t. 78. Kern. Gen. Plant,, vol. 3. Icon
(Planche 56.)
Cette brillante espèce abonde dans les bois humides de l’Amérique septentrionale. Elle se distingue par ses
fleurs d’un rouge de feu , par sa tige droite , quadrangulaire, garnie de feuilles opposées, sessiles, ovales, terminées en pointe , et d’un joli vert. Les fleurs sont unilatérales , presque sessiles , disposées en épi au sommet de la tige. Le calice est à cinq divisions presque filiformes, persistantes; la corolle est en entonnoir, longue d’environ un pouce , d’un rouge vif en dehors , d’une couleur orangée en dedans , à cinq découpures lancéolées, ouvertes.
Aucun travail chimique n’a été entrepris sur ces deux plantes; toutefois elles paraissent recéler un principe nauséeux, amer, qui les rapproche des poisons. On a meme imposé à la première le nom de Brinvilliers (i). Au rapport de Puinh , elles attaquent l’une et l’autre l’appareil nerveux, causent des vertiges , la dilatation des pupilles , etc. Suivant Chalmers , cité par Murray, la spigélie du Maryland, administrée à forte dose, a produit l’obscurcissement de la vue , des convulsions et la mort. Cependant on a beaucoup prôné en Europe ces deux plantes contre les affections vermineuses. Linné a surtout fait l’éloge de la première espèce dans le cinquième volume des Amœnitates academicœ. Les nombreuses expériences faites en Amérique parle docteur Browne constatent en effet son action éminemment vermifuge; en Suède, une femme a été délivrée de treize vers lombricoïdes qui la tourmentaient horriblement. Le docteur Dahlberg donnait cette plante
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(1) On a voulu faire (Je la marquise de Brinvilliers une autre Locuste; nous ne prétendons point qu’elle fût innocente, mais elle n’avait certainement pas les profondes connaissances qu’on lui a prêtées dans l’art de préparer les poisons.
PH YÏOGRAPHIE
en poudre à la dose de vingt grains , deux ou trois fois par jour, et en infusion jusqu’à deux ou trois gros 5 il continuait ainsi pendant une ou deux semaines en interposant un laxatif tous les quatre jours. Le docteur Home a confirmé par de nouveaux essais les expériences qui avaient été tentées aux États-Unis sur la spigélie du Maryland par Linning, Garden et Chalmers. Gilibert, avec le secours de cette même plante, a guéri un enfant de dix ans en proie à des convulsions occasion ées par un foyer vermineux.
Browne faisait bouillir deux petites poignées de spigélie anthelminthique dans deux livres d’eau réduites à moitié , et il ajoutait à la colature du sucre et du jus de citron ; la dose de ce remède était de deux à quatre onces, matin et soir, pendant trois jours de suite. Il prescrivait en même temps quelques lavemens pour entraîner les vers. Cette boisson faisait dormir comme l’opium ; mais le malade , en s’éveillant , était gai , avait les yeux animés. ( The civil and natural History oj Jamaica .) Linning emploie particulièrement la racine de spigélie du Maryland ; il la donne en poudre à la dose de dix à douze grains , et en infusion à la dose d’un scrupule aux enfans d’environ trois ans. On prend ce remède matin et soir pendant plusieurs jours 5 lorsqu’il ne produit point d’effet laxatif, il convient de donner de temps en temps quelques grains de calomel.
Ces plantes sont rarement employées en France. Malgré leur qualité vermifuge, nous pensons qu’on doit être circonspect sur leur usage , surtout à l’égard des enfans d’un âge encore tendre. D’après l’aveu de Linning et de Brocklesby, elles peuvent exciter un pro-
fond assoupissement , des vertiges et autres symptômes fâcheux. Bergius, qui a souvent employé la spigélie du Maryland, a également signalé son action narcotique, et Van Swieten regarde l’autre espèce comme un remède dangereux pour les enfans. Satis autem patet , omnia hœc valida remedia magna cum cautelâ tantum adhiberi posse, et vix locum habere in teneris inf antibus unquàm. ( Comment, in Boerh. , aphor.j tome 4 , page 656.) Il résulte de ce qui vient d’être dit, que ces médicamens, administrés à hautes doses , peuvent produire les phénomènes propres aux poisons narcotiques âcres. Nous ne pouvons que renvoyer à notre introduction , page 27 , où nous avons tracé les moyens thérapeutiques qui conviennent à ce genre d’empoisonnement.
