CHAPITRE XXXIY
Distance explosive , Sphère d’activité , Electricité accumulée »
§ i. ! Lorsqu’on approche d’un conducteur électrisé un corps conducteur non-aigu, il se fait à un certain éloignement , ainsi que nous l’avons vu ( pag. 2 1 5, § G ), un passage de l'électricité au moyen d’une étincelle, et la même sorte d’électricité que possède le conducteur, est communiquée parla au corps approché. Cette manière d’électriser un corps, se nomme communication de ï électricité. Si le corps qui
Ta reçue, est bien isolé , il conserve cette électricité, lors même qu’il n’est plus en présence du conducteur qui la lui a donnée. On nomme l’espace environnant autour du corps électrisé , au-dedans duquel s’opère cet effet, sa distance explosive ; et l’on dit qu’un conducteur donne des étincelles de 4 à 6 pouces, quand le passage se fait à ces distances. Au reste, la distance explosive est très-variable, selon la force de l’électricité, selon la puissance conductrice du corps approché, selon la forme de ce corps , enfin selon les qualités de l’air environnant.
Sphère d’ activité.
§ 2. L'action de l’électricité n’est pas limitée à la distance explosive; elle se manifeste au-delà de cette distance, d’une manière à la vérité moins frappante, mais peut-être encore plus digne d’attention. La loi de cette action se démontre très-clairement par l’expérience suivante :
On prend un conducteur isolé, par exemple, un tube de métal; on applique à l’une de ses extrémités un électromètre sensible , et l’on présente son autre extrémité au conducteur de la machine : on remarque alors, par Pélectromètre, que le conducteur isolé donne des signes d’électricité , bien avant la distance explosive, et toujours de la même électricité que le conducteur de la machine. Cependant, cette électricité se distingue de celle que produit l’étincelle, par cela que si l’on éloigne le corps du conducteur, elle diminue de même qu’elle avait augmenté , lorsqu’on l’approchait ; tandis qu’au contraire l’électricité communiquée par une étincelle, ne subit aucun affaiblissement par le changement de place dans les limites intérieures de la distance explosive, si ce n’est celui que produit inévitablement la force conductrice de l’air humide. On nomme cette manière d’électriser un corps , développement de V électricité.
Si l’on approche de nouveau le conducteur jusqu’au point oîi il donne des marques sensibles d’électricité , et si on le touche alors avec le doigt, les fils de l’électromètre se rapprochent, et toute trace d’électricité disparaît. Mais alors , en éloignant peu-à-peu le conducteur, et le tenant toujours isolé, les fils divergent de nouveau, et toujours davantage à mesure qu’on s’éloigne. Ce phénomène, précisément contraire à ce qui arrive avant qu’on ait touché le corps conducteur, indique que ce corps a passé à l’état d’électricité opposée,
et c'est ce qui est parfaitement confirmé au moyen de l’épreuve par l’électromètre.
J 3. On nomme tout l’espace au-dedans duquel cet effet a lieu , la sphère d'activité électrique ; et l’influence de cette sphère d’activité, est une des choses les plus importantes de la théorie de l’électricité, parce qu’aucune autre ne montre si clairement les lois particulières de la Statique électrique.
§ 4* Selon le système de Symmer , il arrive ce qui suit dans la sphère d'activité électrique (*).
Si le conducteur I est chargé d’électricité vitrée, le conducteur M qu’on en approche, apporte les deux électricités combinées : son électricité résineuse est attirée par l’électricité vitrée du conducteur I ; elle n’est pas pour cela enlevée, mais dissimulée (**) ; de sorte que son effet sur l’électricité vitrée du conducteur I, est affaibli : cette dernière électricité est donc libre à un certain point, et le devient d’autant plus que M est plus rapproché de I. Si l’on éloigne le conducteur M, l’effet répulsif que l'électricité du conducteur I produisait sur l’électricité vitrée de M, est affaibli; par conséquent, les deux électricités de M secombinentplusfortement, et l’effetde son électricité vitrée naturelle, devient moins sensible; enfin, lorsque le conducteur M est tout-à-fait hors de la sphère d’activité del, il se trouve dans l’état d’équilibre ou tous les phénomènes électriques disparaissent.
