CHAPITRE XXVHI
De l’Eau dans Vair atmosphérique , ou premiers principes de
V Hygrométrie,
§ i. Le physicien mécaniste doit nécessairement connaître les effets réciproques de Fair et de l'eau, puisque autrement il peut être conduit à des conclusions inexactes dans plusieurs circonstances ; par exemple, dans l’expérience delà dilatation des gaz par la chaleur.
L’air même le plus 6eo contient toujours une certaine quantité d'eau, et Fon a inventé un assez grand nombre d'instrumens qu'on nomme hygromètres ou hygroscopes , au moyen desquels on peut mesurer cette quantité; mais il est impossible déjuger avec exactitude de la construction de ces instrumens et de leur usage , si Fon ne connaît pas les lois d'après lesquelles l'eau 6e partage dans un système de corps qui ont tous de l’affinité pour elle. Nous devons donc exposer ces lois, quoiqu'elles soient plutôt chimiques que mécaniques, § 2. L'eau peut être contenue dans l'air de deux manières : elle peut y nager seulement divisée en particules très-ténues, sans avoir pris réellement l’état élastique; ou bien , elle peut y être parfaitement dissoute, et avoir pris en effet l'état aériforme.
§ 3. La vapeur visible qui s'élève des liquides chauffés , est formée de petites bulles qu'on peut encore distinguer avec le microscope. Ces bulles, ou cette poussière de vapeur, tomberaient à terre dans un air parfaitement tranquille; mais il est difficile de trouver dans la réalité une masse d'air parfaitement en repos, et le plus léger mouvement suffit pour élever une grande quantité de ces bulles. .S'il ne s'en trouve que très -peu dans Fair, elles ne nuisent pas à sa transparence ; mais cependant elles peuvent occasionner quelques erreurs dans les résultats des expériences , parce qu’à la moindre élévation de température, elles peuvent passer à l’état élastique. Si elles sont en grande quantité, elle forment des vapeurs visibles; le brouillard et les nuages n’ont point d'autre origine. On ne doit cependant pas conclure , par réciprocité, que toutes les vapeurs visibles consistent en bulles d’eau. Nou-seulemcnt tous les autres liquides peuvent former des
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vapeurs visibles > mais les corps solides le peuvent aussi lorsqu’ils sont rl i vises en particules assez ténues. La vapeur ou fumée d’une flamme, est formée seulement de charbon finement divisé, et la vapeur blanche que produit le phosphore en brûlant, est de l’acide phosphorique primitivement solide, mais divisé à l’infini.
$ 4* Lorsqu’on met de l’eau dans un vase ouvert et qu’on l’expose à l’air libre, elle diminue peu-à-peu et disparaît bientôt, parce quelle se dissout dans l’air. Si cette évaporation se fait dans un espace d’air renfermé et absolument privé d’eau , l'air accroît son volume , et change son élasticité et son poids spécifique. Ceci est une preuve que l’eau évaporée n’est pas seulement mélée mécaniquement avec l'air, mais qu’elle y est combinée chimiquement, et par conséquent qu’elle a passé à l’état élastique. Non-seulement l’air atmosphérique, mais peut-être tous les gaz sans exception, peuvent se combiner de cette manière, avec une plus ou moins grande quantité d’eau. L’air ne perd point sa transparence par l’addition de cette eau dissoute et combinée; môme il peut, dans cet état, paraître encore trèssec pour nos sens. Cet effet est réciproque entre l’air et l’eau; et les parties d’eau qui ne sont pas encore vaporisées, prennent toujours en combinaison quelques particules d’air auxquelles elles communiquent leur état d’agrégation, c’est-à-dire, qu’elles les font passer à l’état liquide.
§ 5. La force dissolvante de l’air n’est pas également grande dans toutes les circonstances ; la chaleur et la condensation l’augmentent ; le froid et la dilatation la diminuent (i). Ainsi, lorsqu’une masse d’air a absorbé autant d’eau qu'elle en peut contenir, si elle est refroidie ou dilatée, une partie de l’eau devenue élastique, reprend l’é ta t liquide, et paraît à l’état de bulles de vapeur. C’est pour cela que la cloche d’une machine pneumatique, est souvent revêtue de vapeur d’eau, lorsqu’on raréfie l’air; est c'est par la même raison que les corps froids qu’on porte à l’air chaud, deviennent humides sur leur surface.