APOCYNÉES. APOCYNEÆ.
Apocyneœ. Juss.
NÉRIUM. NERIUM.
Calice à cinq divisions. Corolle en entonnoir ; tube insensiblement dilaté , portant à son orifice cinq appendices découpés en deux ou plusieurs lobes ; limbe à cinq divisions obtuses et obliques. Anthères en fer de flèche, conniventes, terminées par un filet coloré. Style simple, stigmate tronqué, porté sur un rebord annulaire. Follicules grêles, allongés, contenant un grand nombre de semences couronnées de poils.
NÉRIUM LAURIER-ROSE. NERIUM OLEANDER .
Nerium oleander. Linn. Spec. 305. DC. Fl. Fr. 2788.
(Planché 57.)
Tout le monde connaît ce charmant arbuste qui , dans la belle saison, orne nos jardins, nos terrasses, nos promenades ; mais bien des gens ignorent ses qualités pernicieuses. Sa tige , haute de six à huit pieds , se divise en plusieurs rameaux verdâtres , longs , flexibles et redressés. Ses feuilles sont opposées, souvent ternées , longues, étroites, fermes, lancéolées, pointues, permanentes , d’un vert foncé , et marquées en dessous par une forte nervure longitudinale. Ses fleurs s’élèvent
en magnifiques corymbes à l’extrémité des rameaux; elles sont d’un rose plus ou moins vif, et quelquefois blanches. On trouve le laurier-rose dans l’Europe australe , où il croît spon tanément ; il abonde dans l’île de Crète , sur le bord des ruisseaux et dans tous les lieux frais. (Sonnini, Voyage en Grèce.) On le retrouve sur les bords de l’Eurotas et dans tous les marais du Péloponèse. (Pouqueville , V oyage en Morée.) Il embellit les rivages du Guadalquivir, le Bétis des anciens. (Fée , Flore de Virgile.)
Dioscoride et Galien ont connu le laurier-rose et ses qualités malfaisantes ; Apulée l’a surtout décrit avec beaucoup de précision dans son Ane d’or, livre 4* C’est le rhododendron de Pline. Suivant ce naturaliste, il est un poison pour les bêtes de somme, les chèvres et les brebis, Jumentis, cap ris que et ovibus venenum est. ( Hist . nat.,Y\b. 16, cap. 20.)
PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES
Les expériences des modernes ont confirmé l’observation des anciens : les chevaux , les ânes , les mulets , les chèvres, les moutons, les chiens , etc. , succombent sous l’influence délétère de cet arbuste, qui recèle dans toutes ses parties un principe vireux , âcre et volatil. Ses divers produits , l’infusion, la décoction des feuilles et des rameaux , l’eau distillée , l’extrait des feuilles, sont vénéneux.
Un fait recueilli par Morgagni prouve son action prompte et funeste sur l’homme : le suc des feuilles , mêlé avec du vin, occasiona à une femme de soixante ans des vomissemens affreux, suivis de syncope et
PHYTOGlt APHIE
d’aphonie. Son pouls était petit , faible , tendu 5 ses lèvres noires : elle mourut neuf heures après avoir avalé ce poison. Le corps était violet postérieurement depuis la tète jusqu’aux pieds-, la partie antérieure était dans l’état naturel. Le ventre n’était point météorisé ; il conservait un peu de chaleur, ainsi que la poitrine, bien qu’il se fût déjà écoulé dix-sept heures depuis la mort. Les vaisseaux sanguins de l’estomac, des intestins et de l’épiploon étaient très-distendus. L’estomac et le duodénum contenaient une petite quantité d’un liquide verdâtre -, on ne remarquait aucune altération dans les membranes. La face postérieure du poumon droit était rouge et adhérente 5 le poumon gauche était flétri. Tous les autres viscères de la poitrine et du bas-ventre étaient d’ailleurs dans l’état naturel. (Morgagni, de sedibus et causis morborum, epist. 59.)
On rapporte que des soldats français périrent dans l’île de Corse, où le laurier-rose est très-commun, pour avoir mangé des volailles qu’ils avaient fait rôtir avec des branches de cet arbuste. Plenck a inséré dans sa Toxicologie un fait semblable , extrait du Traité des Poisons de Libautius.
