‹ Physique socialeChapitre 11 sur 244 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

que les longues commotions qui avaient agité le monde moral seteignaient, les lettres, dans les différents pays, semblaient revenir à leurs formes preqiiôres, et bientôt les sciences, comme nous l’avons dit, reçurent à leur tour des développements nouveaux. Le calcul infinitésimal prit naissance, et l'auteur des Provinciales jeta, en même temps, les premières bases de la tlniorie des probabilités.

Ce nouveau genre de calcul, dont les .esprits les plus profonds furent les premiers et les plus ardents appréciateurs, ouvrit une voie nouvelle. Des idées plus mûres et plus libres se réveillèrent et se répandirent avec rapidité. •

L’homme sentit, mieux qu’il ne l’avait fait jusque-là, ses besoins et sa force, et presque à son insu, il se trouva porté dans un champ d’études entièrement nouveau.

11 s’occupa de ce qui tient à ses propres intérêts, à ceux de l’Etat et à ses rapports réciproques avec le corps social ; mais il aborda cette étude par deux voies différentes : au moyen de ïéeommie politique, il chercha, dans sa raison, les principes qui devaient régler les mouvements du corps social, indiquer les lois de sa marche et de ses actions, présider à la formation, à la répartition et à la consommation de ses richesses. Plus modeste dans ses allures, la statistique se borna à étudier la manière d’être du corps social, à apprécier par expérience les différentes parties dont ce corps se compose, les influences sous lesquelles elles fonctionnent et les effets qu’on peut en déduire. Cette marche, plus réservée et plus circonspecte, présente néanmoins des obstacles qui sont encore mal appréciés et qui soulèvent les plus grandes difficultés. Du reste, la société a marché en avant, sans trop songer à bien définir ce qui distingue ces deux sciences qui se touchent de si près.

D'une part, l’économie politique embrassait l’ensemble des principes et leur assignait la fixité des lois mathématiques ;

Digiliztd by Googlc

lOC

de l’auti-e part, la statistique se bornait à (ttudier ces lois d'action, pour tâcher de remonter à leurs origines. Ces deu.A sciences, semblables sous tant de rapports, ont néanmoins d<‘s manières de procikler bien ditférentes : on a souvent cherché à les unir, mais sans réussir à établir un accord sympathique entre elles. Peut-être vaut-il mieux, en effet, qu'elles suivent leur chemin, en attendant que la raison, plus avancé<j, ait pu les rapprocher, et consolider une union qui jamais n’aurait drt être méconnue.

liH statistique, telle qu’on la con^'oit aujourd’hui, se borne plus spécialement à l’examen et à l’énumération de tout ce que renferme notre état social, et à l’appréciation des rapports que les objets présentent entre eux, quand on les considère sous l’aspect politique. Mais cette science, trop limitée dans ses recherches, se réduit en quelque sorte à l'étude de tableaux dressés avec plus ou moins d'exactitude, avec plus ou moins d’ordre. C’est beaucoup, sans doute, et ses documents sont précieux dans les circonstances les plus usuelles; mais pour arriver de là aux grands principes politiques et aux usages scientifiques qu’on peut en déduire, il faut des pas immenses, au.xquels les statisticiens les plus habiles ont à peine pu penser jusqu’à présent. Ici naissent, eu effet, une quantité de problèmes du plus haut intérêt et d’une mécanique, si je puis m’exprimer ainsi, entièrement nouvelle. 11 s’agit, en effet, d'introduire, tlans les questions les plus intéressantes de la statistique, la considération de forces dont on n'a jamais fait usage, et dont l'emploi d’ailleurs paraissait essentiellement rebelle au calcul. L’absence de ces forces, produites par le libre arbitre de l’homme, ou par ce que l'on croit pouvoir nommer ainsi, a arrêté tout mouvement progressif jusqu’à ce jour, et apporté le plus grand retard à la marche de cette science, qui, certes, sera en droit de

Page 1