Mais si l’on touche le conducteur M, tandis qu’il est dans le voisinage de la machine, on lui enlève seulement son électricité vitrée qui alors n’est qu’imparfaitement combinée, et son électricité résineuse reste, parce qu'elle est retenue et dissimulée par l’électricité vitrée du conducteur I ; de sorte qu’elle ne peut s’échapper. Si , ensuite , on
(+) Pour qu'il ne reste aucune difficulté sur l’explication du texte, nous nommerons conducteur I , le conducteur immobile qui fait corps avec la machine, et conducteur M , le conducteur isolé et mobile. Il faut encore observer que lorsque l’extrémité antérieure E du conducteur M entre dans la sphère d’activité de I , le fluide naturel du premier se décompose, et qu’en vertu de l’attraction des électricités dissemblables, il s’accumule en E une électricité opposée à celle du conducteur I.
(**) C’est-à-dire, encoreen quelque sorte à l’état de lien avec l’électricité opposée du conducteur M.
DE L’ÉLECTRICITÉ. a 35
éloigné le conducteur M, ce qui reste à ce dernier de son électricité vitrée naturelle, ne suffit plus pour saturer son électricité résineuse ; par conséquent celle-ci redevient de plus en plus libre, et produit ainsi son etïet accoutumé.
11 n’est besoin que de changer les expressions d’électricité vitrée et résineuse, pour expliquer le cas où le conducteur de la machine est chargé de cette dernière.
On voit comment ces phénomènes se déduisent naturellement de l’hypothèse de Symmer .
§ 5. Pour expliquer la formation de la sphère d’activité d’après la même hypothèse, il faut seulement admettre que les deux électricités agissent déjà l’une sur l’autre à distance, mais que cette action n’a d’autre influence que de diminuer leur activité réciproque, et ne peut enlever ni l’une ni l’autre des corps où elles sont fixées.
Si l’une des deux, l’électricité vitrée, par exemple , est accumulée en un corps quelconque , elle attire l’électricité résineuse contenue dans la combinaison des deux électricités de l’air environnant ; en même-temps, elle repousse i’électricité vitrée; ainsi , par cette double influence, elle diminue l’action mutuelle qui rendait jusque-là sans effet l’électricité vitrée combinée avec la résineuse. Par là l’électricité vitrée de la couche d’air la plus voisine, devient presque entièrement libre, et produit un effet semblable, mais plus faible, sur la combinaison des deux électricités des couches d’air environnantes; et cette influence se propage ainsi de couche en couche, à une distance plus ou moins grande , selon que la force de l’électricité vitrée, qui a commencé tout l’effet , était plus ou moins considérable. D’après cette explication, dans toute la sphère d’activité, ni l une ni l’autre des électricités, ne se trouve nulle part à l’état naturel; mais l’une des deux est à l’état de lien; et ce lien est d’autant plus fort qu’il est plus près du corps électrisé réellement.
Quand un conducteur isolé est placé dans la sphère d’activité ? l'électricité résineuse dans son état naturel, sc trouve combinée à un certain degré avec l’électricité vitrée de la sphère d activité , et par conséquent son électricité vitrée devient sensible à un certain point.
Quand, au contraire, un conducteur non-isolé est placé dans celte
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même sphère d’activité', quoique la même chose ait lieu, 1 effet est différent, parce que l’électricité vitrée s’échappe par le conducteur qui lui est offert, et il ne lui reste que l’électricité résineuse ; mais à un état combiné.
C’est dans ce sens qu’il faut entendre ce qu’on dit, que la sphère d'activité tend toujours à exciter dans le corps qui y est placé, une électricité opposée à la sienne.