Le 29 mars 1829, une jeune veuve avait pris une forte décoction de feuilles de laurier-rose , qu’on lui avait indiquée comme un emménagogue efficace. Quelques instans après elle fut prise de nausées et de vomissemens accompagnés d’une céphalalgie violente , d’entéralgie avec un sentiment de feu à la gorge , d’angoisses , de convulsions et de fréquens évanouissemens. Le pouls était concentré , intermittent , presque éteint. On lui donna d’abord une certaine quantité de lait qui fut
presque aussitôt rejeté. M. le docteur Martini , appelé environ trois quarts d’heure après l’empoisonnement , fit prendre à la malade environ trente grains d’ipécacuanha en trois doses , et puis une nouvelle dose de dix grains dans une émulsion de gomme arabique. Ce vomitif agit merveilleusement, et dissipa peu à peu tous les symptômes graves. Le lendemain , quelques lavemens et une solution de sulfate de magnésie complétèrent la guérison. (Larber, sut Funghi Saggio generale.)
M. Loiseleur-Deslongchamps dit qu’un malade, à qui l’on avait conseillé trois grains de laurier-rose en poudre, en ayant pris douze grains à la fois, eut des vomissemens abondans et douloureux, accompagnés d’éblouissemens , de défaillances et de sueurs froides. Une grande quantité d’eau sucrée et une potion éthérée calmèrent tous ces accidens. Ce médecin a essayé sur lui-mème l’extrait des feuilles -, il a commencé par de petites doses, et successivement il a fini par en prendre dix grains. Alors il a perdu l’appétit ^ il a éprouvé une courbature douloureuse dans les membres, une débilité musculaire très-prononcée, avec un malaise universel.
Les phénomènes suscités par le laurier-rose sont ceux des poisons narcotiques acres. On y remédie par les boissons délayantes , par des potions émétisées, si le malade n’a point vomi. On passe ensuite à une méthode émolliente ou tonique , suivant l’état d’irritation ou de faiblesse.
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PROPRIÉTÉS MÉDICALES
Cet arbuste n’est plus consacré aux usages médicinaux. On employait autrefois en topique la décoction des feuilles pour exciter le système dermoïde , dans les cas de dartres et de gales rebelles -, on a meme essayé intérieurement l’extrait contre ces mêmes affections. Ceux qui voudront se livrer à de nouveaux essais ne doivent pas oublier que les divers produits obtenus du laurier-rose sont de violens poisons , non-seulement pris à l’intérieur, mais encore appliqués sur la peau , et à plus forte raison si cet organe se trouve ulcéré. La poudre des feuilles , employée pour exciter la membrane olfactive , est un puissant sternutatoire , qui peut également donner lieu à de graves accidens. Les propriétés délétères de ces arbustes s’exaltent dans les pays chauds-, ceux qu’on cultive dans le Nord sont moins vénéneux. Ils varient pour la nuance de la fleur j il y en a à fleurs blanches, à fleurs couleur de chair, à fleurs panachées.
Le nérium odorant est aussi une très-belle espèce qu’on cultive dans les jardins, mais elle est plus petite et plus délicate ; ses fleurs sont odorantes , d’un rose plus ou moins vif, ou blanches. Cet arbuste, originaire de l’Inde , est également délétère.
APOCYN. APOCYNUM.
Calice très-petit, à cinq divisions. Corolle campanulée, à cinq lobes roulés en dehors. Ovaire entouré de cinq corps glanduleux. Anthères conniventes, bifides à leur base. Style très-court; stigmate large. Follicules longs et aigus. Semences couronnées d’une longue aigrette.
APOCYN GOBE-MOUCHE. APOCYNUM ANDROSÆMI FOLIUM.
Apocynum androsœmifolium. Linn. — Apocynum cancidense. Bocc. Sic. 35. t. 16. f. 3.
Originaire du Canada et de la Virginie , cet apocyn se distingue par ses bouquets de fleurs d’une nuance purpurine. Sa tige rougeâtre, rameuse, haute d’environ deux pieds, se divise en rameaux garnis de feuilles opposées , ovales , pointues , portées sur de courts pétioles, vertes en dessus, d’une couleur plus pâle en dessous , légèrement pubescentes en leurs bords et sur leurs nervures postérieures. Les fleurs naissent en bouquets ombelliformes aux sommets de la tige et des rameaux \ elles sont d’un rouge plus ou moins foncé en dehors, blanches intérieurement. On cultive cette jolie plante pour la décoration des jardins. Elle est remplie d’un suc laiteux très-caustique , qui enflamme et ulcère la peau. Ses émanations ont quelquefois produit le gonflement de la face et des mains.
