DISTRIBUTION DE LA TEMPÉRATURE DES ANIMAUX HIBERNANTS ENGOURDIS
Chauvc- Mormotle. Hérisson. Lérot) souris.
Atmosphère, 1",25 (jaDV. 1807).
A Toreille , 5" » » »
Dans la bouche... 5" » 3" 4"
Sousraisselle. ]
Entre l'aine et la cuisse j ^ "* »^^ "* *
Dans le rectum 5" » n »
Dans le ventre, près du fuie. . \
Dans la poitrine [5° 5° 4" 5*
Dans les cavités du cœur.
L'air étant à + 2*,5, Prunelle a trouvé la température de la marmotte engourdie à 5 degrés; l'air étant à + ^°, la marmotte était à + 6»,25. D'après cet observateur, la température de l'animal engourdi est toujours supérieure de au moins 1%25 à celle de Tatmosphère. Cliez une première marmotte engourdie, M. Regnault a trouvé 12 degrés dans l'anus, l'atmosphère étant à +8°; chez une seconde également engourdie, l'air étant à + 10% le même observateur a trouvé ll',2 dans l'anus. Tout démontre donc que si, pendant leur engourdissement hibernal, la température de ces animaux s'abaisse considérablement, cependant elle ne suit les variations de celle de l'atmosphère qu'en lui restant constamment supérieure de quelques degrés. Ces faits, rapprochés de ceux
klS PHTSIOUB MÉDICALE.
que nous avons rapportés plus haut et relatif^ à l'état de veille» sotit de nature à faire considérer les mammifères hibernant t comme de vrais animaux ù température variable. Lorsque l'atmosphère s'échauffe autour de ces animaux engourdi»^ tous les observateurs sont d'accord pour dire que peu à peu leur respiration s'accélère, leur circulation devient plus active, leur température s'élève; ils sortent graduellement de leur torpeur et reprennent leur genre de vie habituel. D'après Mangili, Y engourdissement cesserait d'exister entre 11 et 12 degrés au-dessus de zéro. Prunelle a étudié avec soin les phénomènes du réveil naturel. A mesure que la température extérieure s'adoucit, les mouvements du thorax, d'abord obscurs et lents, deviennent plus marqués et plus rapides, le thermomètre, en contact avec le corps de l'animal , s'élève peu à peu, l'engourdissement est de moins en moins profond, l'excitabilité augmente; quand la température de l'animal a atteint 18 ou 20 degrés, sa respiration est bruyante, il ronfle, il est bien près de son réveil. Entre 22 et 23 degrés, il s'agite, mais le train antérieur a seul recouvré la faculté de locomotion; quand sa température est à 25 degrés, l'animal est complètement éveillé, et peu h peu il reprend toutes ses habitudes et sa chaleur de Tétat de veille. H. Regnault a vu aussi la température d'une marmotte engourdie s'élever successivement de 11*,2 h ?2'',1 ; quelque temps après, il la trouva à 29 degrés, mais, dit-il, l'animal était alors complètement éveillé, très vif et très méchant. De tous ces faits, il résulte que, en ayant soin d'écarter toute cause d'excitation, on pourrait, suivant l'observation de Prunelle, conserver en-
gourdie une marmotte dont la température serait de 22 à 23 degrés; Texactitude de cette prévision a été vérifiée par Prunelle lui-même^ et a, depuis, été confirmée par l'observation de faits du même genre.
Mangili a étudié avec beaucoup de soin Tinfluence des températures très basses sur les animaux engourdis, et en a déduit des conséquences d'une haute importance pour l'histoire des phénomènes de Thibernation. Il résulte, de ses nombreuses expériences sur des marmottes, des hérissons^ des loirs, des muscardins et des chauves^ souris, que le froid trop vif produit sur eux une excita* tion capable d'interrompre, au moins momentanément, leur engourdissement. Lorsque ie tliermomètre s'abaisse au-dessous de + 3*" ou + ^"i ces animaux, quoique en^ dormis, donnent des signes de malaise, leur respiration s'accélère, leur température s'élève, ils se réveillent, font efibrt pour résister au froid extérieur ; ils courent à droite et à gauche» cherchent un lieu plus chaud et mieux abrité; s'ils le trouvent, ils retombent dans leur état d'kièematim. Si, au contraire, ils sont maintenus sous l'impression persistante d'une atmosphère trop froide, après avoir essayé de lutter quelque temps en accélérant leurs mouvements respiratoires, ils tombent épuises ; et alors commence pour eux un nouvel état, dont il est possible de les retirer en les réchaufiant artificiellement, mais qui aboutit nécessairement à la mort s'il est trop longtemps prolongé (1) ; c'est la léthargie par le froid. Pour amener ces accidents mortels , il suffît
(I) Maogili a coostatc que le refroidissemeot trop grand de Tat^ mosphère suffit aussi pour réveilUr les araignées engourdist dans
UBQ PHYSIQUE MÉDICALE.