$ 6. Qu’on garnisse les deux côtés d’une plateau de verre mince , avec des feuilles d’étain laminé , de sorte pourtant que quelques pouces des deux surfaces du verre, restent à découvert sur les bords , et qu’il n’y ait pas la moindre communication conductrice entre ces deux garnitures métalliques ; qu'on place le plateau de manière que ces deux garnitures demeurent isolées , et qu’on communique alors l’électricité du conducteur à la surface supérieure; la surface inférieure manifestera la même électricité. Si l’on enlève à la surface supérieure son électricité au moyen d’une pointe dirigée vers elle, l’électricité de la surface inférieure disparaît aussi; cependant , l’électricité s’échappe dans ces circonstances avec plus de difficulté que dans toute autre disposition. Si , au contraire, on enlève l’électricité de la surtace inférieure par le contact, avant de détourner l’électricité de la surface supérieure, et qu’ensuite on approche une pointe de cette dernière, la surface inférieure indique une électricité croissante, mais opposée.
§ 7. On ne peut méconnaître, dans les circonstances essentielles de celte expérience, une parfaite ressemblance avec l’expérience décrite pag. 233, $ 2, dès qu’on admet que la sphère électrique de la surface supérieure s’étend à travers le verre jusqu’à la surface inférieure. Cette opinion semble parfaitement confirmée par l’observation rapportée ci-dessus (p. 226 , § g). Si la surface supérieure est chargée d'électricité vitrée, elle neutralise l’électricité résineuse naturelle de la surface inférieure, et alors l’électricité vitrée de celle-ci devient libre. Si l’on enlève l’électricité vitrée delà surface supérieure, l’électricité résineuse de la surface inférieure , est de nouveau combinée avec l’électricité vitrée delà même surface, et celle-ci ne paraît pas électrique. Mais si l’on touche d’abord la surface inférieure, on en détourne l’électricité vitrée devenue libre; il ne lui reste plus que sou électricité résineuse, mais dissimulée, et rendue sans effet par l’clec-
DE L ELECTRICITE. 2,3j
tricité vitrée de la surface supérieure , tant que cette électricité vitrée y reste fixée; enfin, dès qu’on enlève cette dernière, l’électricité résineuse de la surface inférieure doit devenir libre.
§ 8. D’après la comparaison de deux expériences, les conditions essentielles pour la formation d’une sphère d’activité, se déterminent plus exactement encore dans l'énoncé suivant.
Un corps conducteur doit être près d’un autre corps qui se trouve à l’état électrique, et en être séparé par un milieu non-conducteur. Nous verrons, dans la suite, que le corps électrisé peut être aussi bien un non-conducteur qu’un conducteur. Dans l’air, la distance entre ces deux corps peut être assez grande, parce que la sphère d’activité s'y étend très-loin. Au contraire, si le milieu non-conducteur est dense et compacte , comme le verre , par exemple, la sphère d’activité ne s’y étend qu’à de petites distances : par cette raison, le verre employé à cette expérience, ne doit pas être trop épais. Dans ces circonstances, le conducteur qu’on approche, montre toujours les phénomènes de la sphère d’activité , pourvu cependant que l’électricité ne soit pas tellement accumulée, que la distance explosive puisse atteindre le conducteur. Ce dernier cas, comme nous le verrons par la suite, peut arriver spontanément par l’effet d'une trop forte charge, même lorsque le milieu qui sépare, est de verre (*).
