LIVRE DEUXIÈME
D’une autre part, en prenant indistinctement des département les plus méridionaux de la France, on ne trouve pas de différence avec ceux du nord. 11 existe une province en Amérique, celle de Guanaxuato, qui, en 1825, a donné une naissance pour 16,08 habitants (i) ; ce rapport et celui du département de l’Orne peuvent être considérés à peu prés comme formant les limites pour les rapports connus des différents pays.
Puisque la recherche de l’influence des climats sur la fécondité de la population est compliquée par différentes influences plus prononcées, nous devrons nous attacher d’abord à reconnaître celles-ci, afin d’être à même déjuger quelle serait la fécondité d’une mime population placée sous deux climats différents. La difficulté d’ailleurs d’obtenir une évaluation exacte de la population devient extrêmement grande (2).
En prenant la fécondité des mariages dans l’hypothèse de populations homogènes, et en ne faisant usage que du nombre des mariages et des naissances légitimes, on peut espérer de parvenir à des résultats plus concluants sur l’influence des climats. M. Benoiston de Châteauneuf s’est occupé de cette intéressante question dans une notice sur l'Intensité de la fécondité en Europe, au commencement du xix" SIÈCLE (3) : c’est ce savant que nous prendrons pour guide dans ce que nous dirons sur la fécondité des mariages.
“ Si l’on partage l’Europe en deux climats uniques.
(1) Bibliothèque universelle, 1833, sur la mortalité proportionnelle des popuifttioni normaades, par air F. d'Irernoia.
(2) Nous coDseryons ici le texte de notre première édition; on pourra mieux juger, dans le chapitre suivant, combien l'état de la statistique a gagné chez les différents peuples, pendant les dernières années.
(3) Annales des Sciences naturelles, décembre 1826.
lient l’un, commençant au Portugal et tinissant aux Paj's- Bas, s’étendrait ainsi du 40“ au 50“ degré, et représenterait le midi ; tandis que l’autre, allant de Bruxelles à Stockholm, ou du 50' au 67' degré, représenterait le nord ; on trouvera que, dans le premier, cent mariages donnent 457 naissances; et que, dans le second, le même nombre d’unions n'en produit que 4:10.
“ La différence devient encore plus grande, si l’on compare seulement entre elles les deux-températures extrêmes. Eu Portugal, il naît 5,10 enfants par mariage; en Suède :l,62 seulement.
“ Enfin, sans sortir de la F rance, on peut trouver de nouvelles preuves de cette observation. “ La fécondité, - dit ^oheau, augmente en France du nord au midi. Là, •* le ternie moyen des naissances est de 5,03 par marisige “ annuel; et (buis les provinces du nord, il n’est que » de 4,64. "
- Ce qui était vrai pour nous, il y a cinquante ans, l’est encore aujourd’hui. La moyenne des naissances, prise sur cinq ans (1821-1825), est do 4,:44 par mariage dans nos provinces du midi (le Dauphiné, le Languedoc, la Provence); et dans la Flandre et la Picardie, elle n'est que de 4,00 (i).
“ Ces faits suffisent pour ne point accuser d’inexactitude les écrivains qui ont avancé les premiers que la fécondité était plus grande dans les pays chauds que dans les pays froids : ils ont eu raison.
“ Mais si l’on pousse plus loin ces recherches, si en les étendant à beaucoup de pays, on les généralise davantage, alors les différences de climat, de température, de
(1) M. Benoiston de Châteauneuf prévient qu'il a déduit ici le oombre dea enfanta naturela; maia il ne dit paa a'il a été à même de faire cette déduC' tion pour lea autrea paya de l’Europe.