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DIVISIBILITÉ

Mais ces parties si petites, que je me re-, présente comme toujours divisibles et toujours indestructibles, existent-elles réellement? Lorsque je prends un corps, pierre ou fil et que je le broie ou que je le coupe en petits morceaux aussi fins que possible, je puis arriver à une division telle que je ne voie plus même les petites parcelles que j'ai faites. Mais je puis imaginer des yeux meilleurs que les miens, comme ceux de certains petits insectes qui existent véritablement dans la nature, et des Instruments, ciseaux ou autres beaucoup plus petits que ceux dont je me sers, et à l'aide de ces deux moyens continuer à diviser mes grains de poussière, et arriver à une divisibilité infinie de la matière, par laquelle j'obtiendrais des parcelles si petites qu'on peut à peine s'en faire une idée.

Or, cette imagination n'est pas une erreur, et bien des faits nous prouvent que la matière peut se diviser jusqu'à des proportions infiniment petites.

Exemples de divisibilité, — Infiniment petits, — Ainsi les fils «de laine ont un diamètre de 0«,00005 ou 5 cent millièmes de millimètre; la soie n'a qu'un cent millième de millimètre, et cependant ces fils sont composés de matières qu'on pourrait séparer; euxmêmes, on peut les diviser encore beaucoup.

Si ces fils si fins, au lieu d'être flexibles, étaient rigides, un fil mille fois plus fin que la soie pourrait traverser notre corps de part en part, comme une épée, sans que nous le sentions et sans que les fonctions de notre vie en fussent trout^ées.

Et cette finesse que nous supposons à ce fil rigide n'est pas une chimère, elle existe , et nous la produisons même souvent Les minces lames d'eau brillantes que produisent les bulles de savon ont au sommet une épaisseur de 1 dix millième de millimètre, et i cent millième avant d'éclater.

L'or peut être aplati en feuilles si minces, que 400,000 superposées ne font pas une épaisseur d'an centimètre, et avec un gramme d'or on peut faire un fil de plusieurs lieues de longueur.

58 milligrammes d'or peuvent être divisés en deux millions de parties visibles à l'œil. Un fil d'argent doré du poids de 3 décagrammes donne un fil délié comme un cheveu dont tous les points de la surface sont recouverts d'or, et qui peut avoir une étendue de 440,000 mètres. Ce fil, aplati et divisé en huit parties pour chaque millimètre, donne jusqu'à 8 millions de parties visibles.

Quand on essaye de l'or ou de l'argent sur

la pierre de touche, la trace très-lég^e que laissent les métaux peut être aperçue, bien qu'elle soit tout à fait Insensible au toucher* Le poli que prennent les corps est encore un fsdt de divisibilité ; les surfaces si unies sont cependant rugueuses et rayées, mais aucun de nos sens, ni œil ni main, ne peut apercevoir ces rugosités.

58 milligrammes de cuivre rouge dissous dans de Tammoniaque et mêlé à i million 513,706 milligrammes d'eau, la teint en bleu; or, comme il y a 216 millions de parties visibles dans la 77® partie d'un litre et demi que pesait Peau, les 58 milligrammes de cuivre se trouvent divisés en 16 milliards de petites parties visibles.

Globules dti sang. — Mais ce n'est pas seulement dans les solides qu'on peut voir jusqu'où va la divisibilité delà matière. Les êtres virants en offrent de curieux exemples. Le sang, par exemple, contient des globules qui ii-^ont qu'un trois cent cinquantième de millimètre, de sorte qu'une goutte de sang suspendue à la pointe d'une aiguille contient un million de globales.

Animaux microscoptqiMS. — Il existe d'ailleurs des animaux encore plus petits que ces. globules et qui existent, se multiplient avec une énorme fécondité, se remuent avec une agilité que l'on retrouve dans tous les êtres et dans tous les corps infiniment petits. Les uns ressemblent en tas à des grains de poussière, d'autres sont invisibles à l'œil.

Certains végétaux parasites que Ton rencontre dans la maladie de la vigne, dont ils sont

la cause, dans la teigne, dans la plique polonaise, ont également des dimensions qui se chiffrent par des centièmes de millimètres. Et tous ces êtres vivent, poursuivent un but et montrent une certaine .intelligence lorsque ce sont des animaux, ou résistent à des températures de plus de cent degrés et aux acides les plus énergiques lorsque ce sont des végétaux. Ils sont souvent charriés pendant trèslongtemps par les gaz et les liquides sans qu'il soit facile de les en chasser. Quelle doit être la petitesse de toutes les parties qui les composent!

Mais ces infiniment petits ne sont rien encore si Ton songe à la matière ou à Téther qui vibre et qui produit ce que nous appelons la lumière , l'électricité Pour en donner une idée, qu'il nous suffise de dire que la vitesse des mouvements qu'exécute cet éther varie dans la lumière et l'électricité de 80,000 à 115,000 lieues par seconde, et que des milliards de milliards de rayons lumineux peuvent passer sans se troubler par le trou d'une aiguille. Quelle doit être la petitesse de la matière qui peut prendre une telle vitesse de vibration, et combien les gaz eux-mêmes sont loin de cette ténuité I Et cependant 1,000 parties d'un gaz n'égalent pas un grain de sable, et les odeurs les plus divisées sont souvent les plus sensibles pour nous.

