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Des Vents

Le soleil et la lune exercent sur la partie liquide du globe, des influences attractives très-prononcées qui élèvent l’Océan dans les points qui correspondent momentanément à ces astres, pour le laisser retomber ensuite, ce qui produit le phénomène des marées . L’atmosphère doit être également sujette aux mêmes influences, et présenter un flux et un reflux journaliers, dont M. de Laplace trouve 1 indice et la mesure dans les mouvemens diurnes du baromètre. 11 n’est donc pas extraordinaire que l’atmosphère soit sans cesse agitée dans une foule de directions et avec des vitesses très-variables : on donne le nom de vents accidentels ou irréguliers à ces sortes de mouvemens de l’air sur lesquels influent encore beaucoup d’autres causes très-variables. (1 existe neanmoins à la surface du globe, entre les deux tropiques, des courans très-réguliers qui portent le nom de vents généraux , ou alisés et dont il est possible de se rendre un compte satisfaisant. En effet, la partie de la surface de la terre, comprise entre les deux tropiques, est plus directement exposée qu’aucune autre aux rayons du soleil , elle en est même assez fortement échauffée pour conserver une température élevée pendant la durée des nuits. La partie de l’atmosphère, qui répond à cette zone, doit donc être dilatée et rendue spécifiquement plus légère; conséquemment elle doit s’élever et se trouver remplacée par de l’air ambiant plus froid et plus dense ou plus pesant;

cet air raréfié doit s’écouler des deux côtés vers les pôles, taudis qu’un air frais qui afflue en-dessous, de ces memes pôles vers l’équateur, vient le remplacer. Si l’on observe que la meme cause continue à agir, on concevra facilement qu’il doit se former dans chacun des deux hémisphères, deux courans Tun supérieur qui va de l’équoteur vers les pôles, l’autre inférieur qui de chaque pôle afflue vers l'équateur. Ce dernier est, en effet, très-sensible dans les latitudes situées au-delà des tropiques : mais une autre influence importante vient modifier ce premier effet. La totalité de l’atmosphère participe du mouvement de rotation de la terre, de l’ouest à l’est, dont la vitesse pour chaque point de la surface, est proporlionelle à la distance de ce point à l’axe de rotation* en sorte que, par exemple, la partie de l’atmosphère, située au 6o.e dégré de latitude, doit avoir une vitesse de rotation moitié de celle qui répond à l’équateur. Or, quand l’air qui occupait précédemment le 60e dégré, arrive à l’équateur, il n’a plus alors la meme vitesse que celle des points de l’équateur; et par conséquent un spectateur placé sur ce cercle, frappera ce courant avec l’excès de sa vitesse; mais comme ce spectateur se croit immobile , il croira recevoir l’impression d'un vent d’est. Ce sera le contraire par rapport au courant supérieur ; mais ici de la supériorité de vitesse du coul ant affluent, résulte un vent d’ouest réel, tandis que le vent inférieur n’est qu’une simple apparence, mais qui produit une illusion complète.

Les vents périodiques , moussons, soufflent dans une certaine direction pendant deux mois, et sont suivis de vents contraires d’une égale durée. Les autres sont nommés vents irréguliers : ce sont les vents les plus ordinaires dans les zones tempérées.

Les mouvemens dont l’air peut être animé en vertu des causes que nous avons indiquées, produisent des vents dont les vitesses variables forment un des principaux caractères et leur ont fait donner les noms de vents doux , vents vifs, vents vio le ns , et enfin d 'ouragans. Cette vitesse peut cire extrêmement petite, en sorte que les mouvemens de l’air soient à peine sensibles ; elle peut être de 3 à 4 mètres par seconde, et le vent est déjà vif; lorsqu'elle est de z[o ou 5o mètres par seconde, elle produit un ouragan : il paraît même que, dans ces circonstances désastreuses , la vitesse du vent a quelquefois été Beaucoup plus considérable. 3VÎ. Kraaf qui a fait à Pétersbourg des observations sur celte vitesse, dit l’avoir trouvée une fois de 35,4 mètres; une autre

fois do 89 mètres par seconde. La ligne qu’a suivi le Vent tempétueux qui a occasionné la dernière inondation de Pétersbourg, offre un développement de près de 400 lieues, que l’ouragan aurait, dit-on, parcouru en quelques minutes : ce qui peut-être est exagéré. On aurait peine à concevoir les terribles effets des ouragans, si l’on n’avait une idée précise de la grande masse de l’atmosphère, du poids considérable de Pair et de la vitesse dont nous venons de parler.

Les dernières inondations de Christiania et de St-Pétersbourg s’expliquent très simplement par leur position topographique et l’effet de l’ouragan. Sans entrer dans les détails des désastres causés en Hollande par les dernières tempêtes, et des inondations qui en ont été la suite, nous nous bornerons a dire qu’il est peut-être sans exemple, du moins dans les annales de la météorologie, que sur six marées successives, il s’en soit trouvé cinq de tempêtes dont une ait atteint une hauteur aussi extraordinaire que celle dont il est fait mention (Algem. konst en letter-bode, 18 fevr. i8n5), hauteur dont il n’est point non plus d’exemple en Zélande. A l’occasion de ces refoulcmens des eaux par le vent, nous citerons le fait suivant qui paraît bien extraordinaire et dont malheureusement M. le baron de Zach (*), auquel il est emprunté , n indique pas la source. On sait que le fleuve de Rio de la Plata se déborde à certaines époques, et que, comme le Nil, il inonde et fertilise le pays : les Indiens quittent alors leurs cabanes et se jettent dans leurs canots sur lesquels ils flottent jusqu’à ce que les eaux se soient retirées. Au mois d’avril 1793, il est arrivé qu’un courant de vent d’une intensité extraordinaire, refoula l’immense masse d’eau de ce fleuve, jusqu’à une distance de dix lieues, en sorte que le pays fut submergé et le lit du fleuve mis tellement à sec, qu’on pouvait s’y promener. Les vaisseaux qui avaient sombré et coulé bas, furent tous à découvert, et on y trouva entre autres un vaisseau anglais qui avait péri en 1762. Beaucoup de gens descendirent dans ce lit, visitèrent et dépouillèrent ces vaisseaux et s’en retournèrent les poches remplies d’argent et d’autres objets précieux. Ce phénomène qu’on peut regarder comme une des plus grandes convulsions de la nature, dura trois jours, apres lesquels le vent s’abattit et les eaux rentrèrent avec fureur dans leur lit naturel.

^ Corresp. Astron. du baron de Zach , 1824 j n.0 1 1 > vo ■ • 10 •> PaS* 1 9 I ■

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