que l'atmosphère soit à zéro, et même à 2 ou 3 degrés au-dessus. Cette circonstance nous explique pourquoi ces animaux ont soin, aux approches de Thiver, de se retirer dans des lieux abrités contre les refroidissements trop intenses. Les mômes phénomènes ont lieu quand on entoure les animaux de glace ou qu'on les soumet à Faction d'un mélange réfrigérant; ainsi, Hangili ayant artificiellement refroidi à — 12" un hérisson engourdi , l'animal se réveilla au bout de quelques minutes; il lutta pendant une heure, puis sa respiration se ralentit; il tomba en léthargie^ et vingt minutes après il était mort. A l'autopsie, on le trouva gelé jusqu'au cou. Prunelle a toujours vu les animaux engourdis se réveiller sous l'impression d'une atmosphère à — d*. Cette excitation causée par le froid est, dit-il, très bien connue des paysans de la Maurienne. Saissy ayant exposé, à l'action de l'air à — 4", un lérot et un hérisson engourdis dont la température était à + 4°, ces animaux ne tardèrent pas à se réveiller; ils étaient très vifs dans leur cage; leur respiration était très active, leur température s'était graduellement élevée à -f- 36° pour le lérot et à -|- 28^* pour le hérisson. Ils restèrent ainsi une heure, puis leur température baissa de nouveau, et Saissy jugea prudent d'arrêter là l'expérience. Prunelle a vit aussi des marmottes se réveiller, se réchauffer, puis se refroidir de nouveau,
les feotes des murailles pendant l'hKer. Ce réveil momentané des araignées, bientôt suivi de leur mort sous l'inflaence persistante d*unc température trop basse, établit une identité complète entre Vengourdissement physiologique des mammifères hibernants et celui qu'éprouvent les animaux inférieurs pendant la saison froide.
tomber en léthargie, et mourir sous Tinfluence d'un mé« lange réfrigérant à — 12*». L'atmosphère étant à — 14<», ce dernier observateur plaça une marmotte en plein air, dans une caisse remplie de foin et fermée avec des planches mal jointes; douze heures après, il la trouva morte. Mais l'animal avait fait effort pour s'échapper : il avait rongé un des coins de la caisse. Les mammifères hibernants peuvent donc se présenter dans deux états très différents.
Sous l'influence d'une température extérieure comprise entre + 3» et + 10'», ils sengourdisient naturellement et spontanément; leurs fonctions ont perdu leur activité, elles sont obscures, latentes, mais aucune d'elles n'est suspendue. C'est le vrai engourdissemeiH hibetmal^ pendant lequel la température de l'animal est toujours supérieure à celle de l'atmosphère, et qui peut durer des mois entiers sans que leur vie soit compromise.
A zéro et au-dessous, ces animaux sont aussi engour^ dis, mais ils ne sont plus dans un état physiologique. Cet engourdissement est une vraie léthargie par le froid, pendant laquelle toutes leurs fonctions peuvent être suspendues et leur température peut s'abaisser au-dessous de zéro. Ce dernier état doit être distingué de 1'^* gourdissement hibernal normal, sous peine de tout confondre.
S ZZ. — Zogourdisfement hibernal.
Dans cet état, l'animal est replié sur lui-même en forme de boule pour présenter le moins de surface possible à l'action de l'air. Son corps est roide, et son excitabilité
A82 PUYSIQDK MÉDICALE.
très Taibie. En ayant soin de ne Texposer ni à un froid trop vif ni à une température trop douce, on peut remporter au loin sans qu'il exécute aucun mouvement, et môme le faire rouler à terre. Prunelle raconte qu'en novembre 18Q6, on lui envoya par la diligence une caisse qui resta dix jours en route, et qui contenait 10 mar- { mottes engouf*dies emballées dans le foin comme des mi* néraux peu précieux ; ces animaux ne s'étaient pas ré- 1 veillés, ils ne paraissaient pas avoir souffert. On peut, dit , Spallanzani, les rouler dans les mains et les jeter en l*air I sans les éveiller. Prunelle a pu faire tomber une mar- • motte engourdie de 1"\50 de hauteur sans la réveiller. Mangili raconte qu'un coup de fusil, (iré dans une grotte, ne suffit pas pour interrompre le sommeil hibernal des chauves^souris suspendues à ses parois. Cependant Tex-^ citabilité n'est pas éteinte même chez ceux de ces ani-> maux qui sont le plus profondément engourdis. Prunelle a réveillé une marmotte en lui faisant respirer de l'ammoniaque ; Saissy et Mangili ont obtenu des signes évi* dents de sensibilité en employant des excitants mécani^ ques et chimiques. Sans modifier la température très bai>se de l'atmosphère , Saissy irrita avec un instrument piquant un lérot, un hérisson et une chauve^souris, tous les trois profondément engourdis : les deux premiers étaient à + 3", la chauve-souris à + 4° ; leur respiration s'accéléra, leur température s'éleva, et ils se réveillèrent Une heure et quart après le réveil, le lérot était à 36' ; il fallut une heure trois quarts à la chauve-souris pour at* teindre 27°, et deux heures au hérisson pour monter à 32*. Quand les excitations extérieures cessent» la respi^
ration des animaux se ralentit, ils se refroidissent de nouveau graduellement, et ils retombent spontanément en hibernation.
L'irritabilité musculaire peut aussi être directement mise en jeu ; il suffit de dénuder un muscle et de Tirriter directement avec la pointe d'un scalpel pour le voir se contracter. De tous les moyens de réveiller Tirritabilité musculaire, Télectricité est le plus puissant; ce fait a été constaté directement par Saissy, Mangili et Prunelle. Saissy a fait contracter divers muscles et le cœur luimême en soumettant, à l'action du courant électrique, les nerfs qui s*y distribuent ; il pense que ce phénomène n*a lieu que quand le courant est direct, c'est-à-dire marche des racines des nerfs à leurs terminaisons; il a vainement essayé de faire contracter, par ce moyen, les fibres musculaires de l'estomac et des intestins. Mangili a fait une observation très Importante sur la durée de l'irritabilité musculaire après la mort. Chez une marmotte décapitfk; pendant l'état de veille, deux heures suffisent pour que l'irritabilité musculaire disparaisse complètement, tandis que, chez une marmotte décapitée pendant V engourdis' sèment hibernal, les muscles se contractent encore fortement quatre heures après, sous l'influence di . courant électrique.
