ACTÉE EN ÉPI. ACTÆA SP IC AT A
Actœa spicata. Linn. Spec. 722. DC. Fl. Fr. 4686.
Fl Dan. t. 498.
(Planche 107.)
Sa racine , droite , herbacée , un peu rameuse , a un ou deux pieds d’élévation. Ses feuilles sont glabres , d’un vert un peu luisant , deux ou trois fois ai-
lées, à folioles ovales, lancéolées, dentées en scie, et plus ou moins incisées. Les fleurs sont blanches, petites, pédonculées, disposées en épi court et ovale 5 les étamines sont plus longues que la corolle. Les fruits sont des baies noirâtres dans leur maturité. Cette plante croît dans les bois montagneux de presque toute la France. Ses racines , noirâtres , un peu ligneuses , sont quelquefois substituées à celles de l’hellébore noir.
L’actée en épi, qu’on appelait autrefois herbe de saint Christophe , jouit de propriétés vénéneuses trèsénergiques. Les feuilles exhalent une odeur fétide lorsqu’on les froisse entre les doigts 5 elles sont amères, âcres et vésicantes. La racine, récemment cueillie, purge à la manière des hellébores. Administrée à forte dose , elle peut donner lieu aux plus graves accidens. Les fruits sont narcotiques 5 ils ont produit le délire et la mort.
L’actée à grappes ( actœa racemosa , Lî&n.) , qui croît dans les lieux humides du Canada , de la Floride , de la Virginie , est également délétère. Schœpf dit que les Américains se servent de la racine pour purger les chevaux.
PH YT O GRAPHIE
POPULAGE. CALTHA .
Calice nul. Pétales au nombre de cinq, ou davantage. Cinq à douze capsules comprimées , pointues , ouvertes.
POPULAGE DES MARAIS. CALTHA PALUSTRIS.
Caltha palustris. Linn. Spec. 784. DC. Fl. Fr. 4684.
Fl. Dan. t. 668.
(Planche 108.)
Voici le mois d’avril. L’hirondelle revient des régions australes , portée sur les vents embaumés. Déjà le coucou fait entendre sur les collines son chant monotone ; les pelouses reverdissent près des ruisseaux, et au milieu des cressons , des menthes , des cardamines , de toutes ces herbes pleines de vie , de santé, de fraîcheur, le souci des prés vient étaler ses corolles d’or.
Cette plante , d’un extérieur robuste , fort commune le long des ruisseaux , dans les lieux marécageux , dans les pâturages humides , a dçs racines blanchâtres et fibreuses , d’où s’élèvent des tiges cylindriques , creuses , un peu rougeâtres , hautes d’environ un pied. Les feuilles , attachées à de longs pétioles , sont d’un vert glacé , grandes , arrondies , réniformes , crénelées , quelquefois simplement ondulées , et presque entières. Les fleurs sont d’un beau jaune lustré , composées de cinq pétales oblongs , d’un grand nombre d’étamines , et de dix à douze ovaires , qui se convertissent en capsules polyspermes.
On la désigne sous différens noms. Celui de popu-
lage dérive de populus , peuplier, c’est-à-dire plante qui croît aux lieux humides parmi les peupliers. Le nom de souci des prés lui vient de la couleur de sa corolle. Celui de caltha est syncopé d’un mot grec qui signifie corbeille $ en effet sa fleur ressemble en quelque sorte à une corbeille d’or. On l’appelle en anglais marj-gold , or de Marie, parce qu’elle paraît au printemps, vers la fête de la Vierge. On la cultive pour ses belles fleurs d’un jaune satiné ; elle réclame un sol un peu humide.