(*) Parmi les différées résultats que l’on obtient à l’aide d’une explosion électrique, il en est qui ont fourni aux partisans de la doctrine de FrancMin, une objection spécieuse contre l’hypothèse des deux fluides. Le physicien Tremery a imaginé, pour résoudre ces difficultés , une hypothèse confirmée par des expériences ingénieuses. Suivant lui , la force coercitive des corps idio-électriques, ou électriques par eux-mêmes, c’est-à-dire, la résistance que ces corps opposent au mouvement du fluide dans leur intérieur , et qu’on remarque sur-tout dans les corps qui s’électrisent par la chaleur , ne serait pas la même pour les fluides vitré et résineux ; ensorte qu’il pourrait bien arriver que, dans certains corps, elle fut incomparablement plus grande, relativement à l’un de ces fluides que par rapport à l’autre. L’air atmosphérique serait dans ce cas, et opposerait une trèsgrande résistance au mouvement du fluide résineux, tandis qu’il ne résisterait pas, à beaucoup près, avec la même force, au mouvement du fluide vitré. On peut faire une autre supposition d’après laquelle la force coercitive pour le fluide vitré, l’emporterait sur celle qui aurait lieu à l’égard du fluide résineux , et si la première devenait incomparablement plus grande que l’autre, on aurait le
9ŒXILME SECTION.
Électricité accumulée .
§ 9. Quand on fait communiquer la surface inferieure du plateau avec le sol (* *), et qu’on électrise alors la surface supérieure, celle-ci reçoit une beaucoup plus grande quantité d’électricité que lorsque les deux surfaces sont isolées. Si le plateau de verre est électrisé de cette manière, on dit qu’il est chargé , et l’on nomme avec raison l’électricitc obtenue par ce moyen, électricité accumulée , puisque ses effets se distinguent singulièrement de ceux de l’électricité ordinaire, considérée jusqu'ici. Si l’on touche seulement la surface inférieure du plateau, on n’en éprouve rien , puisque son électricité libre a pu s'écouler dans le sol. Si l’on touche seulement la surface supérieure , on reçoit son électricité, non comme celle du conducteur, par une seule étincelle, mais par plusieurs étincelles plus petites , très-piquantes et se succédant rapidement les unes aux autres. Enfin, si l’on touche les deux surfaces en même temps (il est mieux de toucher d’abord celle de dessous ), on reçoit toute l'électricité du plateau par une seule et forte étincelle qui ne fait pas seulement éprouver une sensation piquante à l’endroit ou on la reçoit, mais qui produit dans les deux bras, surtout aux jointures des coudes, une violente secousse qu’on nomme coup électrique , et qui ne se fait jamais sentir par l’électricité ordinaire. Cette décharge du plateau de verre peut s’effectuer , non-seulement au moyen des mains, mais aussi par toute autre communication conductrice entre les deux garnitures métalliques. Si l’on continue toujours à charger le plateau, l’électricité s’accumule toujours davantage, jusqu’à ce qu’enfin il se fasse une décharge spontanée , au moyen d’une étincelle qui, de la surface supérieure, va frapper la surface inférieure en traversant le verre, ce qui brise ordinairement le plateau.
C’est encore une circonstance digne de remarque, que cette électricité accumulée n’agit pas à beaucoup près aussi fortement sur l’électromètre que l’électricité libre; c’est ce dont on peut se convaincre, en faisant communiquer un électromètre à cadran avec la surface supé-
phénomene inverse. Ceci nous parait revenir à l’hypothèse sur les accès de facile transmission de la lumière.
(*) II s’agit ici du plateau décrit § 6.
rieure du plateau , tandis qu’il est chargé, ou ce qui revient au même, en l’assujétissant au conducteur (i).
§ 10. U est, dans le fait, étonnant de voir comme tous ces phénomènes s’expliquent avec facilité par l’hypothèse de Symmer.