La circulation se ralentit chez les animaux en hibernation^ mais elle continue. Mangili a vu, au microscope, le sang circuler dans les capillaires del'aile d'une chauvesouris engourdie. L'abaissement de la température extérieure suffit pour ralentir les mouvements du cœur, qui deviennent encore plus rares pendant l'engourdisse-
A8/t PHYSIQUE MÉDICALE.
ment. D'après Saissy, les pulâaiions du cœur suivent la loi suivante de décroissement :
Murmolte. Hérisson. Lérot. Chauve-souris. Atmosph. à 19°, animaux
éveUlés. 90p«1« 75 P«»ï. 105 P«l* 90 rn'«
Atmosph. à 6**, aoîmaux
éveillés 70 25 60 30
Animaux engourdis .... 9 à 10 9 à 10 9 à 10 9 à 10
Mangili a observé que, chez une marmotte tuée pendant rétat d' hibernation j le cœur continue à battre pendant trois heuns après la mort, tandis que, chez les marmottes tuées pendant l'état de veille, quarante minutes suffisent pour faire disparaître tous les mouvements spontanés de cet organe. Ainsi, tant par le degré et les variations de leur température propre que par la perrfstance de l'irritabilité musculaire et des battements spontanés du cœur après la mort, les mammifères en hibernation se rapprochent beaucoup des animaux inférieurs^ avec lesquels ils partagent h. faculté singulière de pouvoir rester engourdis^ privés de nourriture, pendant toute la durée de la saison froide, sans que leur vie soit menacée.
Tous les observateurs sont d'accord pour reconnaître que, sous l'influence du refroidissement de l'atmosphère et du sornmeil hibernal, les phénomènes mécaniques de la respiration éprouvent les mêmes modifications que les battements du cœur. D'après Mangili, chez les animaux engourdis, les mouvements du thorax ne seraient pas seulement ralentis, mais régulièrement interrompus par des périodes de repos complet. Saissy a déduit, de ses ob-
servations, les résultats suivants pour le nombre des inspirations exécutées en un minute :
Marmollc. Hdrisson. Lérût. Cliauve-sonris^
Atmosph. & 20", animaux
éveillés 30 »««?• ! 6 »n«P. 45 »n«P- 70 «'P-
Atmosph. kV, animaux
éveillas 20 10 30 8
Animaux engourdis .... 7. à 8 4à5 9ài0 5à6
Les phénomènes chimiques de la respiration ont aussi été étudiés avec beaucoup de soin, chez les animaux htbemaniSy pendant Tétat de veille et pendant l'état d'engourdissement. Spallanzani (1) dit que ces animaux meurent d'autant plus vite, dans une masse donnée d'air, que la température extérieure est plus élevée. Mangili a directement constaté que, pendant leur engourdissement, ces animaux continuent à absorber de l'oxygène et à exhaler de l'acide carbonique. Prunelle a obtenu des résultats du même genre. Ce dernier observateur a de plus prouvé, par des expériences directes, qu&la quantité d'oxygène consommé dans un temps donné augmente avec la température de l'animal, môme quand l'engourdtssement persiste. Saissy a fait de nombreuses recherches pour déterminer la quantité d'oxygène consommé par ces animaux, dans un temps donné, pendant Tétat de veille à diverses températures, et pendant Yengottrdissement. Quoique la méthode par lui adoptée ne soit pas susceptible d'un grand degré de précision, nous croyons cependant devoir rapporter ici les résultats qu'il a obtenus. Ces animaux, dans ses recherches, ont absorbé moyennement par heure :
(I) Mém, sur la respiralion^ p. 148.
486 PHT81QUB MÉDICALE.
Marmotta. Hurisson. lérot, CliiiiiT«<Maria« Atmosph. à IS*", animaux lu. ut. m. lit.
éveiUés 2,546 1,885 0,818 0,422 d*oiyg.
Atmosph. à 7 ",5, animaux
éveillés 1,697 0,628 0,485 0,091 —
Animaux «npourdts » 0,048 0,027 » —
Quelque vicieuse que soit la méthode employée par Saissy , il ne résulte pas moins de ce tableau que la quantité d'oxygène consommé par ces animaux diminue à mesure que la température extérieure s'abaisse» eidevient très faible pendant Vengourdissement hibernal. Chez les hibernants, l'intensité des phénomènes chimiques de la respiration se modifie donc dans le même sens que leur température propre et que la quantité de chaleur qu'ils dégagent dans un temps donné. Saissy, dans le cours de ses expériences, a vu des mnrmoties éveiilée^ vivre longtemps dans des masses d'air confiné qui ne contenait plus assez d'oxygène pour entretenir la respiration de lapins, de souris, de cochons d'Inde et de moineaux; il a même cru que les animaux hibernants, dans Vétat de veille et dans Vétat d'engourdissement, enfermés dans des vases clos, ne succombent que quelques minutes après avoir consommé la totalité de l'oxygène de l'air qui les entoure. Il a fait des expériences comparatives à ce sujet sur des hérissons , des oiseaux et des mammifères non hibernants placés dans des cloches renversées sur Teau ; ses analyses eudiométriques lui ont indiqué que, avant de mourir , ces animaux absorbent l'oxygène de l'air confiné dans les proportions suivantes :
Hérisson éueillé, Lapiu. But. Cochon d'Inde. Moineau.
La totalité. 0,750 0,625 0,500 0,425
SOURCES Dl LA CHALBOR ANIMALE. ^87
Saissy a placé les mêmes animaux dans des cloches remplies d'azote pur et qui ne contenaient pas la moindre trace d'oxygène; il a mesuré le temps qui s'écoulait entre l'introduction de chacun d'eux et sa mort.