(i) L’air, en se condensant , dégage de la chaleur ; en se dilatant , il en absorbe. Ainsi , les effets de la condensation et de la dilatation de l’air sur les vapeurs, se rapportent aux changemens de température. Quand la température primitive s’est rétablie, la quantité de vapeurs qui peut exister dans un espace donné, redevient exactement la meme, quelle que soit la dilatation ou la condensation de l’air que cet espace contient. ( V oy ez, l’addition placée à la fin de ce chapitre.)
DES CORl’S A E RI FORMES.
Dans ces circonstances, on dit que l eau se précipite. Au contraire, los bulles de vapeur se dissolvent ou se changent en vapeurs élastiques, lorsque l’air dans lequel elles nagent, est échauffé ou comprimé.
ÿ 6. Indépendamment de l’air, beaucoup d’autres corps ont aussi une grande affinité pour l’eau. Lorsqu’un corps de cette espece, est placé dans un espace d’air contenant de l’eau en dissolution , il enlève à cet air une partie de son eau : plus le corps a déjà attiré d’eau, et moins fortement il continue à en attirer; et, au contraire, plus l’air en a perdu, et plus il retient le reste avec une force considérable : il doit donc nécessairement y avoir un moment ou tous deux retiennent l’eau avec une égale force ; alors l’effet est terminé. On nomme cet état de repos, équilibre hygrométrique. Si une masse d’air, contenant de l’eau, se trouve en contact avec différens corps de cette espèce, chacun d’eux lui enlève une partie de son eau, les uns plus, les autres moins, selon la mesure de leur affinité pour l’eau ; au contraire, si des corps qui ont absorbé de beau, sont exposés à un air qui en contient moins qu’il n’est nécessaire pour établir l’équilibre hygrométrique, il leur enlèvera de l’eau jusqu’à ce que cet équilibre soit parfait.
§ 7. Sans doute il n’existe aucun corps qui n’ait quelque affinité pour l’eau; mais, dans beaucoup d’entre eux, cette affinité estinsensible. Ceux qui montrent la plus grande affinité pour ce liquide, se nomment des corp s hygro scopique s. Dans cette classe , se trouvent tous les corps qui dérivent de la nature organique, comme le bois, les os, l’ivoire, les cheveux, le papier, le parchemin, l’épiderme qui recouvre les parties internes et externes des corps animaux, ainsi que les cordes d’instrumens qui en sont faites, les tuyaux de plumes , le chanvre, le coton, la soie, etc. « y a aussi beaucoup de corps inorganiques qui sont hygroscopiques. Par exemple, tous les sels solubles demeurent hygroscopiques, même dans l’état liquide, et quand leur dissolution est saturée. La plupart des acides, sur-tout l’acide sulfurique, possèdent cette propriété, de même que l’ardoise, l’argile et les autres minéraux qui s’attachent à la langue. On peut aussi compter dans cette classe , les corps qui sont trop compacts pour s’imbiber d’eau, mais dont la surface s’en recouvre lorsqu’on les expose à un air chaud et humide ; tels sont les verres, les métaux , etc.
§ 8, Comme la température et la densité changent continuelle-
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ment dans l’air atmosphérique, il doit y avoir aussi un échange d’eau continuel entre l’air et tous les corps avec lesquels il est en contact.
§ g. Tels sont les observations et les principes sur lesquels est fondée Y Hygrométrie , c’est-à-dire , l’évaluation de la quantité d’eau contenue dans l’air. D’après ces principes, on reconnaîtra facilement que l’eau , en se partageant dans un système de corps pour y établir l’équilibre hygrométrique, suit des lois semblables à celles d’après lesquelles la chaleur se propage pour arriver à l’équilibre thermométrique; et de plus, on apprendra par l’étude de la Chimie, que les diverses affinités chimiques agissent d’après ces memes lois qui sont générales pour toutes les substances. Ceci est une raison décisive pour admettre la matérialité de la chaleur.
