LIVRE DEUXIÈME
Si le doublement de la population se faisait cffectivement comme l'indique ce tableau, il y aurait certainement à craindre de grandes catastrophes provenant de ce que les moyens de subsistance n’auraient pu suivre un développement si rapide; mais nous avons vu déjà que ce n’est que dans des cas très-rares que l’on constate un accroissement continu. Si de pareilles catastrophes pouvaient arriver, déjà depuis longtemps on en aurait observé en Europe. La mortalité également pourra augmenter accidentellement par des disettes, des pestes ou d’autres fléaux; mais ces malheurs, dont la civilisation tend à diminuer l'influence, peuvent arriver môme dans les pays qui n’ont point atteint leur limite.
Le calcul de l’accroissement annuel de la population n’est pas seulement trompeur dans l’estimation du doublement des populations, mais il est encore soumis à de grandes chances d’erreur. Il sera presque toujours impossible de s’entendre dans ces matières, si l’on ne cite point les années et les nombres d’après lesquels les accroissements sont déterminés. Beaucoup d’autres n’estiment l’accroissement de population que d’après une ou deux années d’observation, et s’exposent ainsi aux erreurs les plus graves. C’est mêler aux influences que l’on veut déterminer celles résultant d’une infinité de causes accidentelles qui peuvent parfois faire méconnaître entièrement les premières. Il me semble que pour statuer avec quelque
86 donoer plus d‘importaoc6) ont exagéi'é pendant la guerre la grandeur de la population, surtout dans l'intérieur du paya, où les étrangers pouvaient moins exercer do contriMe. D'une auti'O part, on peut regretter encore quelques lacunes à remplir dans les résultats, quand on voit un statisticien du mérite de M. J. Kennedy, surintendant du recensement américain, exprimer lui -mémo ses doutes à cet égard, dans le volume si intéressant que nous venons de recevoir de son obligeance : Population of the United States in 1860. Washington, 1 vol. in-4^. 1864.
probabilité sur l’état d’un pays, il faudrait au moins les résultats de di.x années d’observation, c’est-à-dire des périodes pendant lesquelles les institutions sont restées les mêmes et où l’on n’a point remarqué d’événements particuliers. On pourrait espérer ainsi d’éliminer les influences des causes accidentelles, et ne conserver en définitive que ce qui est le résultat de la nature du pays, de ses institutions et de l’industrie des habitants. 11 faut surtout éviter de prendre ses nombres dans des années de crise ou dans les années qui les suivent. Aujourd’hui que l’Europe respire après des guerres longues et sanglantes, après une stagnation plus ou moins grande du commerce, et sous l’influence d’institutions plus libérales, il est tout simple que la production en devienne plus abondante et que la population augmente; mais est-ce une raison de croire que cet accroissement restera le même? Ce serait, il me semble, une grande erreur, et je ne crains pas d’en appeler à l’expérience.
Il est assez remarquable même qu’une population sera plus nombreuse si elle a été stationnaire pendant un certain nombre d’années, que si, pendant la même période, elle a été alternativement croissante et décroissante, quand même le rapport de l’accroissement aurait été égal à celui du décroissement, en sorte que l’efiTet d’une année ne compense pas celui de l'autre. Cela semble, au premier abord, un paradoxe ; on peut néanmoins s’assurer de l’exactitude de ce qui précède. On voit mieux par l’analyse la proposition suivante. Si l'on cherche ce que devient un nombre donné d’individus après»» -|- n années (m indiquant les années pendant lesquelles la population a été stationnaire, et n celles pendant lesquelles la population a reçu un accroissement ou un décroissement déterminé), ou trouve que le nombre des survivants est le même, de quelque manière que les
DiQitizêu