Si le conducteur fournit de l’électricité vitrée, cette électricité s’accumule sur la surface supérieure du plateau, jusqu’à ce que sa sphère d’activité atteigne la surface inférieure au travers du verre. Aussitôt que cela arrive, l’électricité vitrée de la surface supérieure neutralise l’électricité résineuse de la surface inférieure ; mais comme chaque combinaison est réciproque, elle est elle— même neutralisée à un certain degré , et par conséquent la surface supérieure du plateau est mise jusqu’à un certain point à l’état non-électrique, au moins tant qu’elle ne contiendra pas plus d’électricité vitrée qu’elle n’en aurait pu recevoir sans cette combinaison : mais l’électricité vitrée devenue libre sur la surface inférieure , s’écoule et fait place à la nouvelle électricité combinée qui arrive du sol : celle-ci est décomposée par Téléc* tricité vitrée qui s’accumule sur la surface supérieure, comme celle qui existait d’abord; et l’on conçoit facilement que la même opération se continue sans interruption, tant que la surface supérieure reçoit un excès d’électricité vitrée. Mais tandis que l’électricité s’accumule ainsi sur la surface supérieure , la distance explosive de cette surface pénètre plus avant dans le verre; et si elle atteint la surface inférieure, il doit y avoir une décharge spontanée.
Si l’on décharge le plateau avant ce moment, toute l’électricité accumulée sur la surface supérieure , se combine tout d’un coup avec I toute l’électricité résineuse accumulée sur la surface inférieure, par le j plus court chemin qui lui est offert, et produit le coup électrique au i moment du passage instantané à travers le corps.
La diminution de l’effet électrique sur l’électromètre, vient de ce que les deux électricités ne peuvent avoir d’effet qu’à l’état libre, et qu’elles se trouvent dans le plateau de verre à l’état d’une certaine combinaison qui n’est cependant pas une véritable union des deux matières , puisque celle-ci se fait ensuite par la décharge. Chacune
(i) Car , malgré la grande quantité d’électricité accumulée, l’électromètre n’indiquera qu’une faible tension , à cause de l’action attractive de l’électricité opposée qui se trouve répandue sur l’autre face du plateau.
des électricités adhère à la surface oii elle est amenée ; mais dans le voisinage ou elles se trouvent, Faction de l’une réprime celle de l’autre.
$ ii. Si l’on recouvre la surface supérieure du verre avec une matière qui conduise mal l’électricité , par exemple, avec un vernis mêlé de poudre métallique , le plateau se charge de même; mais l’électricité ne sc répand pas tranquillement sur sa surface supérieure; au contraire, du milieu ou elle afflue, elle se lance vers tous les côtés en éclairs serpeutans. Si I on fait communiquer la garniture inférieure avec le bord de la garniture supérieure, au moyen d’une bande conductrice d’étain, la charge a lieu encore; mais si l’électricité est accumulée a un certain point, il se fait par la bande d’étain une décharge spontanée qui embellit le phénomène. Un semblable plateau s’appelle un carreau magique.
§ 12. Comme la forme du plateau de verre qu’on emploie pour cette expérience, est tout-à-fait arbitraire, on sesert ordinairement, pour produire l'électricité accumulée, de l’appareil nommé bouteille de Leyden. La disposition de cet appareil, qu’on regarde maintenant comme la plus convenable, est la suivante : un bocal de verre mince est recouvert en dedans et en dehors avec des feuilles d’étain laminé, de sorte qu’extérieurement et intérieurement il ne reste qu’un pouce et demi ou deux pouces du bord supérieur du verre , qui ne soient pas couverts. On enduit ordinairement ce bord avec une couche de cire à cacheter, dissoute dans l’alcool , parce que cette couche isole encore mieux que le verre seul. C’est la garniture intérieure de la bouteille, qui est chargée immédiatement par le conducteur, et pour pouvoir la charger plus commodément, on ajoute à la bouteille un petit appareil qui consiste en une tige ronde de métal , plus haute que la bouteille, de trois ou quatre pouces, pourvu d’un bouton a son extrémité supérieure, et attachée par le bas à une plaque ronde de plomb, qui s’aj uste exactement au fond de la bouteille. On place cet appareil dans la bouteille, et dans le haut on l’assujétit au moyen d’un couvercle de carton enduit de cire à cacheter , à-peu-près à l’endroit ou finit la garniture intérieure.