ADDITION RELATIVE A l’hYGROMÉtJRIE.
Tout ce que l’auteur dit dans ce chapitre , sur la manière dont l’équilibre hygrométrique s’établit entre diverses substances qui ont de l’affinité pour l’eau, est parfaitement juste ; mais la vaporisation de l’eau dans l’air et dans la plupart des gaz, paraît ne pas dépendre de cette cause; car les expériences montrent qu’elle s’opère indépendamment de l’affinité , ou , du moins, comme si helfet de l’affinité y était tout-à-fait insensible.
On a reconnu que les liquides peuvent se réduire en vapeur à toutes les températures, sous la pression de l’air atmosphérique, par une sorte d’évaporation lente qui s’opère seulement à la surface du liquide, et dans laquelle la vapeur n’a pas réellement à soulever le poids de l’atmosphère , comme il arrive dans l’ébullition : on a encore remarqué que cette disparition du liquide est, en général, d’autant plus rapide que l’air est plus sec et plus souvent renouvelé : les physiciens ont de tout temps attribué ce phénomène aune sorte d’action dissolvante de l’air , analogue à celle que l’eau exerce sur les sels» Dalton est le premier qui ait démontré d’une manière absolue que cette supposition était sans fondement, et que par conséquent, la formation de la vapeur devait être uniquement attribuée, dans tous les cas, à la force expansive du calorique. La démonstration résulte des trois faits suivans. i.° Les liquides se vaporisent plus vite dans le vide que dans l’air , ou dans tout autre gaz ; 2.0 il se forme dans un espace plein d’air ou de tout autre gaz, précisément autant de vapeur que dans le même espace vide. 3.° La vapeur une fois formée et mêlée à l’air , jouit d’une force élastique parfaitement égale à celle qu’elle possède, lorsqu’elle occupe seule un espace vide. En effet, si l’on introduit une certaine quantité d’eau dans un récipient parfaitement vide et à la température de o°, on verra le baromètre s’élever de 5 millimètres qui expriment la fonce élastique ou la tension de l’eau à cette température. Si au lieu d’un récipient vide, on
DES CORrS AERIFORMES.
se sert d’un récipient rempli d’air parfaitement sec, qui supporte actuellement om,76o, par exemple , de mercure, et qu’on introduise un peu d’eau dans cet air , la température étant toujours à o° , la colonne de mercure s’élèvera encore de 5 millimètres , comme dans le cas précédent , et deviendra par conséquent om,y65. Les exemples fréquens d’évaporation d’un liquide exposé au contact de l’air atmosphérique et sans que ce liquide soit élevé à la température de l’ébullition , s’expliquent comme il suit dans la théorie de Dalton. A la température ordinaire, les liquides s’évaporent dans l’atmosphère d’autant plus vite que l’air est plus souvent renouvelé , ce que l’on conçoit en se représentant que l’air inmobile audessus d’un liquide , est bientôt chargé de toute la vapeur que comporte la température et qu’alors l’évaporation s’arrête , comme cela arriverait dans un espace limité ; tandis que si les masses d’air qui touchent le liquide , se renouvellent continuellement, elles n’arriveront jamais à contenir le maximum de vapeur d’eau, et le cas sera le même que pour un liquide situé dans un espace indéfini. L’évaporation libre sera d’autant plus rapide que l’air environnant sera plus sec. Lorsqu’un liquide est chauffé au-dessus de la température de l’air , son évaporation est d’autant plus rapide que sa température est plus élevée. Toutes choses égales d’ailleurs, l’évaporation spontanée est d’autant plus rapide que la surface du liquide est plus considérable. L’effet de l’évaporation spontanée est de refroidir continuellement la masse d’où la vapeur s’échappe. L’atmosphère, à raison de sa masse immense et mobile et des grandes variétés de sa température , donne lieu à une grande variété d’effets dépendans de la quantité d’eau en vapeur qu’elle peut contenir: pour les concevoir, il faut partir d’un petit nombre de propositions simples qui sont la conséquence des principes que nous venons d’établir : i.