‹ Phytographie médicaleChapitre 63 sur 116 · P II Y T O G R A P H 1 E · texte numérisé non relu

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caules à leur base. Les épis naissent dans Faisselle des feuilles sur un pédoncule commun qui se divise en deux ou cinq parties, supportant des chatons de fleurs épais et allongés.

Cette plante croît à l’île de France ; on la cultive dans les îles Pacifiques. On en prépare des boissons qui enivrent et jettent dans la stupeur si l’on en prend de iortes doses. L’abus de cette liqueur produit un exanthème particulier ; la peau devient rugueuse , noire , et se détache par écailles. Les yeux s’enflamment, le corps tombe dans le marasme, les facultés intellectuelles s’affaiblissent. Enfin la peau se couvre de taches et d’ulcères ichoreux. (Puinh, Mat. venen.)

Les figuiers , groupe très-voisin des urticées et des pipéracées, nous offrent plusieurs végétaux remplis d’un suc plus ou moins âcre , et quelquefois très-délétère.

Le figuier vénéneux {ficus toocicaria) , sert à empoisonner les flèches à Madagascar et dans l’Inde. Le figuier septique ( ficus septica. Rumph.) distille un suc caustique et corrosif, et nos figuiers meme sont empreints d’une liqueur laiteuse qui ronge les verrues.

Mais l’arbre le plus vénéneux de cette tribu est , sans contredit , Yantiaris toocicaria de Leschenault ( ipo toocicaria. Pers.j). Il en découle par incision un suc jaunâtre, visqueux et amer, connu à Java sous le nom d \ipas antiar. Ce poison est mortel pour les animaux et pour l’homme *, il agit particulièrement sur le cerveau et sur la moelle épinière , excite des vomissemens violens et répétés, des convulsions horribles.

AMENTACÉES. AMEN TA CEÆ .

Amentaceœ. Juss. Vent. DC.

LES SAULES. LE CURÉ DE l’aVEŸRON.

La botanique usuelle est aujourd’hui en grande faveur. On ne cultive pas seulement les végétaux comme objet d’agrément , pour admirer l’élégance de leur port ou la variété infinie de leurs teintes ; on les étudie pour en faire l’application à l’agriculture , à l’économie domestique , aux arts , à la médecine. Le groupe des saules intéresse sous tous ces rapports. Leurs qualités astringentes et balsamiques purifient et assainissent l’air de nos habitations rurales. Au printemps , leurs feuilles exsudent une sorte de manne ou de matière sucrée que l’abeille, affaiblie par un long hiver, va savourer en attendant les fleurs des champs et des prairies. Le menu bétail est très-friand de leurs jeunes rameaux 5 la vache s’en nourrit également. Plantées au bord des rivières et des ruisseaux , les nombreuses espèces de saules en dessinent les gracieux contours par leurs pyramides ascendantes ou renversées , et par leurs chatons de couleurs diverses, qui se balancent au moindre souffle de l’air. Leur ombrage est favorable aux prairies , aux sources

d’eau vive , à l’homme , aux animaux , aux poissons, in. 25

Mais les saules intéressent surtout la médecine domestique. La salicine , principe immédiat de ces végétaux , dont la découverte est toute récente , est un de nos meilleurs fébrifuges. Toutefois l'usage de l’écorce de saule est depuis long-temps vulgaire. Ceci me rappelle une époque de ma vie dont le souvenir me sera toujours précieux. Je traversais le département de l’Aveyron , en suivant la route à peine tracée de l’Auvergne pour me rendre à Paris. On ne pouvait alors voyager sur cette route qu’à pied ou à cheval. A Saint- Flour seulement , on pouvait se faire voiturer dans un chariot découvert qui allait assez rapidement, mais qui vous cahotait de manière à vous disloquer les membres. J’avais laissé derrière moi la petite ville d’Espalion ; je marchais d’un pas leste , comme on marche à vingtcinq ans, quand on est frais, dispos , et qu’on a peur de l’orage sur un mauvais chemin qu’on n’a pas encore parcouru. Pas une maison, pas une chaumière, pas un abri ; c’était une véritable Thébaïde où je craignais de m’égarer, n’ayant pour guide que la lueur des éclairs qui sillonnaient le ciel au milieu d’une obscurité profonde. La Providence veillait sur moi.

