LIVRE PREMIER
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documents quelle rassemble et d’en ddduire des conclusions. Cette science a ses manœuvres; mais elle a ses architectes aussi qui savent mesurer la grandeur de ses lois et eu apprécier les conséquences. On n'est point statisticien, même en réunissant des documents valables : il faut savoir les mettre en œuvre avec intelligence, en déduire des principes utiles et juger de la stabilité de l’édifice social par la connaissance intime de sa nuiniére d’être.
X Les recherches statistiques ne feront de véritables progrès que lorsqu’elles seront confiées à ceux qui ont approfondi les théories mathématiques , n m’écrivait, il y a près d’un demi-siècle, le célèbre secrétaire de l’Académie des sciences de l’Institut de France, Joseph Fourier, l’un des principaux rédacteurs de l’important recueil des Recherches statistiques sur Paris. De son côté, le savant mathématicien Poisson, l’auteur des Recherches sur la probabilité des jugements en matière criminelle et en matière civile, était peut-être plus incisif encore. Il m’en coûterait de rapporter son Jugement, qu’il exprimait parfois, dams sa correspondance, avec une sévérité narquoise et peu rassurante pour les statisticiens qui prétendaient substituer leurs fantaisies aux véritables principes de la science.
Qu’on me permette de citer encore ce que m’écrivait, vers la même époque, un des hommes qu’on s’est plu à ranger parmi les antagonistes de la statistique, parce que lui aussi présentait peut-être un peu rudement sa façon de penser contre ceux qui voulaient entreprendre des études au delà de leurs forces. “ Il est une considération bien importante pour la durée de la vie humaine, m’écrivait J. -B. Say, et pour tous les calculs qu’on peut faire au sujet des probabilités de vie, c’est le degré approximatif d’aisance des familles ; car le plus ou le moins d’aisance fait, je crois, varier du double au simple la viabilité; ce
PHYSIQUE SOCIAI.E.
qui rend absolument illusoires les calculs des assurances et des rentes. Mais je no me dissimule pas la difficulté qu'on trouverait à constater l’importance des fortunes. 11 faudrait du moins la sipiialer, car des personnes choisies, comme celles qui prennent part aux tontines, sont tout à fait jetées dans l’erreur par nos tables de mortalité, dressées sur des masses comme celles que donnent les populations indistinctes. » On a souvent représenté le célèbre économiste français comme l’ennemi personnel de la statistique : ce n’est sans doute pas à la science qu’il en voulait, mais plutôt à ceux qui ne savaient pas Ja comprendre et qui lui prêtaient leur lanfjage.