° si une masse d’air , à une température quelconque, est actuellement en contact avec de l’eau, elle contient autant de vapeur qu’il peut s’en former à cette température : 2.° si cette masse d’air s’échauffe, elle recevra une nouvelle quantité de vapeur, proportionnelle à sa nouvelle température : si elle se refroidit , il se condensera une partie de l’eau qu’elle contenait : 3.° si une masse d’air qui a été en contact avec de l’eau, est transportée hors de ce contact, sans changer de température, elle conservera le maximum de vapeur d’eau qu’elle contenait. 4*° Si cet air est échauffé, il ne contiendra plus le maximum de vapeur d’eau qu’il peut contenir, et s’il est refroidi , il laissera déposer de l’eau qu’il contenait. L’air atmosphérique peut être sec ou humide : dans le premier cas, il favorise l’évaporation et ne dépose point de liquide à la surface du corps qu’il environne; dans le second cas, le contraire arrive ; il humecte promptement les corps et surtout ceux qui sont plus froids que lui. L’air paraîtra sec tant que la quantité de vapeur d’eau qu’il contiendra , sera au-dessous du maximum dépendant de la température ; il paraîtra humide aussitôt que la quantité de vapeur d’eau excédera ce maximum . Ainsi l’air deviendra fréquemment humide en se refroidissant , et deviendra toujours sec e:i s’échauffant. 5.° A égalité de densité, l’air mélangé de vapeur est plus léger que
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l’air sec: aussi le baromètre se tient-il plus bas, lorsque l’atmosphère est chargée de vapeur aqueuse, que lorsqu’elle et sèche.
Voilà ce qui a lieu pour un liquide qui n’est soumis à aucune force étrangère, et qui cède seulement à l’action répulsive du calorique interposé entre ses particules, cause déterminante de l’évaporation. Mais si le liquide est retenu par un corps solide qui ait de l’affinité pour lui, il sera sans cesse sollicité par deuxforces contraires qui, suivant le circonstances, pourront se surpasser ou se contre-balancer. Si l’espace où le corps est plongé , est privé de vapeurs, l’action élastique aura toute * son énergie , et une partie du liquide se séparera du corps solide en prenant l’état aériforme ; mais , par cet effet même , la prépondérance de la force élastique se trouvera diminuée ; car la tendance à la vaporisation deviendra moindre, et l’action du corps solide, au contraire, sur l’eau qui lui reste, augmentera en raison de ce qu’il a déjà perdu. De là résultera un état d’équilibre hygrométrique ,* mais cet état sera troublé par un changement de température. Si celle-ci s’élève, la force élastique l’emporte, et une nouvelle quantité de liquide se vaporise ; si elle s’abaisse, l’affinité redevient prépondérante, et une portion des vapeurs étant absorbée de nouveau, repasse à l’état liquide. Ces échanges continuels sont assez sensibles , relativement à certains corps , comme les cheveux, les plumes, les cordes, pour faire varier leurs dimensions, et l’on peut ainsi en observer toutes les successions : c’est sur cette propriété que sont fondés les instrumens que l’on nomme hygromètres ; et l’on voit que le jeu de ces instrumens s’explique avec une extrême facilité d’après ces principes, sans admettre dans l’air une force dissolvante de l’eau , que n’indiquent point les expériences; mais par le seul fait de V équilibre mobile entre l’affinité du corps solide pour l’eau , et la force élastique de la chaleur.
Au reste, les résultats que je viens de rapporter n’avaient pas encore élé suffisamment répandus, lorsque l’ouvrage de M. Fischer futpublié, et ils n’étaient point encore réduits en corps dedoctrine; sans cela notre judicieux auteur en aurait sans doute fait usage : il n’a pu qu’indiquer dans une note , à la fin de l’ouvrage , quelques-uns des résultats de Dalton, qui étaient parvenus à sa connaissance pendant le cours de l’impression.