Une voix amie , qui retentit encore à mon oreille , se fait entendre : « Vous vous écartez de la route, jeune homme; suivez-moi, le presbytère esta quelques pas d’ici , vous y trouverez un gîte et bon accueil. » Soudain je m’élance sur la modeste monture du vieux curé , et nous galopons ensemble. En moins de quinze minutes nous voilà rendus à la maison curiale. Nous entrons dans une petite salle à manger donnant sur un jardinet d’un agréable aspect. Un gros cep de vigne montait en

dehors sur le mur, comme un serpent, et ses branches , garnies de feuilles et de fleurs , venaient encadrer la fenêtre qui éclairait le réfectoire. Il était environ six heures du soir 5 le couvert du curé était déjà mis.

Une gouvernante, d’un âge et d’une tenue orthodoxes, vient prendre ses ordres, et en attendant que le souper soit servi la conversation s’engage. Ce digne homme me presse de questions ; je lui apprends que je vais à Paris perfectionner mes études médicales 5 il paraît enchanté : « Nous causerons ce soir médecine , me dit-il, c’est une science que j’aime. » Comme il prononçait ces paroles , un ruban de feu traverse l’horizon, dclaire la salle à manger, et nous entoure d’une lueur sinistre ; il est suivi d’un coup de tonnerre qui fait trembler le presbytère. Le bon curé fait aussitôt le signe de la croix , et il voit avec satisfaction que je répète ce signe de salut. Après un instant de silence : « Soyez tranquille , me dit-il , l’orage 11e tardera pas à se dissiper 5 le ciel commence à s’éclaircir. Voyez-vous ce joli village que baigne le Lot? C’est Flaujac , liic jlos jacet 9 là gît la fleur, voilà son étymologie. Toute la vallée est jonchée de fleurs. Certes le nom de Flaujac n’est pas un nom usurpé \ son étymologie est toute naturelle , flos jacet. Nous irons demain, si vous voulez, parcourir les rives du Lot, où nous pourrons cueillir toutes sortes de plantes médicinales : l’armoise, l’absinthe, la camomille, la centaurée, y croissent à foison. Mais j’entends Marie-, voici le souper-, mettons-nous à table, et laissons gronder le tonnerre -, nous sommes ici sous la sauvegarde de Dieu. »

Tout aussitôt mes yeux se portent sur un quartier

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de chevreau qui me paraît d’une cuisson parfaite. Mon estomac , dont l’orage avait électrisé les facultés , en reçoit successivement plusieurs tranches avec un plaisir qui rayonne sur mon visage. Après une petite pause, mon hôte charmé appelle Marie , et presque au meme instant , une omelette toute fumante , ventrue et d’une couleur d’or, vient relever le chevreau réduit à des proportions tellement exiguës, que , dans plusieurs parties , vous auriez vu reluire le périoste. Ce nouveau plat, accueilli avec la même faveur, et arrosé de quelques verres de vin du cru , dissipe enfin les anxiétés de mon estomac. Le dessert fut celui d’un ermite vivant dans une petite succursale : un morceau de fromage d’Auvergne et une douzaine de noix, voilà tout. J’oublie un petit flacon de vin récolté dans le canton ; c’était le pommard de notre bon curé. « Comment trouvez-vous celui-ci, me dit-il ; il aura trois ans aux vendanges prochaines -, il doit vous paraître meilleur. — Vous me comblez , monsieur le curé ; je le trouve excellent. — Eh bien! buvons encore un petit coup. Le vin, pris avec modération , est ami de l’homme ; il répare et soutient ses forces ; la Providence nous l’a donné pour en faire un bon usage. »

Comme on le voit , ce petit repas ne dépassa point les bornes de la frugalité, mais il fut suffisant, et surtout offert avec une bonté toute patriarcale. Il n’y eut point de café ; on ne connaissait guère alors dans ces montagnes les raffmemens de la civilisation. Cette privation fut peu de chose; aujourd’hui, avec nos progrès , elle serait un malheur. Mais nous eûmes le petit verre d’eau de noyau préparée par la gouvernante

Marie, avec les feuilles et l'amande amère du pêcher.

(i Vous allez donc achever vos études médicales à Paris ? C’est une bien belle science que la médecine, n’est-ce pas ? — Oui , sans doute, monsieur le pasteur; mais elle est tellement hérissée de difficultés par les connaissances variées qui s’y rattachent, que je crains fort de n’être un jour qu’un pauvre médecin : voilà ce qui m’attriste. — Eh quoi ! ne peut-on faire la jnédecine •sans être aussi savant? et l’étude de toutes ces sciences accessoires n’éloigne-t-elle pas du véritable but , qui est la médecine pratique ou l’art de guérir? Moi, j’aime surtout l’étude des plantes , parce que c’est là qu’on trouve les remèdes les plus simples et les plus salutaires. Dans mes momens de loisir je parcours les champs , les bois, les bords de la rivière , où je trouve une infinité d’herbes médicinales. Tournefort me sert de guide pour apprécier leurs vertus. * — Mais ce grand botaniste n’estil pas un peu trop crédule ? Il oublie trop souvent que c’est la nature qui guérit , ou que du moins elle doit partager avec le remède les honneurs de la cure. — En effet , je me suis aperçu qu’il exagère les vertus des végétaux. Mais il vaut mieux , je crois , donner quelques tisanes innocentes , que de risquer des remèdes violens qui bouleversent la machine et en brisent les rouages.

