INFLUENCE DE LA MORALITÉ
En parlant des naissances légitimes et illégitimes, nous avons fait voir que le concubinage tend à produire moins d’enfants mâles : il pourrait en être de même de toutes les habitudes qui énervent les forces; elles ont en même temps pour résultat de diminuer le nombre des conceptions. 11 parait bien constaté en outre que « les femmes qui se prostituent font le moins d’enfants ou sont stériles (i). » Les rapprochements trop précoces des deux sexes amènent des effets semblables, ou produisent des enfants dont la probabilité de vivre est moindre.
Les habitudes d’ordre et de prévoyance doivent aussi exercer une grande influence sur le nombre des mariages et, par suite, sur celui des naissances. L’homme dont le .sort est peu stable, s’il se laisse conduire par le raisonnement, craint de faire partager à une famille les vicissitudes de fortune auxquelles il est exposé : aussi, beaucoup d’économistes ont soutenu avec raison que le moyen le plus efficace de prévenir une surabondance de population dans un paj's, est de répandre les lumières et des sentiments d’ordre et de prévoyance. 11 est évident que le peuple chercherait bien moins à contracter des alliances et à se former un avenir chargé d’inquiétudes, dans un pays où chaque individu trouverait de la peine à pourvoir .à sa propre subsistance. On a cité la grande fécondité de l’Irlande comme un exemple de l’influence que peuvent
(l) Villermé, De la distribution 2>ar mois, etc.
exercer sur la fécondité le .découragement et l’imprévoyance (i). Quand l’homme ne raisonne plus, qu’il est démoralisé par la misère et qu’il vit au jour le jour, les soins de la famille ne le touchent pas plus que ceux de sa propre existence, et, poussé par le seul plaisir du moment, il se reproduit, sans inquiétude pour l’avenir, en remettant, pourainsi dire, à la Providence, qui l’a nourri luiméme, le soin des enfants auxquels il donnera l’existence.
La prévoyance doit rendre aussi les mariages moins féconds, parce que l'homme cherche moins à se reproduire s’il peut craindre que six famille, en devenant trop nombreuse, sente un jour les atteintes du besoin ou même se trouve dans la nécessité de s’imposer des privations et de renoncer à une certaine aisance à laquelle elle était habituée. Je ne doute point que des recherches spéciales, entreprises dans la vue d’éclaircir ce point intéressant, ne viennent un jour conlirmer ces conjectures; elles seraient de la plus grande utilité pour indiquer la marche à suivre dans tout ce qui se rapporte à l’instruction qu’il convient de donne!' au peuple.
Un des exemples les plus frappants des effets de l’indolence, de la pauvreté et de la démoralisation d’un peuple, nous est donné par la province de Guanaxuato, au Mexique, où l’on compte annuellement 100 naissances pour 1608 habitants, et 100 décès pour 1970. x Tel voyageur, dit M. D’ivernois, qui a observé au Mexique le triste concours d’une excessive mortalité, d’une excessive fécondité et d’une excessive pauvreté, l’attribue au bananier, qui assure presque aux Mexicains une alimentation suffisante ; d’autres en accusent la dévorante chaleur du climat, qui
(l) Voyez UD article de M. D'Ivernoifi, ios^r^ danR la TiH/lioth^que imiterselle de GenHe^ mars 1830.
inspire une insurmontable aversion pour le travail, et laisse, en quelque sorte, les habitants de cette zone d’indolence insensibles k tout autre besoin qu'à celui qui pousse les deux sexes l’un vers l’autre. De là les myriades d'enfants dont la plupait n’arrivent point au sevrage, ou n’apparaissent sur les registres que pour faire presque immédiatement place à d'autres, dont les survivants commencent l'inerte et courte existence de leurs devanciers, victimes comme eux de la paresse, de l’ajinthie et des perpétuelles tribulations d’une misère à laquelle ils s’habituent, sans éprouver, plus que leurs pères, le besoin d’en sortir, l’our se faire une idée de ce qui se passe dans cette république, il faut lire le rapport d’un Suisse qui l’a visitée en 1830. Rien n’égale la masse de souillures physiques, morales et politiques dont il a dressé le hideux tableau. Quoiqu’il ait négligé de s’enquérir du nombre des naissances, il l’a deviné, puisqu’il appelle le Mexique une Chhie barbare. »
Les documents de la justice criminelle en France ont fait connaître un résultat assez curieux, c’est que l’époque du maximum des conceptions co'incide à peu prés avec celle où l’on compte le plus de viols et d’attentats à la pudeur. M. Villermé observe avec raison, à ce sujet, que cette coïncidence peut faire naître la pensée que les coupables y sont parfois portés d’une manière irrésistible, et sans avoir tout leur libre arbitre. Cette conjecture acquiert le plus grand degré de probabilité par les recherches que j’exposerai plus loin sur le penchant au crime ; on y verra combien ce sujet est digne de l’attention des philosophes et des législateurs.
La production des enfants illégitimes mérite, de son ^côté, une attention particulière ; sous le rapport politique surtout, elle devrait faire l’objet des recherches les plus