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INFLUENCE DES ANNÉES

On a remarqué que le chiffre annuel des décès peut, dans certaines circonstances, être fortement modifié par suite de disettes, de guerres ou d’autres fléaux.

L’influence des disettes avait été constatée depuis longtemps; néanmoins, M. Sadler, dans ces derniers temps, a cru voir, dans les nombres relatifs à l’Angleterre, à peu près l'opposé de ce que ses prédécesseurs y avaient trouvé. De pareilles discordances entre les résultats des observateurs ont été souvent citées par des personnes superficielles, pour établir le peu d’importance des recherches statistiques, au lieu d’en rechercher la véritable cause. Or, pour éclaircir la diflSculté qui se présente ici, il importe d’observer d’abord que ce n’est pas au moment même où le pain commence à enchérir que la mortalité augmente ; l’excès de la mortalité n’est amené que par des maladies et par toutes les privations que les pauvres doivent s’imposer dans les temps de disette ; de sorte que bien souvent l’influence du fléau ne devient visible, par les registres mortuaires, que plusieurs mois et quelquefois une année après son commencement. Les suites, en outre, ne s’arrêtent pas brusquement : le prix du pain peut avoir repris son cours ordinaire ou même être descendu plus bas, que l’excès des décès est encore très-sensible.

On aurait tort d’admettre aussi que les moindres fluctuations dans les prix se reproduisent proportionnellement dans les chiffres des décès : au milieu de tant de causes qui modifient la mortalité, il faut, pour que l'une d’elles laisse des traces manifestes, quelle ait été fortement marquée. Il ne suffisait donc pas, comme l’a fait M. Sadler, de donner la même importance à toutes les aimées, dès que le prix du grain avait dépassé un peu la moyenne ; il fallait s’en tenir aux années où il y avait eu véritablement disette ; et surtout il ne fallait pas considérer la mortalité comme marchant proportionnellement au prix des nourritures. Pour prendre un exemple de ce qui vient d’être dit, il suffirait de jeter les yeux sur le tableau du mouvement de la population belge , pendant les douze années de 1815 à 1826 inclusivement. On y voit que les prix du froment et du seigle ont atteint leur maximum en 1816; ce n’est cependant que l’année suivante qu’on aperçoit les résultats de la disette dans les chiffres des décès et des naissances. Au contraire, en suivant la marche de M. Sadler, cette amiée de 1816, si évidemment calamiteuse, devrait être rangée parmi les années heureuses, puisqu’elle aproduitpeude décès comparativement aux autres années.

Voilà comment le tableau si concluant que nous ont transmis les documents officiels des années 1815 à 1819, conduirait à des conséquences tout opposées à celles que nous avons obtenues.

On ne saurait être trop eu garde contre les conclusions que l’on déduit des documents statisüques, et surtout contre les méthodes que l’on emploie. Il faut, en général, la plus grande prudence pour reconnaître le degré d’importance de chaque élément influent : les hommes les plus habiles même ont été conduits à des résultats absurdes en attribuant à certaines causes les influences produites par d’autres causes qu’ils avaient négligé de prendre en considération.

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