Les fleurs de cette espèce exsudent une liqueur mielleuse qui attire les mouches ; mais à peine ces insectes ont-ils insinué leur trompe entre les corpuscules glan-
duleux qui entourent F ovaire , qu’ils se trouvent pris comme dans un piège. On trouve souvent deux ou trois mouches engagées dans la même fleur.
APOCYN A FLEURS HERBACÉES. APOCYNUM CANNABJNUM.
Apocynum cannabinam. Linn. — Apocynum canadense.
Moins. Hist. 3. 609. t. 3. f. 14.
Ses tiges sont herbacées, rougeâtres, pubescentes dans leur partie supérieure, hautes d’environ trois pieds , garnies de feuilles ovales , vertes en dessus avec quelques poils rares , blanchâtres et cotonneuses en dessous. Les fleurs sont petites , d’une couleur herbacée ou d’un vert blanchâtre , disposées en corymbe , et soutenues par des pédoncules pubescens. Les fruits sont longs, très-grêles, presque semblables à des aiguilles.
Cette plante , qu’on cultive au Jardin du Roi , est également imprégnée d’un suc laiteux très-âcre. Plenck l’a rangée parmi les poisons , ainsi que l’apocyn maritime ( apocynum Venetum. Linn.). Cette dernière espèce croît en Italie, aux environs de Venise et dans les îles Adriatiques 5 elle a des feuilles oblongues , saliciformes, finement dentées et d’un joli vert. Ses fleurs sont purpurines , blanches dans une variété , disposées en bouquets lâches au sommet des rameaux. L’apocyn maritime répand une odeur forte, nauséeuse ^ ses feuilles tuent les chiens , les loups , les renards , etc.
CYMANQUE. CYNJNCHÜM.
Calice très-petit , à cinq dents. Corolle presque en roue; limbe plane à cinq divisions longues et linéaires. Centre de la fleur occupé par un corps cylindrique , oblong, droit et denté. Anthères aduées à la face interne des filamens. Style très-peu apparent ; deux stigmates. Follicules oblongs et aigus.
CYNANQUE DE MONTPELLIER. CYNAJSCHUM MONSPELIACUM .
Cjnanchum monspeliacum. Linn. Spec. 311. DC. Fl. Fr.
2789. Jacq. Plant. Rar. t. 340.
D’une racine longue et traçante s’élèvent des tiges herbacées , cylindriques , sarmenteuses , volubiles et pleines d’un suc laiteux. Les feuilles sont pétiolées, arrondies, cordiformes, un peu pointues et veinées. Les fleurs sont blanchâtres, attachées à des pédoncules rameux , disposées en corymbes latéraux -, la corolle offre six divisions allongées, étroites et très-ouvertes.
On trouve cette plante aux environs de Montpellier et de Narbonne, dans les terrains sablonneux. Elle se reproduit sous une variété dont les feuilles sont moins larges, plus pointues, et les pédoncules communs plus allongés. On en obtient un suc gommo-résineux qu’on substitue quelquefois à la scammonée de Syrie, mais qui est moins énergique ; ce suc épaissi porte le nom de scammonée de Montpellier.
CYNANQUE DROITE. CYNANCHUM ERECTUM.
Cjnanchum erectum. Linn. Spec. 311. Jacq. Hort.
Vind. t. 38.
Cette espèce a des tiges droites, glabres, un peu rameuses, hautes d’environ trois pieds. Ses feuilles sont opposées , pétiolées , cordiformes , pointues , d’un vert un peu glauque. Ses fleurs sont nombreuses , blanches, disposées en corymbes latéraux , lâches , situés vers la partie supérieure des tiges. La corolle est divisée profondément en lanières oblongues, un peu obtuses, s’ouvrant en étoile. Cette plante est originaire de la Syrie ; elle contient un suc laiteux très-âcre , d’une qualité drastique.