Hérisson éveillé Cochon dMnde, Rat. Souris, 5foii)euu.
i5 minute». 6 >"i»»i«8- 2'",50 2",50 O^SQ
Ces faits démontrent évidemment que les animaux hibernants, même éveillés^ résistent beaucoup plus longtemps que les autres à l'action des gaz asphyxiants^ et peuvent vivre beaucoup plus longtemps dans une atmosphère peu riche en oxygène ; mais il y a certainement de l'exagération à dire qu'ils ont la faculté d'absorber tout Voxygène avant de succomber , même quand* ils sont engourdis. Cette assertion de Saissy est en contradiction avec tous les faits connus, et tient sans doute aux imperfections de ses procédés eudiométriques. L'expérience suivante de Prunelle ne laisse aucun doute à cet égard. L'air étant à + 3°,5 , il plaça, dans un manomètre àw 50 litres^ une capsule contenant du carbonate de chaux et une marmotte tngow^iè dont la température était de 8*,5. A l'aide d'un tube, il versa quelques gouttes d'acide sulfurique sur le carbonate dechaux. Le vase fut bientôt rempli d'un mélange d'acide carbonique et d'air atmosphérique. Au bout de treize minutes, la marmotte éprouva un léger mouvement convulsif , on la retira : elle était morte. Les conditions étaient les mômes que dans les recherches de Saissy, puisque ce dernier observateur n'absorbait pas l'acide carbonique qui se formait dans les cloches où ses animaux étaient enfermés ; et ce-
668 PHYSIQUE MÉOICilLE.
pendant la marmotte de Prunelle, quoique bien engour^ die, mourut longtemps avant d'avoir consommé nonseulement la totalité , mais même la majeure partie de Toxygène contenu dans le manomètre.
Prunelle a immergé dans de Teau à + 7%05 deux chsiU\eS'SOuvis engourdies. L'une, retirée au bout de six minutes, vivait encore ; l'autre y fut laissée vingt minutes, elle y mourut. Saissy a fait des expériences du même genre avec des hérissons, des loirs et des chauves-souris; il a vu que , . pendant leur engourdissement^ ces animaux peuvent séjourner de dix à quinze minutes sous Teau, sans s'éveiller et sans souffrir.
De ces observations et de la discussion à laquelle nous les avons soumises, nous pouvons déduire les conclusions suivantes :
1" Chez les animaux hibernants, pendant l'Ao/ de veille^ la quantité d'oxygène absorbé diminue à mesure que la température extérieure et que leur température propre s'abaissent.
T Pendant Y engourdissement hibernal^ la consommation d'oxygène est beaucoup plus faible que pendant la vei7/e, mais elle n'est jamais nulle, La respiration n'est suspendue ni dans ses phénomènes mécaniques, ni dans ses phénomènes chimiques.
V Les animaux hibernants , même éveillés, résistent, beaucoup plus longtemps que les autres animaux supérieurs, à l'asphyxie par les gaz irrespirables ; cependant une trop forte proportion d'acide carbonique les fait mourir, même pendant V engourdissement.
/|o Les animaux hibernants engourdis résistent, beau-
coup plus longtemps que les autres mammifères, à Tasphyxie par submersion.
En résumé, qu'on les considère dans Tétat de veille ou qu'on les observe dans Tétat d'hibernation, l'influence des variations thermiques de l'atmosphère sur leur température et sur les phénomènes chimiques de leur respiration, ainsi que la résistance qu'ils opposent à l'asphyxie par gaz irrespirables et par submersion, concourent à démontrer que les mammifères hibernants sont réellement des animaux à températw% variable.
A ces faits déjà si probants nous pouvons ajouter les résultats précieux des expériences peu nombreuses, mais d'une exactitude irréprochable, contenues dans le grand travail de M. Regnault sur la respiration des animaux. Commençons par dire qu'un accident, occasionné par le réveil d'une des deux marmottes introduites engourdies dans son appareil, démontre que ces animaux, quand ils sont éveillés^ meurent asphyxiés dans un air qui, cependant, contient encore assez d'oxygène pour suffire aux besoins de leur respiration dans ïétat d'hibernaiion.
Deux expériences portent sur des marmottes complètement éveillées.
Elles ont moyennement consommé, par kilogramme et par heure, 68',986 d'oxygène.
Le rapport moyen de l'oxygène contenu dans l'acide carbonique exhalé à l'oxygène absorbé a été de 0,741.
Elles ont exhalé de l'azote.
Le poids moyen des trois marmottes en expérience étaitde2">,121.
690 PHTSIQni MÉDICALE.
I^es lapins nourris, comme le» marmottes, avec des plantes fraîches ont donné les résultats suivants :
Oxygène consommé par kilogramme et par heure, 05%916;
Rapport de Toxygène contenu dans l'acide carbonique exhalé à Toxygène absorbé, 0,9l9,
Exhalation constante d'azote.
Poids moyen des lapins en expérience, 3''",273.
Les phénomènes chimiques de la respiration chez les marmottes éveillées se rapprochent donc beaucoup de ce qu'ils sont chez les mammifères appartenant au même ordre des rongeurs. La différence la plus saillante est celle qui existe dans le rapport de Toxygène contenu dans l'acide carbonique exhalé à l'oxygène absorbé. Ce fait annonce que les marmottes, même éveillées, brûlent, proportionnellement, plus d'hydrogène et moins de carbone que les lapins.
La quantité d'oxygène consommé par les marmottes dépasse aussi un peu celle qu'absorbent les lapins; mais ici il faut tenir compte d'un élément qui joue un grand rôle dans tous les phénomènes de calorification, et sur lequel nous avons souvent insisté. Le poids moyen des lapins en expérience était de 3''^*,273, tandis que celui des marmottes ne s'élevait qu'à 2*'",121. Ces derniers animaux, étant d'un volume beaucoup plus petit, donnaient plus de prise que les premiers aux causes extérieures de refroidissement, et avaient besoin de produire plus de chaleur pour se maintenir à la même température.