On doit ranger cette plante parmi les poisons âcres. Haller, Ehrhart, Allioni , Giulo, Caels, Brugmans , assurent qu’elle est dangereuse pour les bestiaux. Toutefois Gmelin dit que les chèvres , les moutons , les bœufs la mangent sans inconvénient, ce qu’il faut peut-être attribuer à la nature du sol ou à l’âge de la plante. Lorsqu’elle sort de terre , elle n’a presque point d’âcreté; mais elle devient virulente et corrosive à mesure qu’elle approche de la floraison. Les bestiaux qui la broutent alors éprouvent des tranchées , des phlogoses viscérales. Caels observe que , dans la grande disette des fourrages, les vaches y touchent à peine, et que, si elles en mangent , elles sont attaquées d’une inflammation violente dans l’oesophage et le ventricule , qui les fait périr. ( Dissertcitio de plantis Bel gii venenatis ,)
Brugmans a éprouvé sur lui-même l’herbe naissante , à forte dose , sans en être incommodé -, mais une trèsfaible quantité de la plante adulte lui a causé un si grand malaise, qu’il a craint de continuer ses expériences. ( Dissertatio phjsico - botanica. )
PIVOINE. PÆONIA.
Galice à cinq folioles persistantes. Corolle à cinq pétales, ou plus. Deux à cinq ovaires, chargés de stigmates épais. Capsules ovales, ventrues, cotonneuses, contenant plusieurs semences arrondies et luisantes.
PIVOINE OFFICINALE. PÆONJA OFFIC1NALIS.
Pœonia officinalis . Linn. Spec. 747. DC. Fl. Fr. 4685.
Lapeyr. Hist. Plant. Pyr. 1. 304. Bonpl. Malm. t. 1.
Ses tiges sont hautes d’un à deux pieds , rameuses , striées, quelquefois un peu rougeâtres, garnies de feuilles presque deux fois ailées , divisées en folioles ou en espèces de lobes oblongs , elliptiques ou lancéolés, d’un vert gai en dessus, plus pâles en dessous. Les fleurs sont grandes , d’un rouge vif, solitaires à l’extrémité de la tige et des rameaux. Les fruits sont formés par deux ou trois capsules ovales et velues. La variété qui porte le nom de pivoine mâle a des feuilles plus larges , plus épaisses , à lobes entiers et non divisés. Les capsules sont un peu courbées à leur sommet.
La pivoine officinale croît dans les bois et dans les montagnes des provinces méridionales de la France. On cultive dans les parterres plusieurs variétés à fleurs doubles.
Cette plante a des racines tuberculeuses , charnues , napiformes, recouvertes d’un épiderme rougeâtre, blanches intérieurement. Ces racines ont , dans leur
fraîcheur, une odeur forte , nauséeuse , un peu narcotique , une saveur âcre et amère. En séchant , elles perdent leur odeur, mais elles conservent leur amertume. L’usage de la pivoine remonte à la plus haute antiquité. Suivant les poètes, elle tire son nom du médecin Pæon, qui s’en servit pour guérir Pluton blessé par Hercule.
Galien a beaucoup trop loué les vertus de cette plante , et l’on ne croit point à la guérison qu’il dit avoir opérée sur un enfant sujet à des mouvemens convulsifs, en lui faisant porter un collier de racines de pivoine. Le fait avancé par le médecin de Pergame est sans doute extraordinaire ; cependant , loin de partager l’opinion de quelques auteurs modernes, qui prétendent que la pivoine est dénuée de toute espèce de propriétés, je pense, au contraire, que les racines fraîches contiennent un principe volatil dont l’impression doit être énergique sur le système nerveux. J’en trouve la preuve dans un exemple que me fournit le professeur Fodéré. Un de ses malades , attaqué d’une maladie convulsive, perdit tout à coup le sentiment et le mouvement après avoir avalé une tasse d’infusion de deux gros de racine de pivoine. On ne parvint à le rendre à la vie qu’après un long séjour dans un bain chaud. Je lis également dans les Êphémérides d'Allemagne ( décur . i , ann. 7) qu’un jeune militaire ne pouvait respirer l’odeur forte et volatile de la pivoine sans être affecté de syncope et de sueurs froides.
On peut conclure de ces faits que la racine de pivoine n’est point une substance indifférente ; qu’elle est au contraire pourvue de principes très-actifs, surtout lorsqu’elle est fraîche $ mais qu’011 a besoin de nou-
velles expériences qui constatent ses facultés thérapeutiques. Hippocrate la prescrivait contre l’hystérie et l’engorgement des viscères. Quelques modernes assurent l’avoir employée utilement dans les affections convulsives. Venel lui-même, après avoir traité Galien de charlatan , ne refuse point à la pivoine des propriétés actives , et Peyrilhe la met au nombre des médicamens héroïques.