Pour suppléer à cette omission , autant qu’on peut le faire dans un ouvrage où les véritables idées des phénomènes physiques peuvent être indiquées plutôt qu’établies en detail ,j inséré ici une table des forces élastiques de la vapeur aqueuse à des températures diverses, comprises depuis — 20° au-dessous zéro , jusqu’à 1 3o° au-dessus. ( 'et te table est déduite par interpolation d’un grand nombre d’expériences faites par MM. Dalton et Gay-Lussac ,
DES CORPS AERIFORMES. ] (j i
Table des forces élastiques delà vapeur d’eau, évaluée en millim, pour chaque degré du thermomètre centigrade , par M.r Pouillet.
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§ io. Nos sens jugent aussi inexactement de l’humidité que de la chaleur. Nous trouvons que l’air ou un corps quelconque est humi-
jg2 CINQUIÈME SECTION.
de, lorsau’il déposé de l’humiditë sur notre corps; nous jugeons qu’il est sec , lorsqu’il lui enlève de l’humidité (*). La même masse d’air peut donc ainsi paraître humide à un observateur , et sèche à un autre. Les physiciens ont, par cette raison, pensé de bonne heure à des instrumens qui pussent indiquer l’humidité de l’air plus sûrement que notre tact. U faudrait s’étendre beaucoup plus loin qu’un ouvrage élémentaire ne le permet, pour rapporter les nombreux essais qui ont été faits sur cette matière, et d’autant plus que les anciens instrumens de cette espèce, sont très-défectueux, et que, même les meilleurs que nous ayons, sont loin d’approcher delà perfection du thermomètre. — . Il est assez singulier que nous sachions mieux mesurer une substance non perceptible pour nos sens, qu’une substance que nous pouvons immédiatement observer.
§ ii. Nous nous contenterons de remarquer , relativement aux plus anciens hygromètres, que les meilleurs d’entre eux sont fondés sur les propriétés hygroscopiques des cordes à boyau, lesquelles se détordent par l’effet de l’humidité qui s’y introduit, et deviennent ainsi plus courtes parce qu’elles augmentent de grosseur.
J 12. Parmi les instrumens de cette espèce , nouvellement imaginés, il en est seulement deux qui méritent le nom d’hygromètres : celui de Saussure , et le plus nouveau de ceux de Deluc . Nous ne parlerons que du premier qui est le plus usité aujourd’hui.
Le corps hygroscopique employé par Saussure , est un cheveu dépouillé de toutes substances grasses, par l’ébullition dans une faible dissolution de potasse. L’instrument consiste en un cheveu solidement attaché par Tune de ses extrémités et qui s’enveloppe deux fois au-
(*) Le degré d’humidité de l’air indiqué par l’hygromètre qu’on va décrire, influe considérablement et peut-être plus qu’aucune variation atmosphérique , sur la manière dont s’exécutent les fonctions des êtres organisés : on le concevra facilement, si l’on fait attention que la quantité de vapeur actuellement contenue dans l’air, est une des causes principales qui modifient la transpiration pulmonaire ou cutanée. En general, la trop grande siccité de l’air produit rapidement des in-
flammations : un degré modéré de sécheresse rend les fonctions plus actives et développe la sensibilité générale : l’humidité prolongée, au contraire, débilite plus complètement qu’aucune autre cause et produit toutes les affections qui peuvent dépendre de l’atopie de nos tissus.
DES CORPS AÉiUFORMES. 1
tour d’une petite poulie q ni fait mouvoir une aiguille • à l’extrémùé libre de ce cheveu, est attaché un poids qui sert à lui donner le degré de tension convenable. Le cheveu ainsi prépaie, se raccourcissant par la sécheresse, et s’allongeant par l’humidité (*) , l’aiguille, par ses mouvemens sur un arc de cercle gradué, indique les raccourcissemens ou les allongemens que le cheveu subit par suite des variations d’humidité de l’air qui l’environne.