Le mémoire de M. Regnault contient deux expériences
c|ui portent sur des marmottes complètement engourdies ; les résultats de l'analyse sont très remarquables»
Oxygène consommé par kilogramme et par heure,
Rapport de Toxygène contenu dansTacide carbonique exhalé à l'oxygène absorbé, 0,/!i93,.
L'animal <i6sor6âtV de 4'azote.
Ce qui frappe d'abord quand on compare ces résultats à ceux qu'ont fournis les marmottes éveilléeM^ c'est Yénorme diminution de la consommation d'oxygène ; mais, en outre, comme on pouvait le prévoir, Vhièernation modifie les phénomènes^ chimiques de la respiration, dans le même sens que Vinanition. Nous voyons , en efiet, qu'au lieu d'exhaler de l'azote, les marmottes ^wg'Ottrrf!>« en ont absorbé; en second lieu, le rapport de l'oxygène contenu dans l'acide caii)onique exhalé à l'oxygène ab> sorbe s'est considérablement abaissé. Tant que dure la période d'engourdissement, les hibernants sont dans un véritable état d'inanition, la digestion ne répare plus les matériaux combustibles de leur sang ; ils vivent aux dépens de leur propre substance, ils brûlent leurs graisses ; les combustions respiratoires éprouvent, chez eux, les mêmes modifications que chez les animaux privés de toute nourriture. Mais, pendant qu'ils sont plongés dans la torpeur, l'activité de leurs fonctions est très taible et les pertes qu'ils éprouvent sont très minimes. M. Sacc, en effet, ayant pesé, le 8 janvier et le 21 février suivant, quatre marmottes endormies ^ trouva que, dans ces quarante* quatre jours , elles n'avaient perdu , moyennement , ({m \es huit centièmes de leur poids initial. Cette faible
/i92 PHYSIQUE MBDICALB.
perle de 0,0018 par jour, rapprochée de ce que nous avons dit, plus haut (p. Ail), des pertes de poids quotidiennes éprouvées par les divers animaux à Tinanition, prouve que, pendant leur état de torpeur, les hibernants se conduisent absolument comme des animaux inférieure privés de nourriture. Il est, dès lors, tout simple que leur état d'hibernation puisse se prolonger quatre et cinq mois, sans compromettre leur vie.
Enfin, dans deux des expériences de M. Begnault, Its marmottes n'ont été engourdies que pendant une partie du temps qu'elles ont passé dans son appareil; elles étaient éveillées pendant le reste de l'observation. Il est intéressant de connaître la moyenne des analyses faites dans ces deux cas.
Oxygène absorbé par kilogramme et par heure, 05r,337.
Rapport de l'oxygène contenu dans l'acide carbonique exhalé à l'oxygène absorbé, 0,601.
Dans l'une des deux expériences, il y eut une faible absorption d'azote; dans l'autre, il n'y eut ni absorption, ni exhalation de ce gaz.
Sous tous les rapports, les résultats de ces deux observations mixtes sont intermédiaires à ceux qu'ont fournis les marmottes éveillées et les marmottes engourdies.
Les observations directes nous ont montré que, dans Y état de veille comme dans la période d'engourdissement, la température des mammifères hibernants s'abaisse et s'élève avec celle de l'atmosphère. Malgré la place qu'ils occupent dans l'échelle zoologique, ce sont donc des animaux à température variable. Contrairement à ce qui
se passe chez tous les animaux supérieurs, la production de chaleur est^ chez eux, cFautant moins intense, qu'ils sont exposés à l'action d'un milieji plus froid. D'autre part, les expériences de Spallanzani, de Màngili, de Saissy, de Prunelle, et les analyses si exactes de M. Regnault nous ont prouvé que les phénomènes chimiques de la respiration diminuent, chez eux, d'intensité à mesure qu'ils reçoivent moins de chaleur du dehors. Dans toutes les périodes de leur vie, il y a donc accord parfait entre l'élévation de leur température propre et l'activité des combustions respiratoires. Pour eux, donc, comme pour tous les autres animaux, la faculté de produire de la chaleur dérive de l'action de l'oxygène absorbé sur les matériaux du sang, et, dans une circonstance quelconque, la résistance qu'ils opposent aux causes extérieures de refroidissement est en proportion directe de la quantité d'oxygène qu'ils peuvent consommer dans un temps donné.
Il nous suffit d'avoir montré que la théorie de Lavoisier rend parfaitement compte de toutes les variations (le température des animaux hibernants^ dans l'état de veille et dans l'état d'engourdissement; il n'est pas de notre sujet de chercher à démêler les causes organiques de la torpeur dans laquelle ils passent toute la saison froide. Les théories proposées par les auteurs qui se sont occupés de leur histoire nous paraissent complètement insuffisantes; nous nous contenterons de faire ici quel- (|ues rapprochements qui ressortent naturellement des faits succesi^ivement exposés dans le cours de notre travail.
U9k PHYSIQUE MÉDICALE.
D'abord , constatons un fait très important. En été comme eu Iiiver , il suffit d'abaisser la température audessous de 9 à 10 degrés autour des mammifères hiber-nants pour qu'ils s^engotirdissent. En hiver comme en été, on peut les conserver parfaitement éveillés, en ayant soin de les faire vivre dans une enceinte à 15 degrés et audessus. Le sommeil hibet^nal ne dépend donc ni d*un défaut de nourriture^ ni d'une modification qui s'opérerait dans leur constitution à des époques déterminées, ni d'un besoin de repos absolu qui se reproduirait périodi* quement L'engourdissement de ces animaux est la con* séquence directe et nécessaire de la diminution d'activité de leurs fonctions, produite elle-même par le refroidissement qu'ils éprouvent quand la température de l'atmosphère s'abaisse .