Pour charger la bouteille, on la tient à la main, et l’on présente le bouton au conducteur; ou bien onia place sur une table, et l'on
DE i/eLECTRICITK. ^ t
fait communiquer le bouton au conducteur par le moyen d’une chaîne (i).
J i3. Comme il serait dangereux de décharger avec les mains de trop fortes charges, on emploie pour cela un petit instrument particulier, qu’on nomme un excitateur . Il consiste en une verge de métal courbée en arc, arrondie aux deux bouts, et terminée par deux hou* tons; ou bien encore une des extrémités est arrondie en anneau, et l’autre terminée par un bouton: on place un bout de cet instrument contre la garniture extérieure de la bouteille, et l’on touche avec l’autre la tige ou bouton qui surmonte : de cette manière , toute la décharge passe à travers la verge de cuivre, sans que la main en éprouve la plus légère impression. L’excitateur est encore plus commode, quand on fait tenir deux arcs métalliques mobiles à un manche isolant, de bois séché, recouvert de cire à cacheter, par exemple, de sorte qu’on puisse varier à volonté la distance de deux extrémités , dont l’une est ordinairement recourbée en anneau, et l’autre terminée par un bouton arrondi.
§ 4. La découverte de l’électricité accumulée fut faite en même temps, dans l’année par deux physiciens, par le chanoine
Kleist, a. Cammin, et par Muschenbroëh , à Leyden. C’est pour cela qu’on nomme la bouteille qui sert à cette expérience, bouteille de Leyden ou de Kleist, et l’expérience elle-même, expérience de Leyden . Les Dictionnaires de Physique de Gehler et de Fischer donnent des détails circonstanciés sur cette découverte, à l’article Flasche , geladene.
§ t 5. On peut faire, avec la bouteille de Leyden, une quantité d’expériences instructives et amusantes. Par rapport aux premières,
! nous remarquerons seulement ce qui suit :
(1) Il est dit dans les Dictionnaires de Physique ( Gehler , II, 288; Fischer, II,5o8), et vraisemblablement dans beaucoup d’autres ouvrages, que le verre épais est moins exposé au danger de se rompre , que le verre mince. Les bouteilles que fabrique M. Flckner , à Berlin, sont, ainsi que tous les instrumens de cet habile artiste , faites avec le plus grand soin ; elles ne se brisent jamais par une décharge artificielle , et supportent presque toutes les décharges spontanées ; elles doivent cet avantage a ce qu’il choisit du verre très-mince , d’une densité et : d’une épaisseur aussi égales que possible. Si l’explication de la sphère d’activité, l donnée ci-dessus est exacte, ce procédé s’accorde parfaitement avec la théorie.
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La décharge a toujours lieu lorsqu’on établit une communication conductrice entre Ja garniture intérieure et la garniture extérieure de la bouteille, de quelque étendue que soit cette communication. On peut donc communiquer au meme instant le coup électrique à un grand nombre de personnes, lorsqu’elles forment une chaîne en se tenant par les mains, et que la première tient la garniture extérieure, tandis que la dernière touche le bouton de la bouteille avec la jointure du doigt.
Si l’on donne à l’électricité le choix pour le passage entre un bon et nn mauvais conducteur , elle passe par le premier, et ne touche point du tout au dernier. C’est pour cela qu’on peut tenir hardiment l’excitateur par les deux mains, sans éprouver aucun coup. Cependant, lorsque le chemin par un mauvais conducteur, est beaucoup plus court, quelquefois l’electricité le préfère au chemin par un bon conducteur.
La chaîne de communication peut meme être interrompue à un ou à plusieurs endroits; et pourvu seulement que la distance ne soit pas trop grande, la décharge a lieu, cependant avec cette modification, qu’à chaque place ou la chaîne est interrompue, le passage se fait par une étincelle qui donne le coup.