J i3. L’avantage essentiel de cet hygromètre, consiste en ce que l’on y détermine par expérience deux points fixes, ceux de plus grande sécheresse et de plus grande humidité ; ce qui sert ensuite pour établir des échelles comparables entre ces deux points. Lambert avait eu déjà cette idée, mais il n’avait pas réussi à l’exécuter si exactement que Saussure et Deluu .
§ 14. On détermine le point de sécheresse absolue , en plaçant l’instrument sous une grande cloche de verre, avec des sels desséchés au feu (pag. 107 , J 5), et en le laissant dans cette situation tant qu’on peut remarquer un raccourcissement dans le cheveu.
§ l5. On détermine le point de la plus grande humidité , en suspendant l’instrument sous une cloche dont les parois sont mouillées avec de l’eau ; la cloche elle-même est placée sur une assiette où il y a de l’eau, afin d’empêcher l’introduction de l’air extérieur : on laisse l’appareil ainsi disposé, jusqu’à ce que le cheveu n’éprouve plus aucun allongement, et l’on observe le point où il s’arrête.
La distance qui se trouve entre ce deux points fixes, se partage en 100 divisions que l’on appelle degrés (**).
(1) On peut trouver quelque contradiction entre ces deux effets, savoir: l’allongement du cheveu par l’humidité elle racourcissement d’une corde par la même cause. Mais il suffira d’observer qu’un cheveu étant un tube composé de fibres longitudinales et parallèles, les molécules aqueuses en s’insinuant entre les particules de ces fibres , doivent produire une distension plus considérable dans le sens de la longueur que dans celui de la grosseur. Dans la corde , cet effet est encore le même sur chaque fibre composante 5 mais comme la direction de ces fibres est en forme de tire-bouchon ou de spirale , l’humidité agrandit le diamètre des anneaux , ce qui produit le raccourcissement de la corde.
(+*) L’hygromètre de Wilson est formé d’une vessie de rat, remplie de mercure et communiquant avec un tube étroit ; l’humidité dilate la vessie et fait
Remarques générales sur V Hygrométrie,
§ 16. Qu’indique proprement un hygromètre? Selon la théorie exposée plus haut, l’allongement du cheveu indique qu’il a enlevé de l’eau a l’air ; son raccourcissement, qu’il lui en a cédé; et l’état de repos, que le cheveu et l’air sont arrivés à l’équilibre hygrométrique. Par conséquent, si les forces avec lesquelles l’air et les corps hygroscopiques attirent l’eau, étaient entre elles dans des rapports invariables , la marche de l’aiguille indicatrice ne serait soumise qu’à l’augmentation ou à la diminution de l’eau contenue dans l’air , et il n’y aurait aucune difficulté à déterminer dans quels rapports elle s’y trouve, pour chaque degré de l’hygromètre. Mais comme la force élastique delà vapeur d’eau, augmente quand la température s’élève, et décroît quand elle s’abaisse, l’aiguille de l’hygromètre doit se mouvoir, quoique la quantité absolue des vapeur ne change point, lorsqu’il arrive un changement dans la température de l’air; ensorte que lorsque, par exemple, la température augmente, la marche de l’hygromètre est compliquée de la dilatation du cheveu par le calorique. Meme, comme l’air peut contenir, indépendamment de l’eau, un mélange de beaucoup d’autres substances qui agissent toutes sur l’eau avec une force particulière, il est évident que l’indication que donne un hygromètre, est un résultat compliqué de beaucoup de forces. Il arrive aussi que l’eau liquide suspendue dans l’air, et les bulles de vapeur qui y nagent, agissent conjointement sur l’hygromètre, sans qu’on puisse les distinguer. Ces observations ne permettent guère d’espérer qu’on puisse parvenir à donner à ces instruirions le degré de perfection nécessaire.
§ 17* ^ n au^re défaut de presque tous les hygromètres inventés jusqu’ici, consiste en ce que le corps hygroscopique est d’origine organique. A la vérité , les corps de ce genre sont, pour la plupart f très sensibles à 1 humidité ; mais c’est une loi générale, que chaque corps produit par une force organique doit, dès que cette force est détruite, changer sa constitution chimique lorsqu’il est exposé à
descendre le mercure ; l’inverse a lieu par la sécheresse. Mais l’hygromètre à cheveu est jusqu’ici le seul qui ait été rendu comparable et dont on fasse un usage habituel.