Les mammifères et les oiseaux adultes peuvent sans doute, en activant leurs combustions intérieures, rendre leur température sensiblement indépendante de celle du milieu ambiant ; cependant cetto résistance qu'ils opposent aux causes extérieures de refroidissement a ses limites. Lorsque la température se maintient, autour d'eux, trop et trop longtemps abaissée, ils s'épuisent, ils succombent, ils ^'endorment, ils se refroidissent; et, comme leur organisation est trop parfaite pour supporter sans danger cet affaiblissement extrême des fonctions, ils passent très rapidement du sommeil à ]h léthargie par le froid, ils meurent.
Au moment de leur naissance, certains oiseaux ont le corps dépouillé de plumes, certains mammifères ont encore la membrane pupillaire intacte. Par cela seul
SOURCES DB LA CHALEUR ANIMALE. /i95
qiie leur organisation est moins avancée, nous avons vu que, chez ces jeunes animaux , la faculté (Pabsorber de Toxygène n'a pas encore le haut degré de développement qu'elle atteindra plus tard. Aussi, ils produisent moins de chaleur que les adultes de même espèce ; ils ne peuvent pas encore, sans le secours de leur mère, maintenir leur température constante, ils se conduisent, dans les premiers temps de leur existence, comme des animaux inférieurs à température variable. En môme temps que leur organisation moins parfaite les rend plus accessibles aux causes extérieures de refroidissement , nous devons ajouter que, sans danger pour leur vie, leur température peut s'abaisser à des degrés auxquels ne saurait descendre impunément celledesadultesde même espèce. Les expériences de Buffon, de Legallois et d'Edwards nous ont montré qu'à leur naissance, ils ressemblent aussi aux animaux inférieurs à température variable, par la résistance qu'ils opposent à l'asphyxie par submersion.
Rapprochés des faits précédents, les phénomènes présentés par les mammifères hibernants nous semblent beaucoup moins exceptionnels qu'ils le paraissent au premier abord. Un degré de plus dans l'imperfection du développement organique des jeunes oiseaux qui naissent sans plumes et des jeunes mammifères qui viennent au monde avec la membrane pupillaire, avec la persistance de cet état d*imperfection pendant l'âge adulte, suffit pour faire un oiseau et un mammifère à température variable^ un oiseau et un mammifère hibernants. Le sommeil hibernal est la traduction de l'impiiis-
/|96 PHYSIQUS MÉDICALE.
sance, où se trouve TaDiinal, de porter l'absorption de Touygène et la production de chaleur à un degré assez élevé pour rendre sa température indépendante de celle de Tatmosphère ; cette impuissance elle-même est la conséquence d'une imperfection de son organisation. Hais de quel côté est le défaut de développement organique? Faut-il le chercher dans l'organe pulmonaire, dans le système circulatoire, dans la composition du sang, dans les organes digestifs qui ne répareraient pas assez vite les matériauK combustibles de l'économie, ou dans le système nerveux qui communique l'activité à toutes les parties? Il nous suffit d'avoir posé la question dans des termes que nous croyons vrais; espérons que les anatomistes et les physiologistes trouveront la solution du problème dans une étude plus approfondie, el jusqu'ici trop négligée, de l'organisation de ces animaux.
S IZZ. — léthargie par le froid.
Quand la température extérieure s'abaisse h zéro ou au-dessous, les mammifères hibernants plongés dans Y engourdissement donnent des signes de malaise, ils s'agitent, leur respiration s'accélère , ils se réchauffent, se réveillent; ils peuvent lutter quelque temps, soutenir leur respiration au type nécessaire pour maintenir leur température à 20, 23 et même 26 degrés ; mais, si Taclion du froid continue, ils s'épuisent, leur respiration se ralentit, ils se refroidissent peu à peu, et bientôt ils retombent de nouveau dans l'engourdissement. Ce nouvel état de torpeur n'est pas le véritable sommeil kibefnal : c'est la léthargie par le froid, qui commence chez eux
aux environs de zéro, et qui ne se produit qu'à des températures plus basses chez les animaux doués de la faculté de soutenir longtemps une grande consommation d*o)(ygène.
Lorsque la léthargie est bien établie, les fonctions ne sont plus seulement ralenties , ramenées au minimum d'activité : elles sont totalement suspendues. Les excitants chimiques et mécaniques scmi impuissants* non-seule* ment pour réveiller l'animal, mais pour obtenir les moindres signes de sensibilité. On peut mettre les nerfs à découvert, les piquer, les déchirer avec la pointe d'un scalpel sans déterminer aucune douleur; le courant électrique lui-môme est employé sans résultats : la sensibilité est suspendue. L'irritabilité musculaire est difficile à mettre enjeu : en sectionnant ou en irritant avec la pointe d'un scalpel des muscles mis à nu, on observe à peine quelques oscillations dans leurs fibres. Spallanzani n'a rien obtenu avec la décharge dq la bouteille de Leyde; Saissy, avec le courant électrique, a réveillé des contractions évidentes, mais bien moins fortes que dans le simple engourdissement hibernal. La circulation est complètement suspendue. Saissy a trouvé les vaisseaux de la périphérie presque vides, le sang accumulé et stagnant dans le cœur et les vaisseaux abdominaux. Une ligature placée sur un vaisseau ne détermine aucun gonflement. A l'incision, le sang, encore liquide, s'écoule au dehors, maïs passivement. A l'inspection directe, le cœur ne présente aucun mouvement : le courant électrique peut cependant réveiller son irritabilité et déterminer des contractions de ses parois. Il est nécessaire,
/i98 PHTSIQDB MÉDICALB.