§ 16. Lorsqu’on veut augmenter l’effet de la bouteille de Leyden autant que possible, on fait une batterie électrique , c’est-à-dire, qu’on réunit plusieurs bouteilles semblables, et qu’on met en communication, d’une part, toutes leurs garnitures extérieures, et de l’autre toutes leurs garnitures intérieures. On établit très-simplement la communication entre les garnitures extérieures, en les plaçant toutes sur une même couche d’étain laminé ; et celle des garnitures intérieures se fait aussi très-facilement, en joignant ensemble les tiges des bouteilles, ou mieux encore les boutons qui les terminent, au moyen d’une tige de métal. Le reste de la disposition extérieure est arbitraire, et doit être cherché dans des ouvrages plus étendus.
On charge cet appareil en tournant le plateau de la machine électrique , après qu’on a fait communiquer la garniture intérieure au conducteur, par le moyen d’un fil ou d’une chaîne de métal.
On ne peut pas déterminer généralement combien de foison doit tourner le plateau pour obtenir une charge complète, puisque cela ne dépend pas seulement de la grandeur de la machine , mais encore de l’état et de la température de l’air.
de l’électricité. 21j *>
Comme les effets d’une batterie chargée, ont une force qui exige de la prudence, il est fâcheux qu’on n’ait jusqu’à présent, aucun caractère auquel on puisse reconnaître avec certitude combien la charge est avancée. 11 faut du moins apporter la plus grande attention à distinguer les signes imparfaits qui nous sont offerts. Sous ce rapport , on doit observer ce qui suit: i.° A chaque expérience , on doit compter combien de fois on a tourné le plateau, afin de tirer une règle de ce qui est arrivé à la première expérience, pour se diriger dans les suivantes. 2.0 On ne doit jamais manquer de placer l’électromètre a cadran sur le conducteur , et de l’observer : il s’élève à la vérité beaucoup plus lentement par la charge d’une batterie que par l’électricité du seul conducteur, ou par la charge d’une seule bouteille ; mais 011 peut déduire de son état, durant la première expérience, une règle pour les suivantes , et l’on peut même, dans la première expérience, observer en quelque sorte la progression de la charge. 3.° Avant de commencer les expériences, on place sur les communications métalliques qui joignent ces garnitures intérieures, une verge de métal, terminée aux deux bouts par une petite boule d’environ ^ de pouce de diamètre, et qui se prolonge quelques pouces au-delà de la batterie : on approche de temps en temps d’une de ces boules le bouton d’un excitateur isolé : à une certaine distance, une étincelle pétillante vient frapper l’excitateur, et l’on peut conclure, à-peu-près, la force de la charge, par l’éloignement ou cette étincelle a lieu. Pour une batterie de 20 à 3o bouteilles de quart de Berlin, une distance d’un demi-pouce indique déjà une forte charge. 4° Lorsqu’on est attentif à ce qui arrive dans toute la batterie, et qu’on entend un pétillement r entre les bouteilles, on ne doit pas tarder à décharger la batterie ,
, puisque ce bruit indique ou qu’il y a une bouteille endommagée, ou qu’il va se faire incessamment une décharge spontanée.
Il faut éviter la décharge spontanée , parce qu’elle fait casser souvent des bouteilles. La décharge artificielle se fait de même que dans une bouteille seule, en établissant une communication entre la gar- 1 niture intérieure et la garniture extérieure.
§ 17. L’effet d’une batterie augmente avec le nombre des bouteil- S les qu’on y emploie , ou plutôt avec l’étendue des surfaces qui sont ) revêtues de métal.
Il faut aussi avoir egard à la force de la machine électrique dont
on fait usage : plus elle est faible , plus il faut de temps pour charger une même batterie , et plus aussi il se perd d’électricité par le contact de Pair; ce qui empêche la charge de s’effectuer.
