LIVRE DEUXIÈME
Tous les nombres qui viennent d’étre citës tendent donc à montrer qu’il existe un rapport direct entre l’intensité de la mortalité et celle de la fécondité, ou, en d’autres termes, que le nombre des naissances est réglé par le nombre des décès (i). Ceci confirme pleinement les idées des économistes qui admettent que la population tend toujours à prendre un certain niveau, déterminé par la quantité des produits. Ainsi, dans les localités où il existe des causes particulières d’une mortalité plus grande, il doit se faire que les générations sont moins longues et se succèdent plus rapidement.
On a pu remarquer que, dans les pays que nous avons comparés, le nombre des décès est moindre que celui des naissances ; nous voyons qu’il en est de même pour les villes, excepté pour Rome, Venise et Bergame. On aura remarqué encore que ces nombres tendent d’autant plus à devenir égaux, que la mortalité est plus grande, excepté pour l’Angleterre et les villes qui en font partie; on a en effet pour
Rapport doi oaimnc<>f
L*Aoglet«rre 1 .46
La Suède et U Belgique 1,58
La France, la Hollande, la Prusse et lea Deux-Siciles . . 1,37
La Province de Guanaxuato 1,23
Villes comptant plus de 40 habitants pour un décès. . . 1,15
• ■» » de 30 Â 40 *• 1,20
m f. ••de20à30 " 1,10
- > moins de 20 - 0,81
En étudiant l’influence des localités sur une échelle moins étendue, et en comparant les différentes parties d’une même province, on trouve assez souvent des résultats très-dissemblables; ainsi, selon que le pays est uni ou
(1) Ce qui précède a été écrit en 1835, mais l'état sanitaire s’est évidemment amélioré depuis, comme nous le verrons plus loin.
montagneux, entrecoupé de bois ou de marais, les nombres que présente la mortalité peuvent différer d’une manière très-sensible. M. Bossi, dans sa Statistique du département de l'Ain, en a présenté un exemple frappant ; il a eu l’idée, pour mieux étudier ces influences des localités, de diviser le dép-irteinent en quatre parties, et il a obtenu, d’après les documents des années 1802, 1803 et 1804, pour résultats :
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Dana les communes de la montagne.
38,3 hab.
179 hab. 34,8 hab.
— de rivage
~ de la plaine emblavée . . .
— du pays d'étangs ou de marais.
Ces résultats remarquables fournissent une nouvelle confirmation de ce qui a été dit sur le rapport direct qui existe généralement entre les décès, les mariages et les naissances. On voit en même temps combien le voisinage des marais et des eaux stagnantes peut devenir funeste. M. "ViUernié cite un exemple très-frappant de l’influence des marais.
“ A Vareggio, dit ce savant (i), dans la principauté de Lucques, les habitants en petit nombre, et dans un état déplorable de misère et de bai'barie, étaient chaque année, depuis un temps immémorial, attaqués, à la même époque, par des fièvres d’accès; mais, en 1741, on construisit des écluses dont les portes mobiles permettaient l’écoulement dans la mer de l’eau des marais, et s’opposaient à ce que ceux-ci fussent de nouveau submergés par la mer, lors des flux et des tempêtes. Cette construction, qui supprima les marais d’une manière permanente, fit aussitôt disparaître les fièvres. Bref, le canton de Vareggio est aujour-
(1) Des é2)idémies [Antuiles d’Hj/giènei Janvier 1833, page 9).