pour biim comprendre Taotion du courant électrique sur les muscles, de se rappeler que rirritabilité est une pro« priété qui continue à exister chez tous les animaux pendcint un certain temps , même après la mort réelle. Les phénomènes mécaniques de la respiration sont complètement suspendus, à Tœil il est impossible de distinguer le moindre mouvement des parois thoraciques. Saissy ayant mis soos Teau une marmotte en iéthargie^ W s'é* chappa quelques bulles de gaz emprisonné dans ses oreilles et dans sa bouche ; mais Fanimal resta submergé quinze minutes sans que rien sordt de son poumon. Les hérissons, les lérots, les chauves*souris donnèrent les mêmes résultats. Spallanzani a laissé une marmotte en léthargie ^ pendant quatre heures, dans Faeide carbonique, et elle ne mourut pas. La température extérieure était à — 15 degrés. Dans une seconde expérience, Tair étant à-^ il«,25, ranimai séjourna deux heures dans Tazote sans exhaler aucune trace d'acide carbonique. Saissy a constaté que, pendantrla léihargiey ces animaux n'absorbent pas d'oxygène, et n'exhalent pas de traces sensibles d'acide carbonique. M. Chatin (1) a laissé très longtemps un loir en léthargie exposé à l'action de vapeurs arsenicales ; l'animal ne mourut pas : l'absorption pulmonaire et cutanée était donc suspendue.
Les mammifères hibernants en léthargie se conduisent
(1) Thè$e inaugurale de médecine^ 1844, p. 15. M. Chatio, dans sa thèf e , se contente de dire un loir engourdi ; des détails qu*il nous a fournis lui-même sur cette expérience remarquable, il résulte évidemment qu'il ne s'agissait pas d'un loir plongé dans le sommeil hibernal, mais bien d'un loir en léthargie.
SOURCES DK LA CHALBDR ANIMALE. h^9
donc oomme des cadavres; cependant la mort n'est pas encore réelle, elle n'est qu'apparente. Sous Tinfluence d'une température de 5, 6, 8 et 40 degrés au dessus de zéro, peu à peu la sensibilité , la circulation , les phénomènes mécaniques et chimiques de la respiration se rétablissent ; les animaux sont alors en véritable hibernation. Si Tair s'échauffe encore autour d'eux, ils se réveillent, et recouvrent le libre et plein exercice de toutes leurs fonctions.
Si, au contraire, on les maintient trop longtemps sous l'influence d'une température trop basse , comme ils n'absorbent plus d'oxygène, ils ne produisent plus de chaleur; aloi'S ils se refroidissent comme des corps inertes , mais lentement parce que leurs tissus sont mauvais conducteurs. La congélation frappe d'abord les extrémités, elle s'étend peu à peu , envahit les centres organiques; à \9l léthargie, succède Isl mort par le froid accompagnée des désordres anatomiques constatés chez tous les animaux en cas pareil.
Lorsque la température du milieu ambiant devient trop basse, les animaux inférieurs, eux aussi, passent du simple engourdissement hibernal à l'état de léthargie par le froid. Spallanzani (1) en rapporte un bel exemple dans le récit de ses expériences. Des limaçons engourdis à la température de 8 ou 10 degrés au-dessus de zéro absorbaient de l'oxygène et exhalaient de l'acide carbonique ; le cœur battait d'une manière évidente. Il abaissa la température autour d'eux à zéro; alors les phénomènes
(i) yém, ntr la respiration, p. 150-151.
mécaniques et chimiques de la respiration s'arrétèreni complètement. La température étant tombée à — 1 degré, le cœur s'arrêta : la léthargie était complète. Dans ce! état, il était encore possible de les réveiller en les réchauffant; mais si la température continuait à baisser, la congélation commençait , et les animaux mouraient Ce sont sans doute des limaçons en léthargie^ et non en simple hibernation ^ que M. Gaspard (1) avait observés, quand il disait : « Les escargots vivent sans mouvement, » sans chaleur, sans aliments, sans respiration^ sans cirï> culation,.. C'est comme la vie d*un germe avant h » fécondation, d'une graine avant la germination... Ce » n'est pas une vie, c'est une simple aptitude à vivre. » Pendant la léthargie par le froid^ toutes les fonctions sont donc momentanément suspendues chez les animaux inférieurs comme chez les mammifères hibernants; par la distinction que MangiH a si heureusement établie entre le sommeil hibernal et la léthargie^ tout s'explique, les faits de Spallanzani et de M. Gaspard cessent d'être en contradiction avec ceux de M. Delacroix rapportés plus haut. Cette distinction est nécessaire, parce que, pour les animaux inférieurs comme pour certains mammifères, le sommeil hibernal est un état physiologique sans danger^ tandis que la léthargie par le froid est un véritable état pjthologique qui aboutit fatalement à la mort s'il est trop longtemps prolongé.
Du reste, en raison même de l'imperfection de leur organisation, les animaux inférieurs résistent, beaucoup
(1) Mém. physioh sur le colimaçon (Jotan, de Magendie, 18i2).
SOURCBS DE LA CHAUSUR ANIMALS. 501
mieux et beaucoup plus longtemps que les mammifères hibernants^ à l'influence des températures très basses. Il y a dans la science des faits bien observés, qui démontrent que non-seulement des insectes, mais même des vertébrés, peuvent, sans mourir^ éprouver une véritable congélation. Boerhaave fait observer que, pendant l'hiver de 1709, les œufs d'insectes déposés sur les branches d'arbres et dans des lieux découverts restèrent féconds, bien que la température descendît à — 17",5. Nous avons tous été témoins d'un fait semblable pendant l'hiver de 1829 et 1830. Réaumur (1) a vu certaines espèces d'insectes périr sous l'influence d'une température encore supérieure à celle de la congélation de l'eau, tandis que d'autres ne mouraient qu'à — 13%7, et que d'autres supportaient impunément l'impression de rairà—23°,75. Spallanzani (2) a vu des œufs d'insectes rester féconds après avoir été exposés k une température — 30 degrés, tandis que les animaux qu'ils produisent périssaient à — 10 degrés et même — 9 degrés; il a constaté ce fait sur des vers à soie et sur le papillon de l'orme. Ainsi, pour les basses comme pour les hautes températures, la résistance des œufs est plus énergique que celle des animaux qui en proviennent. M. Bonafous (3) soumit, en 1837, des œufs de vers à soie à l'influence longtemps prolongée d'une température de — 25 degrés, et le germe ne mourut pas; leur éclosion se fit comme celle des œufs constamment conservés au-dessus de zéro. Le capitaine
(1) Mém. sur les insectes, t. II et V.