Odeurs, odoraL — Qu'est-ce donc que ces odeurs dont nous ne pouvons voir les agents?

Gesont des sensations produites sur un de nos organes par les particules extrèmement divisées, qui s'échappent dans l'atmosphère

comme des vapeurs et qui proviennent des corps odorants. Parmi les corps qui se résolvent en vapeurs ou même parmi les gaz stables, il en est beaucoup qui ne sont pas odorants; les plus volatiles sont même souvent inodores. Mais presque toujours les odeurs les plus fortes sont produites par des quantités extrêmement petites de matière.

Le musc, par exemple, parfume pendant des années l'air d'une chambre, où il y a des courants d'air, et sans diminuer notablement de poids. L'odeur de la cannelle se fait sentir en mer à plus de dix lieues de l'île de Geylan (Indes) où on la récolte.

Beaucoup de corps s'opposent au passage des odeurs, et il faut que les particules odorantes soient en contact avec notre organe sensuel pour que nous les sentions, en un mot qu'elles nous touchent Tandis que par rouïeetla vue nous entendons et nous voyons les objets, sans qu'ils soient en contact avec nos sens, ils nous impressionnent à distance.

Afin que le sens de l'odorat soit en communication constante avec l'air qui porte toujours les odeurs, les fosses nasales où siège ce sens sont placées, chez tous les animaux, près des voies respiratoires, par lesquelles l'air entre dans les poumons. Elles sont séparées par deux cloisons cartilagineuses portant chacune trois lames saillantes et recourbées. Une membrane muqueuse, appelée pituitaire, tapisse l'intérieur des fosses, et le moindre gonflement de cette membrane arrête le passage de l'air dans les

cavités où s'épanouit le nerf olfactif, c'està-dire le nerf de Todorat

Une foule de petites saillies donnent à cette membrane un aspect velouté, et elle possède des cils vibratiles très-déliés. Un liquide plus ou moins visqueux, le muctis nasal, la baigne continuellement, et elle reçoit les filets du nerf olfactif qui porte au cerveau les impressions causées par les odeurs. C'est à la partie supérieure du nez que le sentiment odorant est le plus vif, et chez beaucoup d'animaux la membrane pituitaire, beaucoup plus développée que chez rhomme, leur donne un odorat beaucoup plus fin.

Les particules odorantes se dissolvent dans le mucus nasal, puis elles sont perçues et senties par la membrane et le nerf; aussi, lorsque dans le rhume, ce liquide change de nature, nous devenons insensibles aux odeurs et inaptes à les percevoir.

. Ether, atomes, molécules, — Mais puisque j'ai divisé les corps, je puis aussi les agglomérer et les recomposer, et prendre d'abord les plus petites parcelles, que j'appellerai éther et en former un petit tout que j'appellerai atome; puis réunir ces atomes et ne former des molécules «qui commencent à être visibles pour nous ; puis de ces molécules agglomérées faire de nouveaux corps, des particules que notre sens du toucher peut sentir, et qui, adhérentes ensemble, formeront les nombreux corps que nous voyons :

bois, pierre, cuivre, etc. ; ces corps différeront entre eux, parce que le nombre de leurs

atomes et de leurs molécules n'est pas le même, que ces atomes sont diifôrQmmeut groupés et plus ou moins serrés les uns contre les autres, et par suite ont des formes variées. Cette dernière qualité est ce que Ton nomme la densité des corps; c'est-à-dire que si l'on prend un dé de bois et un dé en fer de mômes dimensions, le premier sera cependant plus léger que le second, parce que sous un môme volume il contiendra moins de matière et que ces molécules seront moins tassées, moins serrées les unes contre les autres ; le fer sera plus dense alors que le bois, l'eau plus dense que l'air.

Nous avons dit que Ton pouvait diviser indéfiniment les corps ; mais les chimistes ne sont pas tous de cet avis, et ils arrêtent la divisibilité de la mati^e, aux atomes, petites parties indivisibles, et cependant différentes entre elles. Nous verrons, en chimie, pourquoi on a adopté cette hypothèse, qui sert à expliquer certains faits; mais si ces faits peuvent s'expliquer sans avoir recours à cette supposition, qui est en désaccord avec d'autres faits, et surtout avec les données de -la raison, cette hypothèse d'une liipite à la divisibilité devra être abandonnée.

Corps simples et composés, — Dans ce que nous avons dit, nous avons aussi considéré les corps comme composés d'une seule matière ; et nous avons paru penser que le fer et le cuivre ne différaient que parce que leurs atomes étaient réunis en plus ou moins grand nombre, en particules plus ou moins compactes ; nous verrons en chimie ce qu'il

tuai çeoBer à ce sojet CcHiteittoiis-iioiis d*ajouter qu*aojoiinllioi les corps comme le cafirre, le fer, le soufre, le phosphore, les métaux sont considérés comme des corps steples qu^on ne peat, par les moyens actueilemeat connus, séparer en d^autres corps, tandis que le bois, Teau, le laiton, le bronze, les pierres, sont des corps compoisés, dont on connaît la composition, et que Ton peut même reproduire à volonté, en mêlant les substances qui les composent, tandis qu*on ii*a pas trouvé de corps qui, mêlés à d'autres ou modifiés d'une manière quelconque, pussent donner du fer, du soufre, du plomb, etc. €68 derniers sont appelés des corps simples; tous les autres sont des corps composés.

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