RENONCULE SCÉLÉRATE. RANUNCULUS SCELERATES
Ranunculus scelevatus. Linn. Spec. 776. DC. FL Fr. 4639.
Fl. Dan. t. 311.
Cette espèce, dont le nom indique F âcreté vénéneuse , a des tiges droites , épaisses , feuillées , rameuses , hautes d’un à deux pieds. Les feuilles radicales sont d’un vert jaunâtre, pétiolées, palmées, divisées en lobes arrondis , celles de la tige ont des incisions plus
profondes et plus étroites. Les fleurs sont d’un jaune pâle, pédonculées, très-petites et terminales. Les ovaires se développent dès l’épanouissement de la corolle, et forment une tête oblongue, un peu conique. Les semences sont nombreuses, lisses, presque orbiculaires , un peu comprimées latéralement.
La renoncule scélérate habite les lieux humides , les marais , les étangs. On la nomme vulgairement renoncule des marais , grenouillette d’eau. Sa puissance délétère réside dans un principe âcre très-volatil. Les racines sont beaucoup moins âcres que les autres parties de la plante. Les feuilles , les fleurs , et surtout les ovaires et les jeunes graines, sont extrêmement caustiques. Si on les soumet à la plus légère mastication, on éprouve à l’instant un sentiment de feu dans toute la bouche 5 et si l’on répète cette expérience, la langue s’enflamme , s’excorie , se couvre d’ampoules , de fissures , accompagnées d’une douleur insupportable. Les feuilles récentes appliquées sur la peau l’enflamment, et la déchirent très-promptement.
PROPRIÉTÉS DÉLÉTÈRES
Krapf ayant avalé immédiatement après son dîner une seule fleur contuse , éprouva bientôt des défaillances , des douleurs aiguës et des spasmes dans plusieurs parties de l’abdomen. Il se guérit en prenant quinze gouttes de baume du Pérou et trois ou quatre verres d’eau froide. Deux gouttes de suc exprimé delà plante firent naître les mêmes symptômes , avec cette différence, qu’une douleur brûlante et convulsive se faisait sentir dans toute l’étendue de l’œsophage. Le
baume du Pérou exaspéra la douleur; mais elle s’apaisa en partie par l’eau froide. L’œsophage, légèrement excorié, fut douloureux pendant six jours.
Un chien fut empoisonné avec une demi-once du suc de la renoncule scélérate. La tunique interne de l’estomac était enflammée , corrodée sur différens points. Le pylore était enflé , extrêmement rétréci, et d’un rouge livide.
Si l’animal boit une grande quantité d’eau immédiatement après qu’on lui a fait avaler le poison , il n’en éprouve aucun effet sensible. L’aleohol , le vin , la bière et surtout le vinaigre , par leur mélange avec ce suc , en augmentent singulièrement l’âcreté> L’eau affaiblit tellement son action délétère, qu’on peut avaler impunément un demi-gros de suc mêlé avec six onces de ce liquide. Le suc, épaissi jusqu’à consistance d’extrait, devient insipide et inerte. La plante , desséchée à l’air, ne conserve aucune âcreté ; on peut la mâcher, en avaler même une forte dose sans aucun inconvénient. Deux pincées de feuilles et de fleurs récentes bouillies dans une livre d’eau pendant l’espace de deux heures , perdent toute leur énergie , en sorte qu’on peut les manger en les assaisonnant comme les plantes potagères ; l’eau elle-même est dépourvue de toute espèce d’âcreté. L’infusion est au contraire très-âcre , elle brûle et corrode la langue : mais , si on la prolonge pendant cinq ou six jours , elle perd peu à peu ses principes caustiques.
D’après les expériences réitérées de Krapf, les feuilles d’oseille détruisent la causticité de l’herbe fraîche ; les groseilles non mûres possèdent la même vertu , mais à un degré moins éminent. Le suc du melisso -
phyllum , le vinaigre, antidotes vantés par les anciens, le sucre, le miel, le sel, développent son énergie. (Caroli Krapf, Expérimenta de nonnullorum ranunculorum venenatâ qualitate. Yiennæ Austriæ, 1766.)
Les médecins, les naturalistes, les agronomes de tous les pays ont observé les effets délétères de cette renoncule sur les bestiaux -, elle est surtout funeste aux moutons, dont elle ronge et gangrène les intestins. Ce poison, pris intérieurement, cause la cardialgie, des angoisses, des douleurs inexprimables, des syncopes, des mouvemens convulsifs, le rire sardonique. Les meilleurs remèdes sont l’eau pure , les boissons émollientes, oléagineuses, le lait coupé, qu’il faut prendre cà grandes doses.
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RENONCULE SARDONIQUE. RANVNCZJLUS SARDOUS.
RanunCulus sai'dous. Crantz. Stirp. Austr. p. 84. — Rammculus apii folio lanuginosus. C. Bauh. Pin. 180.
Cette espèce a de grands rapports avec la renoncule scélérate: elle en diffère par ses feuilles plus larges, plus divisées, hispides; par ses fleurs un peu plus grandes , et par ses épis beaucoup plus courts. Les calices sont velus, réfléchis, colorés 5 la corolle est d’un jaune luisant. Les semences sont petites, comprimées, terminées à leur sommet par une petite pointe droite, aiguë, qui n’existe point dans la renoncule scélérate. Au reste, soit qu’on la considère comme une espèce distincte , ou comme une simple variété , elle n’est pas
moins corrosive. On la trouve au bord des étaugs, dans les marais , en Autriche , dans l’île de Sardaigne , et dans nos provinces méridionales.
Est-ce la plante que les anciens appelaient herbe de Sardaigne , herba Sardoa, laquelle produisait une sorte de mouvement convulsif des lèvres (rire sardonique) ? Virgile fait mention de cette plante vénéneuse dans sa septième églogue :
lmo ego sardois videar libi amarior herbis.
La plupart des renoncules , surtout les deux espèces ou variétés que nous venons de décrire, causent des contractions , des mouvemens spasmodiques des muscles de la face et des lèvres , une sorte de rire forcé et convulsif qu’on a appelé rire sardonien , rire sardonique.