Au rapport dePuinh ( materia venenaria ), un demigros de feuilles a produit sur un chien des vomissemens , des convulsions et la mort , bien que l’animal eût rejeté le poison.
Quelques autres végétaux appartenant au même genre se font également remarquer par leur énergie. Le cjnanchum viminale, espèce volubile , dont la tige est nue, filiforme, contient un suc très-caustique. Le cjnanchum arguel de Delille purge avec violence $ ses feuilles servent à sophistiquer le séné d’Égypte. Le cjnanchum vornitorium et le cjnanchum tomentosum de Lamarck manifestent des propriétés analogues à celles de l’ipécacuanha , et remplacent dans divers pays cette racine.
PÉRIPLOCA. PER1PLOCA.
Calice à cinq dents. Corolle à cinq divisions profondes et ouvertes. Cinq ûlamens alternes avec les divisions. Semences aigrettées.
PÉRIPLOCA DE GRÈCE. PERIPLOCA GRÆCA.
Periploca grœcci. Linn. Spec. 309. Duham. Arbr. 2. t. 11.
Ses tiges volubiles, hautes de vingt à trente pieds , se divisent en rameaux minces , souvent entrelacés les uns dans les antres, garnis de feuilles ovales, aiguës à leur sommet et d’un vert luisant. Les fleurs sont disposées en petits corymbes axillaires , d’un pourpre foncé , d’une odeur nauséeuse $ la corolle est garnie intérieurement et sur ses bords de poils courts, blanchâtres, très-serrés.
Cet arbrisseau est depuis quelque temps répandu dans nos bosquets, où son beau feuillage sert à couvrir les murs, à former des tonnelles et des berceaux. Ses feuilles sont vénéneuses pour les chiens et les loups. On les recueille en Syrie pour les mêler au vrai séné , qui acquiert alors des propriétés très-actives et purge avec violence.
Le périploca à feuilles étroites ( periploca angastifolia) , autre arbrisseau d’ornement , à fleurs blanches au centre et largement bordées de pourpre , est également vénéneux.
Le périploca scammonée (periploca scammonium } est encore un arbrisseau grimpant qui croît en Égypte, et qui fournit un suc laiteux très-âcre. Ce suc bruni et
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épaissi par la dessiccation est la scammonée de Smyrne , purgatif drastique et dangereux.
ASCLÊPIAS. ASCLEPIAS.
Calice petit , à cinq dents. Corolle en roue , à cinq lobes ouverts et réfléchis. Cinq appendices en forme de cornets s’inclinant vers le centre de la fleur. Étamines larges, formant un tube pentagone autour du stigmate , et portant chacune intérieurement une anthère à deux loges. Deux ovaires surmontés d’un seul stigmate pentagone. Follicules oblongs, aigus, souvent renflés, contenant des semences couronnées d’aigrettes.
ASCLEPIAS DOMPTE-VENIN. ASCLEPIAS VIS CE roxic CM.
Asclepias vincetoxicum . Linn. Spee. 314. DC. Fl. Fr. 2790. Fl. Dan. t. 849.
(Planche 58.)
De sa racine horizontale, noueuse, chargée d’une multitude de fibres , s’élève une tige simple , faible , cylindrique , haute d’environ un pied , portant des feuilles opposées , ovales , pointues , un peu cordiformes , pétiolées , d’un vert foncé en dessus , d’un reflet plus pâle en dessous. Les fleurs sont disposées par petits bouquets pédoncules dans les aisselles supérieures des feuilles et au sommet de la tige. La corolle est d’un tissu compacte , blanche, avec une légère teinte verdâtre. Cette plante habite les lieux incultes , les bois secs et sablonneux ; elle est assez commune aux environs de Paris.
La racine fraîche du dompte-venin manifeste une
odeur forte , nauséeuse , une saveur âcre ; son suc passe pour délétère. Elle fournit un principe gommo-résineux, un principe volatil âcre , et de Eoxalate de chaux. Haller et Bulliard regardent cette plante comme vénéneuse ; suivant ce dernier , elle aurait excité de violens vomissemens. Je ne sais s’il existe des faits qui prouvent son action malfaisante-, mais je pense qu’on doit la tenir pour suspecte à cause de ses affinités avec d’autres espèces dangereuses.