(2) Opusc, de phys. anim , 1. 1, p. 82 et 85.
(3) Bibl. miv, de Genève, 1838, t. XVII, p. 200.
502 FHYSIQOB MBDICALB.
Ross (1) plaça trente chenilles dans une boîte qu'il exposa quatre fois successivement, pendant une semaine, à une température de — k2 degrés environ. A chaque exposition elles devinrent roides et furent congelées. La première fois, il suffit de les ramener dans une chambre chaude pour qu'elles revinssent toutes à la vie. La seconde fois, vingt*trois survécurent; la troisième fois, onze résistèrent à l'épreuve; enfin, après le quatrième essai, deux seulement purent être rappelées à la vie. Cou* servées dans une chambre chaiido, ces deux chenilles formèrent leurs cocons : l'une ne produisit qu'une chrysalide imparfaite, l'autre fournit six mouches.
On sait, depuis longtemps, qu'en Russie et dans la partie septentrionale des États-Unis d'Amérique, on transporte au loin des poissons roides comme des bâtons et dans un véritable état de congélation; cependant, il suffit de les plonger dans Teau au-dessus de zéro, pour leur rendre leurs mouvements. Voici un fait fort intéressant, qui prouve qu'un animal vertébré peut résister à une congélation complète. En Islande, pendant Thiver 1828 et 1829, M. Gaymard (2) plaça des crapauds dans une boite remplie de terre et les exposa, en plein air, à l'influence de la température extérieure. Au bout de quelque temps on ouvrit la boîte. Ilsétaient durs et roides comme des cadavres gelés; toutes les parties de leur corps étaient inflexibles et cassantes^ quand on les brisait, il ne s'en échappait pas une seule goutte de sang. Ces
(1) Biblioth. univ, de Genève, 1336, t. Uf, p. 423.
(2) Biblioth, miv, de Genève, 1840, t. XXVI, p. 207.
animaux avaient creusé des trous dans la terre de la boîte; ils s'étaient aipsi refroidis lentement, et étaient parvenus graduellement à l'état de congélation. Placés dans de Teau légèrement chauffée, ils recouvrèrent la flexibilité de leurs membres à mesure que les glaçons fondirent, et, en dix minutes, ils revinrent complètement à la vie. M. Gaymard fait observer qu'une cengéiation rapide tue toujours ces animaux ; pour qu'ils résistent, il faut que l'influence du froid soit graduée. Les mêmes expériences furent tentées sur des grenouilles et ne réus* sirent pas.
ARTICLE X
COMPARAISON DES CAUSES DE REFROlDlSSEMEflT ET DES SOURCES DE LA CHALEUR ANIMALE.
Nous pouvons maintenant étudier, dans tous tetirs détails, les relations qui s'établissent entre Tanimal et le milieu ambiant , faire la part des moyens dont il dispose pour produire de la chaleur, et des causes de refroidis* sèment qui noraialement pèsent sur lui. Les résultats précieux dont la science s'est successivement enrichie nous permettent de faire cette comparaison pour l'homme et un petit nombre d'animaux supérieurs. Les grandes vues introduites par Lavoisier en physiologie nous servi* ront de guide dans cette étude; c'est une dernière épreuve à laquelle nous devons les soumettre : elles en sortiront victorieuses.
L'homme et les animaux n'ont qu'Un moyen de pro^ duire de la chaleur : l'action de l^oxygène absorbé sur It
50/i PHYSIQUE MÉpICALE.
sang^ la combustion dès matériaux tetmaires et quaiet^nav^ de réconomie.
Dans rétat normal , en dehors de ces circonstances exceptionnelles et passagères où la température ambiante s'élève à des degrés inusités, les causes de refroidissement sont au nombre de trois.
A. ikwmpowmUom, — Nous avons déterminé précédemment les causes et les limites des variations de la quantité d'eau évaporée à la surface du poumon et de la peau. L'effet réfrigérant dé Tévaporation peut être exactement calculé dans chaque circonstance particulière; en retranchant la quantité de chaleur ainsi perdue de celle que produit la combustion , nous pourrons connaître ce qu'il en reste à l'animal pour résister aux
deux autres causes de refroidissement et maintenir sa
température.
B. Bayonnement. — Entre l'animal et les corps qui l'entourent, il y a échange continuel de chaleur par voie de rayonnement, et, comme sa température est supérieure, il perd ainsi plus de chaleur qu'il n'en reçoit. L'intensité de cette cause de refroidissement augmente à mesure que l'excès de la température de l'être vivant sur celle du milieu ambiant devient plus considérable. Pour atténuer les effets du rayonnement, les animaux ont le corps recouvert de fourrures d'autant plus épaisses qu'ils habitent des pays plus septentrionaux; l'homme, dépourvu de cette ressource, la remplace par des vêlements dont il varie la nature et la forme suivant les exigences des climats et des saisons. Lorsque les circonstances extérieures deviennent trop excessives, tous
SOURCES DB Ik CBALEUR ANIMALE. Ô05
les animaux obéissent à leur instinct qui les porte à se réfugier derrière des abris naturels ou artificiels; l'homme trouve, dans son industrie, des moyens suffisants pour maintenir habituellement, autour de lui, une température en harmonie avec son organisation et les nécessités de son existence.