LIVRE DEUXIÈME
La funeste influence des années 1816 et 1817 ne se trouve pas seulement inscrite dans les résultats généraux des décès pour toute la Belgique, mais encore, comme la remarque en a été faite (i), dans les résultats particuliers de la mortalité pour les hospices des enfants trouvés et pour les dépôts de mendicité.
On doit attribuer cette mortalité plus grande à ce que les individus admis aux hospices et aux dépôts de mendicité étaient déjà souflrants des suites de la disette, et non aux privations qu’ils ont eu à subir dans les établissements mêmes. Le nombre des admissions des enfants trouvés, qui, année commune, ne s'élevait pas au delà de 3,000, a monté jusqu'à 3, 945, en 1817, dans un hospice deBruxelles; c’est ce qui a pu rendre la mortalité plus forte, car les enfants, exposés dans ces temps de crise, avaient sans doute déjà en eux le germe de la mort (2).
Une autre observ'ation que l'on peut déduire des nombres précédents, c’est celle de refifrayante mortalité des dépôts de mendicité, qui était environ quatre à cinq fois plus Ibrte que dans les provinces les moins salubres de la Belgique ; on peut en dire autant des hospices des enfants trouvés. Cela confirme les remarques très-judicieuses qui ont été faites par MM. Villermé et Benoiston de Châteauneuf, dans les Annales d’Hygiine, sur l'inégale mortalité du riche et du pauvre. Les décès dans les prisons de la Belgique étaient incomparablement moins nombreux que dans les dépôts de mendicité : à Vilvorde, en 1824, 1825 et 1826, on en comptait 1 pour 28 habitants ; à Saint- Bernard, 1 pour 22 en 1826; et à Gand, vers la môme
(l) Page 35 des Recherches sur lapopuiatiorif les naissances^ etc., dans U royaume des Pays-Rcu, par A. Quetelet. Voyez aussi, sur la mortalité de 1817, la Statistique nationale, de M. Ed. Smits.
(S) Oioja, dans sa Filosofia délia Statistica, a pris les mêmes années 1815, 1816 et 1817, comme exemples de Tinflaence de la disette sur la mortalité.
époque, 1 pour 44 seulement; ce rapport était un peu moindre que pour tout le royaume. Ce qui doit établir une distinction entre les prisons et les dépôts de mendicité, c’est que les individus qui entrent dans ces derniers établissements n’y font guère qu’un séjour de 7 à 8 mois : ils y arrivent ordinairement, comme il a été dit, avec une santé minée parles privations et les maladies; au contraire, ceux qui entrent dans les prisons, après avoir subi un jugement, se trouvent en général dans un état de santé moins défavorable, et la durée moyenne du séjour n’y est guère alors de moins de 5 ans (i).
En recherchant rinfluence des années de paix et de guerre, on n’a pas introduit, moins de confusion dans les recherches. Un pays, en temps de guerre, souffre en effet, parce que sa population virile succombe d'une part soit dans les combats, soit par suite de fatigues ou de privations; et que, d’une autre part, les chances de reproduction deviennent moindres; ce pays souffre encore de ce que son industrie et son activité sont entravées, ou de ce que les importations de toute espèce, surtout, celles des grains, diminuent; mais une nation pourrait être en guerre sans qu’aucune de ces causes subît des altérations bien sensibles : il serait donc illusoire alors d’en rechercher les traces dans les chiffres mortuaires. C’est ainsi que M. Sadler nie encore l’influence des années de guerre, en se servant des chiffres de l’Angleterre, mais sans examiner si les moyens de subsistance, si les importations et les exportations avaient changé, et si la nation avait été privée plus qu’à d’autres époques d’une partie de la population virile. Je pense que l’on pourrait mieux apprécier cette influence dans un pays tel que la Hollande ou la Belgique, dont plusieurs provinces ont un grand com-
(I) Annale» dCHygiène.