprunté à l’air, et produit ainsi la chaleur nécessaire pour lutter contre les influences extérieures et assurer le jeu régulier de ses fonctions. Mais, en brûlant, en revenant à leur forme minérale primitive, ces substances ne font que manifester leur énergie potentielle et rendre à l’animal la chaleur

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empruntée au soleil par la plante qui les a fournies. C’est donc, en définitive, une partie de la chaleur de la radiation solaire, emmagasinée d’abord par la plante, que l’animal utilise pour maintenir sa température propre au milieu des conditions si diverses que créent autour de lui les variations incessantes de la température atmosphérique1.

A quelque époque de son développement qu’on le prenne, l’animal emprunte constamment de l’oxygène au milieu ambiant, brûle les matériaux organiques de son sang, produit de l’acide carbonique, de l’eau et delà chaleur. La quantité d’oxygène consommée varie sans doute avec les conditions de travail et de repos, de veille et de sommeil, avec l’abondance et la nature de l’alimentation, avec la saison et les climats, mais au fond les relations de l’animal avec le monde extérieur restent toujours de même nature. — En est-il de même de la plante ? le végétal , à toutes les époques de son développement, fonctionne-t-il comme un appareil réducteur? ses relations avec le monde extérieur restent-elles indépendantes des conditions du milieu ambiant auxquelles il se trouve soumis?

Toutes les observations s’accordent pour démontrer que, sous l’influence de l’insolation directe ou même de la lumière diffuse, le végétal, par ses feuilles et ses parties vertes, absorbe l’acide carbonique, le décompose, s’assimile son carbone et rend à l’atmo-

1 Voy. aux Documents, IV.

sphère un volume égal d’oxygène. D’ailleurs, l’intensité de cette action réductrice est beaucoup plus considérable, lorsque la plante est exposée à l’action directe de la radiation solaire que lorsqu’elle est maintenue à l’ombre; des expériences comparatives de M. Boussingault1, il résulte que, par décimètre carré et par heure, une feuille décompose moyennement 7CC,17 d’acide carbonique au soleil et seulement 5tc,l à l’ombre. — Dans l’obscurité, les feuilles et les parties vertes exercent une action inverse sur l’atmosphère; elles absorbent de l’oxygène et exhalent de l’acide carbonique. Hâtons-nous d’ajouter que l’action comburante de la feuille dans l’obscurité est toujours beaucoup plus faible que son action réductrice à la lumière du jour. Les observations de M. Boussingault faites entre les mois de mai et d’octobre dans les circonstances les plus favorables, sur des feuilles fonctionnant entre huit heures du matin et cinq heures du soir, établissent qu’un décimètre carré de feuille a décomposé moyennement par heure 5tc,28 d’acide carbonique. Les expériences du même observateur montrent que, dans l’obscurité, un décimètre carré de feuille ne produit par heure que 0CC,35 d’acide carbonique. «Si l’on suppose, ajoute M. Boussingault, que les mêmes feuilles fonctionnent à l’équinoxe dans des

1 Etudes sur les fonctions des feuilles. ( Annales de chimie et dè physique, IVe série, 18d8, tome XIII, page 282.)

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conditions de température et de milieu identiques à celles où j’ai observé, on arrive à cette conséquence qu’im mètre carré de surface verte décomposerait en douze heures de jour 6336 centimètres cubes de gaz acide carbonique, et produirait en douze heures de nuit 596 centimètres cubes de gaz acide carbonique. »

Ainsi, le végétal, par sa surface verte, joue pendant le jour le rôle d’un appareil réducteur, décompose l’acide carbonique, fixe le carbone qui doit entrer dans la composition de ses tissus et consomme la chaleur solaire pour opérer ce travail. Pendant la nuit, au contraire, cette surface verte devient un appareil de combustion, absorbe de l’oxygène, brûle les tissus du végétal, produit de la chaleur et exhale de l’acide carbonique. Si, malgré l’antagonisme de ces deux actions contraires, le végétal se développe et grandit, c’est que la fonction réductrice l’emporte beaucoup en activité sur la fonction comburante. Il résulte, en effet, du précédent calcul de M. Boussingault que si, en douze heures de nuit, un décimètre carré de surface verte brûle 0gr,2'14 de carbone emprunté aux tissus du végétal et exhalé sous forme d’acide carbonique, un décimètre carré de surface verte fixe et fournit à la nutrition de végétal, en douze heures de jour, 5gr,416 de carbone provenant de l’acide carbonique absorbé et décomposé.

Les observations déjà anciennes de M. Théodore de Saussure1 ont établi que les Heurs absorbent constamment de l’oxygène, exhalent un volume sensiblement égal d’acide carbonique et sont, comme les animaux, de véritables appareils de combustion. L’intensité de cette consommation d’oxygène varie beaucoup avec l’espèce végétale à laquelle appartient la Heur observée; tandis qu’en vingt-quatre heures une lleur entière de Lis blanc n’absorbe que cinq fois son volume d’oxygène, une fleur entière d’Arum maculatum en absorbe trente fois son volume dans le même temps. La Heur produit constamment de la chaleur comme l’animal, et la quantité de chaleur développée est toujours proportionnelle à la quantité d’oxygène consommée. D’ailleurs une même Heur exhale toujours plus d’oxygène à l’état d’épanouissement complet qu’à l’état de bouton. — Dans une fleur complète, les organes sexuels consomment toujours plus d’oxygène que la corolle , et les organes mâles plus que les organes femelles. Enfin, dans les fleurs monoïques, les fleurs mâles consomment toujours plus d’oxygène que les fleurs femelles .

L’oxygène est indispensable à la germination; dans l’azote, l’hydrogène ou l’acide carbonique, la graine ne se développe pas. Lorsque, sous l’influence combinée de la chaleur, de l’humidité et de

1 Annales de chimie et de physique . IIe série. 1822. Tome XXI, page 279.

CIRCULATION DE LA FORCE

l’oxygène, la germination commence, la graine absorbe de l’oxygène et exhale de l’acide carbonique. M. Boussingault 1 a fait germer, dans une assiette de porcelaine, sous l’influence de l’eau distillée et de l’air, des graines de Trèfle et de Froment. Il a d’abord déterminé les quantités de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote contenues dans un poids donné de graines sèches avant la germination ; puis il a mesuré les quantités de carbone, d’hydrogène, d’oxygène et d’azote qui restaient dans ces graines desséchées au moment où la germination avait atteint sa dernière période et où la végétation allait commencer pour les jeunes plantes. Il a ainsi trouvé que :

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