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D'après tous les documents produits par M. Sadler à l’appui de sou observation, il nie semble qu'on peut effectivement admettre, avec assez de probabilité, qu'uno grande mortalité amène beaucoup de mariages, et que les mariages sont d’autant moins productifs qu’ils sont plus nombreux. Mais je pense que l’auteur se hâte trop d’en conclure des arguments contre les antijiopulationistes, qu’il s’attache à combattre, en s’eft’orçant de faire prévaloir des théories particulières. Il me semble que les faits qu’il cite, pour acquérir toute l’importance qu’il veut
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leur donner, devraient être appuyés d’un autre document statistique, savoir, le nombre des mariages en premières, secondes et troisièmes noces. On a dit que les décès font place à des mariages ; c’est ce que prouvent les recherches de M. Sadler; on a dit encore que la mortalité augmente la fécondité, et M. Sadler oppose à cette assertion les résultats au.xquels il est parvenu. C’est ici, je crois, que pourrait se trouver l’erreur. D’abord, il ne faut pas confondre la fécondité des mariages avec la fécondité d’une population; puis, dans un pays où la mortalité serait très-grande, surtout parmi les personnes adultes, les mariages en secondes et troisièmes noces pourraient être plus nombreux, et chaque mariage produire ainsi pendant sa durée moins d'enfants, ([uoique, dans le fait, la fécondité de la population fût très-grande. Par exemple, dans les provinces de la France qui ont le moins de mortalité, et, comme l’observe M. Sadler, le moins de mariages, on trouve le plus d’enfants par chaque mariage. 11 me semble que cette dernière observation est une conséquence naturelle de la première : telle femme qui a cinq enfants d’un seul mariage, aurait pu, la mortalité étant plus forte, avoir ces cinq enfants de deux mariages successifs, peut-être même d’un plus grand nombre. Il sera tout naturel alors que la fécondité des mariages doive paraître avoir diminué. Il est meme évident, d’après le raisonnement que je viens de faire, qu’il faut admettre que, toutes choses égales, dans un pays où la mortalité devient plus grande, les mariages doivçnt devenir plus nombreux et la fécondité des mariages devenir moindre, au contraire. Ce résultat, que je déduis de considérations purement rationnelles, se trouve appuyé des faits allégués par M. Sadler; mais il ne s’ensuit pas que la fécondité absolue doive devenir moindre dans ce pays, ou que le pays comptera'
un nombre annuel de naissances plus faible. Je pense le contraire, et je crois que je pourrai en donner la preuve plus tard.
Ce qui rend si .souvent les résultats statistiques difficiles à interpréter, c’est que l’on prend pour simples des faits qui sont complexes de leur nature, .\insi, il me parait impossible de rien statuer sur la fécondité des femmes d’un pays, par le seul rapport des mariages et des naissances légitimes : il faut nécessairement avoir égard à la mortalité des pays que l’on examine et tenir compte des mariages en secondes et troisièmes noces. Je regrette que M. Benoiston de Châteauneuf, dans son travail si intéressant sur la fécondité en Europe, n’ait pas eu égard à cet élément; je crois qu’il aurait pu vaincre plusieurs des difficultés que lui présentait son sujet, qui était extrêmement complexe, et s’expliquer quelques anomalies apparentes.
Il ffiudra aussi que, désormais, dans toutes les recherches sur la fécondité, on ait égard à l’Age auquel on se marie dans les différentes localités, Il est évident, par exemple, que si dans les campagnes on ne se marie pas au même Age que dans les villes, on pourra s’attendre à y trouver, toutes choses égales, des chiffres différents pour la fécondité des mariages. Il en sera de même quand on comparera certains États du Nord où l’on se marie trèstard, à des pays méridionaux on les mariages sont extrêmement précoces. Je le répète, plus on étudie les phénomènes relatifs à la population, plus on ^les trouve complexes; mais on a en même temps l’espoir de réussir, par une analyse conduite avec sagacité, et en faisant usage de bons matériaux, à reconnaitre les causes dont ils dépendent et à estimer le degré d’influence de chacune de ces causes.
grAUTl^IS PHYSIQUES.