« Dans ce pays , par exemple , les fièvres sont quelquefois très-rebelles. Le peuple ne consulte guère que les charlatans, qui lui donnent des vomitifs, du jalap ou la poudre d’Ailhaud (aujourd’hui c’est probablement la drogue Leroy). Ces malheureux malades sont tellement affaiblis par ce traitement, qu’ils meurent de consomption ou sont long -temps à se rétablir. Que/

d’erreurs , que de préjugés à combattre dans nos campagnes ! Mais il faut de la patience , surtout de la douceur, de la pitié. Ces hommes si ignorans , d’un esprit si faible , sont nos frères. Je suis pourtant parvenu à en guérir un assez grand nombre depuis quelques années, en leur donnant simplement, une heure avant l’accès, une forte infusion , soit de petite centaurée , soit de chardon étoilé ou de chardon béni. Lorsque ces remèdes sont insufïisans , une décoction d’écorce de saule , donnée plusieurs jours de suite , arrête ordinairement la fièvre. Il est rare que je sois obligé d’avoir recours au quinquina , remède fort cher pour les malheureux , puisqu’il coûte trois francs l’once.

« — Mais , monsieur le curé , la fièvre dépend bien souvent d’un embarras de l’estomac, d’une congestion de matières bilieuses ou muqueuses , qu’il faut d’abord enlever avant d’en venir à vos infusions amères. — Oh ! je le sais bien. Lorsque l’état de la langue , le manque d’appétit , la couleur terne ou bilieuse du visage , m’annoncent cette complication, je donne deux ou trois grains d’émétique dans trois ou quatre tasses de bouillon d’herbes , et ce remède suffit quelquefois pour dissiper ia fièvre. Si le bas- ventre est embarrassé , j’administre , non pas des médecines noires , mais bien deux ou trois cuillerées de sirop de nerprun que je prépare moi-même , ou bien une tasse de bouillon où j’ai mis à infuser une forte pincée d’écorce de sureau. Je donne ensuite mes tisanes fébrifuges 5 mais , de toutes ces tisanes, celle qui est faite avec l’écorce de saule m’a toujours paru la plus efficace. Je disserte bien longuement devant un jeune médecin qui pourrait m’apprendre lui-

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même beaucoup de choses que j’ignore , et je crains d’abuser de votre patience. — Continuez , monsieur le curé, j’ai beaucoup de plaisir à vous entendre; vous parlez en homme sage, en véritable praticien.

« — Dans les fièvres continues, je rejette les remèdes violens, et je me borne à des boissons délayantes, comme une tisane de chiendent ou d’orge , une eau de veau altérée avec quelques feuilles d’oseille et de pissenlit ; enfin, je prescris un régime doux, et la nature, qui me sait gré de ne l’avoir pas troublée dans ses salutaires opérations, m’associe généreusement à ses succès.

«Pour certaines affections chroniques , dont ma faible expérience et mon savoir borné ne sauraient dévoiler les causes , voici ma méthode : une diète pas trop rigoureuse , quelques légers alimens , peu de médicamens pharmaceutiques, des paroles de consolation, des secours pour les familles pauvres , et l’aide de la Providence. »

Que de sens , que de philosophie , que de douceur et de charité dans cette médecine de curé de village! Son aimable conversation , son accueil hospitalier, me firent passer une nuit délicieuse. Le lendemain , à six heures du matin, il était déjà dans ma chambre. U eût bien voulu faire une excursion botanique , explorer avec moi les coteaux voisins , et surtout me faire admirer le vallon de Flaujac ; mais j’étais pressé d’arriver à Saint- Flour. Après avoir reçu sa bénédiction , je le quittai comme un fils quitte son père , les larmes aux yeux , lui promettant de le revoir lorsque je retournerais dans le Midi. Hélas ! il s’est écoulé trente-six ans depuis ma promesse , et ce vénérable pasteur en avait alors plus

de soixante ! Homme sensible et bon , vrai modèle de toutes les vertus chrétiennes, tes traits si doux sont encore empreints dans ma mémoire. Daigne jeter sur moi un regard favorable, du haut des cieux où tu jouis d’une gloire immortelle, pour le bien que tu as fait sur la terre !

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