La dénomination hyperbolique de cet asclépias annonce les grandes vertus que des naturalistes et des médecins peu exacts lui ont jadis attribuées. Les principes âcres et stimulans que renferme sa racine peuvent la rendre diaphorétique dans quelques circonstances; mais qui voudrait en faire usage contre les maladies ataxiques , la peste , l’hydrophobie , d’après l’autorité de Tragus , de Chomel , et autres auteurs surannés P
ASCLÉPIAS DE SYRIE. ASCLEPIAS S Y RI AC A . Asclépias Syriaca. Linn. Spec. 313. DC. Fl. Fr. 2792.
(Planche 5q.)
Originaire de l’Orient , cette espèce s’élève à la hauteur de deux à trois pieds sur une tige droite, simple, verdâtre , parsemée de points d’un pourpre obscur vers la base. Les feuilles sont larges, ovales, opposées, vertes en dessous, cotonneuses en dessus. Les fleurs sont disposées au sommet de la tige en ombelles penchées et bien garnies. La corolle est rougeâtre ou blanchâtre , tout-à-fait réfléchie sur le calice. Les follicules
sont remplis d’une espèce de coton très-fin , blanc , soyeux, ce qui a fait donnera cette plante le nom d’apocjn à la ouate. On la cultive dans nos jardins, où elle s’acclimate parfaitement.
L’asclépias de Syrie contient un suc laiteux trèsâcre , drastique, délétère pour les loups, les renards , les chiens , etc. Les fleurs répandent une odeur pénétrante , qu’on ne peut respirer long-temps sans être incommodé.
L ' as clepias gigantea , qui porte de grandes et belles fleurs d’un jaune safrané , disposées en ombelle à l’extrémité de la tige , est aussi un poison irritant. Ses feuilles sont remplies d’une liqueur laiteuse qui a produit , à la dose d’une demi-once , les plus violens symptômes. L 'asclepias procera , Yasclepias curas savica , provoquent le vomissement , et sont employés dans divers pays à la place del’ipécacuanha. L 'asclepias decumbens est escharotique , cathartique. (Coxe, the American Dispensatory.)
L’ asclepias nigra de Linné paraît avoir de grands rapports avec l’apocyn des anciens , que Galien et Dioscoride rangent parmi les poisons. Celui-ci fait périr les loups, les panthères, les renards, les chiens , après avoir paralysé les extrémités postérieures. D’après Pline , il est mortel pour tous les quadrupèdes.
Cette espèce a une tige un peu grimpante, des feuilles ovales , lancéolées, des bouquets de fleurs d’un pourpre noirâtre, et des semences semblables à celles du domptevenin ; elle croît dans les provinces méridionales delà France. Son suc est lactescent, jaunâtre et d’une grande âcreté.
La famille des apocynées compte quelques autres genres de plantes dont on a observé les effets irritans.
L’écorce, les feuilles et les fruits du cerbera allouai, du cerbera manghas, du cerbera thevetia, passent pour d’affreux poisons ; ces arbres exotiques distillent une liqueur laiteuse très-corrosive.
On cultive en France le cerbera manghas . C’est un arbrisseau à tige droite , rameuse , à feuilles ovales , lisses et veinées. Les fleurs sont grandes , fort belles , et d’une odeur suave 5 le limbe est d’un blanc pur , la gorge d’un rouge cramoisi.
Le plumeria rubra , magnifiquement représenté dans YHortus deKerner, tab. 3i , est drastique et puissamment délétère 5 son suc brûle le linge comme l’acide nitrique.
L 'echites suberecia produit la gastrodynie , des nausées, des efforts de vomissemens répétés , des convulsions générales et la mort 5 son suc, administré à la dose de deux gros , a fait périr un chien dans l’espace de huit minutes. (Puinh.)
Enfin on trouve dans les genres C amer aria , Tabernœmontana , Stapelia , des plantes fétides et vénéneuses.
