‹ Physique socialeChapitre 46 sur 244 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

En citant ces nombres, M. Prévost fait observer que, indépendamment de la cause phj'siolop;ique qui donne aux naissances masculines une facilité plus grande, il doit exister, pour les naissances légitimes en particulier, une cause accessoire qui augmente encore cette facilité : il l’attribue à l'espèce de préférence accordée fort généralement aux enfants du sexe masculin. « La suite de cette préférence, dit ce savant, n'est-ellc pas de prévenir, après les naissances masculines, l'augmentation de la famille, et par là d’accroître le rapport proportionnel de celle-ci? Des parents ont un fils ; si diverses causes font obstacle à l’accroissement de leur famille, ils seront moins inquiets peut-être de cette privation, lorsque leur premier vœu sera accompli , qu’ils ne l’auraient été s’ils n’avaient point ,eu d’enfants mâles. Cette diminution de naissances, après celle d’un ou de plusieurs fils, ne tendrait-elle point à augmenter le rapport des naissances masculines (i) ? » Sans nier l’influence que cette contrainte morale peut exercer dans certains cas, je la crois tout à fait insuffisante pour expliquer les résultats dont j’aurai bientôt à parler.

M. Giron de Buzareignes a communiqué à l’Académie des sciences de Paris des recherches faites en France, qui ont aussi pour objet les naissances des enfants des deux sexes (2). Il partage la société en trois classes : la première se compose des personnes dont les occupations tendent à développer les (jualités physiques; la seconde, des personnes dont les occupations tendent à énerver les forces, et la troisième enfin, des personnes dont les occupations sont mixtes. D’après cet observateur, le nombre

(1) Bibliothèque nniToerseÜe de Genève, octobre 1829, pages 140 et saiv.

(2) Bulletin de M. de Fénissac, tome XII, page 3.

m QUALITÉS PHTSIQUES.

proportionnel des naissances masculines, dans la première classe, serait beaucoup plus grand que celui que fournit la France en général; dans la seconde classe, ce serait le contraire, et dans la troisième, les deux nombres seraient égaux. Ainsi les travaux de l’agriculture tendraient à favoriser le développement des naissances masculines, tandis que le commerce et les manufactures produiraient un effet opposé. Cette observation s’accorderait assez avec les résultats qui ont été indiqués précédemment pour les villes et les campagnes; mais elle soutient moins bien l’examen quand on l’applique aux différents pays de l’Europe.

M. Bickes, qui s’est attaché à combattre l’opinion émise par M. Giron de Buzareignes, a présenté une explication spéciale des causes qui font varier la proportion des sexes dans les naissances. Selon lui, » c’est dans le sang (la constitution, la race) des populations, qui diffèrent plus ou moins les unes des autres sous ce rapport, que résident les forces ou les causes, quelles quelles soient, qui déterminent la production de beaucoup de garçons. Institutions politiques, civiles, coutumes, occupations habituelles, genre de vie, richesse, pauvreté, etc., tout cela n’a aucune influence sur la proportion respective suivant laquelle les deux sexes viennent au monde. ^ On aurait bien de la peine à s’expliquer par là comment, pour un même peuple, le rapport des naissances des deux sexes présente des différences si sensibles dans les villes et dans les campagnes. Quant à l’effet do la légitimité sur la prépondérance des naissances féminines, M. Bickes pense que la cause première n’en peut être démontrée (i). Nous trouverons bientôt d’autres obstacles à son hypothèse.

(1) Annales (VBÿffiène, octobre 1832, page 450.

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