DES CORI’S ALRIFORMES. I G:*)
l’air ; à l’humidité, et à des variations multipliées de température. Ces corps hygroscopiques doivent donc, avec le temps, devenir hors d’état d’être employés, puisqu’en changeant leurs propriétés matérielles, ils changent aussi leur force attractive relativement à l’eau. Ceci est une circonstance à laquelle on paraît n’avoir fait aucune attention jusqu’à présent.
§ 18. Comme il est sans vraisemblance qu’on puisse jamais trouver un hygromètre dont l’échelle indique immédiatement combien de parties d’eau sont contenues dans l’air , il ne reste d’autre moyen , pour faire exactement cette estimation , que celui des décompositions chimiques. Les sels desséchés présentent un manière assez commode et assez précise de faire cette opération. Pour cela, il faudrait mettre l’air qu’on veut éprouver , dans un vase d’une capacité exactement connue, et l’exposer ainsi long-temps à l’action d’un sel desséché, et garanti avec grand soin de toutes les atteintes de Phumidité. L’accroissement de poids du sel, déterminé avec une balance très-sensible, donnerait l’évaluation de l’eau contenue dans l’air ; seulement cette évaluation serait un peu trop faible, puisqu’il est clair, d’après la théorie que nous venons d’exposer , qu’aucun corps ne peut enlever à l’air toute l’eau qui y est contenue (i).
ADDITION
Depuisla publication de cet Ouvrage, M. Gay -Lus sac a trouvé un procédé trèssimple pour mesurer les quantités réelles de vapeur aqueuse , correspondantes aux indications de l’hygromètre de Saussure. Ce procédé consiste à enfermer l’hygromètre dans un grand vase de verre en partie rempli d’eau ou d’une dissolution saline connue, et dont on a préalablement mesuré la tension dans le vide, au moyen du baromètre, à une température connue. Après avoir fermé exactement toute
(î) On trouve de plus grands détails sur tous les Hygromètres, dans Gehler et Fischer , ainsi que dans V Encyclopédie économique de Krünitz. Voyez , sur l’hygromètre de Lambert , les Mémoires de V Académie de Berlin , «769 et 1772 : Y Hygrométrie du même, et sa suite. Sur les Recherches de Velue , •voyez ses Idées sur la Météorologie , première partie; Gren’s , Journal de Physique, Y, 279 — 362 ; VIII , 141 — 160 et 293 — 3o2. Le travail de Saussure se trouve dans son livre intitulé Essai sur V Hygrométrie. Les recherches de Saussure sont très-importantes , et son ouvrage est considéré comme classique. V oyez aussi le Traité de Physique expérimentale et mathématique dcBiot.
communication entre l’intérieur du vase et l’air du dehors, on laisse l’expérience se continuer pendant plusieurs jours. Le liquide finit par saturer l’intérieur de l’appareil de vapeurs aqueuses , jusqu’au terme que sa force d’émission comporte, et l’hygromètre , après s’étre mis en équilibre avec elles , finit par s’arrêter à un certain degré de sa propre division. On apprend donc ainsi , que ce degré correspond à la tension comme du liquide, et par conséquent à la quantité de vapeur dont on sait que cette tension doit remplir l’espace. En répétant l’expérience avec divers liquides dont les tensions sont diverses , depuis l’eau pure qui donne la saturation complète , jusqu’à un liquide dessicatif tel que l’acide sulfurique qui produit la sécheresse extrême, on obtient autant de termes qu’on veut de la correspondance de l’hygromètre à la tension de la vapeur ; c’est-à-dire , une succession de résultats qui , interpolés, donnentla loi générale applicable aux degrés intermédiaires. C’est ainsi qu’a été formée la table suivante, sur les résultats obtenus par M. Gay-Lussac , et que ce savant célèbre a bien voulu me communiquer.
DES CORPS AERIFORMES.