MÉTHODE CURATIVE
Les propriétés actives des apocynées résident principalement dans un suc laiteux , âcre , irritant, plus ou moins caustique et amer. La plupart de ces végétaux exercent une action véhémente sur le canal alimentaire , provoquent des évacuations douloureuses et prolongées à la manière des drastiques. Quelquefois ils
portent une influence spéciale sur le système nerveux , produisent des convulsions, des spasmes variés, un état de stupeur , etc. Ces divers accidens réclament des méthodes curatives sagement combinées. On donnera des boissons tièdes, abondantes, afin de faire rejeter le poison $ et , si elles ne suffisent point , on administrera un vomitif. La surexcitation du canal alimentaire , les douleurs vives doivent faire proscrire le tartre émétique , l’ipécacuanha et autres évacuans -, il faut se borner aux boissons adoucissantes souvent répétées , aux clystères émolliens , aux fomentations anodines. On ne se hâtera point d’administrer les acides , l’eau vinaigrée , à moins qu’il ne survienne un état de stupeur. Les symptômes nerveux avec faiblesse demandent l’usage de l’éther , des antispasmodiques et des excitans modérés. Les saignées générales ou locales ne doivent être pratiquées que dans les cas d’inflammation ou de congestion vive de quelque organe $ leur imprudent emploi peut donner lieu à une asthénie mortelle , parce que les poisons attaquent d’une manière directe les forces de la vie.
Nous quittons un groupe de végétaux mal faisans pour entrer tout à l’heure dans une famille non moins riche en poisons tous originaires de l’Inde -, mais que le lecteur veuille bien auparavant faire ici , avec nous, une courte station , et recevoir avec indulgence un faible souvenir des Pyrénées. S’il daigne nous suivre par la pensée dans ces belles montagnes , il entendra de loin les mugissemens du Gave , et il n’aura à craindre ni l’ouragan ni les avalanches.
PYRÉNÉES. VALLÉE d’arGELÈS.
Nous arrivons à Tarbes à dix heures du soir. Mon cœur bat d’impatience , et je goûte à peine quelques instans de sommeil. Aux premiers bruits du matin , je suis debout , et je parcours rapidement la ville , qu’arrosent de nombreux ruisseaux. A six heures, nous voici déjà dans la plaine , aspirant avec délice l’air vif et salubre qui s’échappe des Pyrénées. Rien n’égale la richesse de cette plaine, où de magnifiques champs de maïs , de belles prairies , des fruits de toute espèce et des eaux limpides charment tour à tour les yeux.
Nous suivons la route de Lourdes , laissant à gauche celle de Bagnères. Encore quelques instans, et la vallée d’Argelès va nous sourire. La voilà qui s’ouvre ; peu à peu elle se déploie , elle s’évase , elle s’arrondit , et forme une espèce de bassin chaudement éclairé par les rayons du soleil. Sur le fond légèrement vaporeux de l’horizon se dessinent de hautes montagnes , élançant jusqu’aux nues leurs pyramides étincelantes de neige. O l’admirable perspective! ô la délicieuse vallée! Mes yeux ne peuvent se lasser de contempler ces champs fertiles qui la couvrent, ces bosquets qui la parfument, ces pelouses riantes qui l’embellissent , ces ruisseaux resplendissans de lumière qui la traversent en répandant partout la vie et la fécondité ; ces hameaux , ces charmans villages disposés en amphithéâtre sur les flancs de la montagne 5 ces nuages argentés qui courent sur un ciel d’azur et se balancent majestueusement au-dessus des rochers ; ces sites pittoresques , ces collines avec leurs mouvemens divers, là sombres et arides, ici
pleines de fraîcheur et de grâce $ ces bois vigoureux qui descendent de la crête des monts jusqu’aux bords du Gave , où ils forment des voûtes de la plus belle verdure.
Je laisse mon cheval et mon guide dans la vallée pour aller visiter l’abbaye de Saint-Savin , assise gracieusement à droite sur le versant de la colline. Là m’attendaient de nouvelles impressions , une vue plus admirable encore. Que j’aime ce site enchanteur ! quel pieux et doux recueillement inspire cette chapelle gothique ainsi rapprochée du ciel î quels souvenirs elle réveille ! quels sentimens elle fait naître ! Des frênes , des châtaigniers , des hêtres l’ombragent de leurs rameaux touffus. Les brises du soir y font entendre leur ineffable murmure , où se mêlent les chants des pasteurs , les sonnettes des troupeaux et le bruit des torrens que les échos propagent au loin dans la vallée. Oui , je crois voir errer sous ces frais ombrages l’homme souffrant , prêt à se rendre aux sources minérales. C’est là que , sous l’inspiration de la foi , le cœur rempli d’amour et d’espérance , il adresse au ciel sa fervente prière-, c’est là qu’il lui demande ce calme moral, sans lequel les douleurs physiques ne sauraient s’adoucir 5 c’est là , dans ce temple champêtre, qu’il vient accomplir son vœu au retour des eaux... Us sont passés ces jours de nos simples aïeux 5 une philosophie hautaine les a flétris de ses amères dérisions.