§ 18. L’excitateur à tiges , de Henley , est une dépendance presque indispensable d’une batterie électrique : voici en quoi il consiste. Sur une petite planche longue d’environ 12 pouces, et large de 6 à 8, sont placés assez près des deux extrémités les plus étroites, deux raontans isolés de 8 à 10 pouces de hauteur ; chacun d’eux supporte une verge de métal posée transversalement, qui est recourbée en anneau du côté extérieur, et terminée du côté intérieur par une boule ou par une pointe, lorsqu’on dévisse la boule. Ces verges de métal sont attachées aux montans par le moyen d’une monture de cuivre , de sorte que chacune d’elles peut faire trois sortes de mouvemens. Elle peut se mouvoir en avant et en arrière dans la monture; elle peut être tournée horizontalement et verticalement. Entre les deux montans est une espèce de petite table de bois très-sec, qu’on peut placer plus haut ou plus bas à volonté, et qu’on peut même ôter tout-à-fait : sur la petit table est encore un plateau de la même grandeur qu’elle, et qu’on peut y adapter avec des vis à la manière d’une presse.
Pour se servir de cet instrument, on attache l’un des bouts d’une chaîne de métal à l’anneau d’une des verges de métal, et l’autre bout à la garniture extérieure de la batterie : on met le corps qu’on veut exposer à l’effet du coup, sur la petite table, ou on le presse entre les deux plateaux; puis on donne aux boutons des deux verges de métal, la situation et la distance convenables par rapport au corps; ensuite on attache l’anneau d’un excitateur ordinaire (p. 241, § i3), à l’anneau de la seconde verge métallique, et l’on touche avec la bouton de l’excitateur ordinaire la garniture intérieure de la batterie; l’étincelle électrique est alors, comme on le voit aisément, forcée de passer par le corps qui est placé entre les deux boutons de l’excitateur.
§ 19» Parmi les innombrables expériences qui se font avec une batterie électrique, nous rapporterons seulement les suivantes :
Les oiseaux et les autres petits animaux sont tués instantanément par la décharge d’une batterie. Pour faire l’expérience sur de plus grands animaux, il laut user de beaucoup de prudence. Les chenilles paraissent lairc une exception, et peuvent soutenir non-seulement
la décharge d’une batterie, mais même, selon l’observation d'un de mes amis , la décharge de la poudre.
L’étincelle d’une batterie passe à travers un plateau de verre mince, avec un grand bruit, niais sans le rompre en éclats ; il ne s’y fait qu’un trou presque imperceptible.
Elle perce plusieurs doubles de feudles de carton, un jeu de cartes, des lames d’étain ou de plomb. Il est à remarquer que les ouvertures qu’elle y laisse , ont les bords relevés des deux côtés.
L’étincelle électrique rougit, fond et oxide , ou brûle des fils déliés de métal. 11 est très-facile de faire cette expérience, même avec de petites batteries, en se servant d’un bout très-court d’un fil trèsmince, par exemple de la plus petite des cordes d’acier que l’on emploie dans les pianos.
Une feuille d’or ou d’argent , pressée entre deux plaques de verre, est incrustée dans le verre par l’étincelle électrique. Une feuille qui contient de l’alliage, perd, par cette opération, une partie de sa couleur en plusieurs endroits 5 ce qui est l’effet d’un commencement d’oxidation.
Si l’on approche de la surface de l’eau les deux boutons de l’excitateur de Henley , déjà à 5 à 6 pouces de distance l’un de l’autre, la décharge se fait avec un bruit très-fort. Si l’on tient un doigt dans l'eau pendant la décharge, on éprouve quelque commotion. Il est hors de doute que la vapeur d’eau conductrice qui se trouve au-dessus de l’eau, favorise la décharge.
Si l’on met les boutons de l’excitateur dans l’eau , à une petite distance l’un de l’autre, l’étincelle paraît dans l’eau entre les boutons, ce qui donne à l’eau un mouvement remarquable.