Je descends au village de Pierrefite , où je retrouve mon guide. Nous prenons le chemin de Saint-Sauveur en suivant les sinuosités d’une gorge ténébreuse. Ici tout se rembrunit , tout prend une physionomie sévère.
Quel contraste avec les lieux charmans que nous venons de quitter ! L’élévation et l’âpreté des monts , l’escarpement des rochers, leur aspect sombre et menaçant , le silence qui plane sur les hauteurs , tandis que le Gave s’agite et gronde dans un abîme ; quelques faibles rayons de lumière qui tremblent dans cette imposante solitude -, voilà un spectacle impossible à décrire , une sorte d’harmonie sauvage qui remplit l’ame d’un mélange d’admiration et de terreur dont le souvenir ne saurait s’effacer.
Au milieu des quartiers de roche que les torrens ont arrachés de la montagne, et qui sont venus bondir sur la route , l’hellébore pied de griffon étale son feuillage verdâtre et profondément incisé : ses fétides exhalaisons , mêlées à l’odeur forte que répandent des masses de buis éparses çà et là , font sur mes sens une impression fâcheuse. Hâtons-nous de fuir ces tristes lieux. Mais voici des plantes amies qui viennent nous sourire : c’est la clématite , arbuste chéri des voyageurs , qui fait flotter sa blonde chevelure au milieu des buissons 5 c’est la valériane des Pyrénées avec sa taille svelte, que couronnent des bouquets de fleurs du plus doux incarnat. Enfin la plaine de Luz se dessine avec ses prairies , ses ruisseaux , ses champs parfaitement cultivés.
Un chemin d’un aspect romantique me conduit à Saint-Sauveur, lieu charmant où s’élève un groupe d’élégantes maisons, au milieu delà plus fraîche verdure. Je parcours tous ces petits sentiers qui sont comme suspendus au-dessus de la rive gauche du Gave 5 ces allées mystérieuses, témoins discrets des plus doux
PHYTOGUAPHIE
épanchemens. Là je repose délicieusement ma vue sur les beaux sites , sur les odoriférans bocages qui m’entourent. Un charme indéfinissable pénètre mon âme , la remplit et la transporte -, je marche , j’admire , je rêve au milieu du calme le plus parfait. Ah! je voudrais passer ici, non quelques heures, mais ma vie entière , dans cette paix du cœur qui me fait oublier toutes les misères humaines. Sans parler de la douce température des eaux de Saint-Sauveur , de leurs vertus bienfaisantes contre ces irritations , ces anomalies nerveuses, maux bizarres et trop souvent réfractaires à toutes les ressources de l’art, que ne doit-on pas attendre de l’air pur et frais qu’on y respire (i)?
Mais , au milieu de ces impressions délectables, le soleil dorait à peine de ses rayons mourans les flancs supérieurs des rochers; les ombres descendaient dans la plaine , où régnait une teinte douce et vaporeuse , tandis que la lune apparaissait sur les hauteurs avec son disque redoublant de clarté à mesure que l’incarnat du couchant pâlissait dans les airs. Je quitte avec peine cette charmante solitude, et je gagne lentement le village de Luz. Là, tout près d’une vieille église, je trouve un gîte passable et un souper frugal qui me
(1) Lisez M. le docteur Bourdon, si vous voulez savoir quels sont les maux que les bains de Saint-Sauveur peuvent dompter ou adoucir. Son livre est particulièrement consacré aux eaux minérales de France et d’Allemagne. Vous y trouverez les renseigne** mens les plus exacts sur leurs vertus et leur emploi , les conseils les plus sages touchant l’hygiène que vous devez suivre pendant la saison des eaux , et tout cela écrit d’un style clair, spirituel , attrayant.
paraît délicieux, grâce aux fatigues d une longue journée. Bientôt le dieu des songes vient se balancer sur ma paupière $ il m’entoure de ses plus doux pavots, et je m’endors au bruit du Gave qui retentit au pied de mon gîte.
STRYCHNÉES. STRYCHNEÆ.
Strjclineœ. DG.