‹ Phytographie médicaleChapitre 71 sur 116 · SAULE MARCEAU. SALIX CAPRÆA · texte numérisé non relu

SAULE MARCEAU. SALIX CAPRÆA

Salix caprœa. Linn. Spec. 1448. Hoffm Sal. p. 25. n. 3. t. 3. f. 1. 2. et t. 21. f. a. b. c. DC. Fl. Fr. 2084.

Arbre d’une grandeur moyenne , dont le tronc est droit , grisâtre, gercé , à rameaux élancés, nombreux ,

un peu cassans, d’un vert jaunâtre , garnis de feuilles ovales ou arrondies, pétiolées , épaisses, un peu molles, ondulées et crénelées à leurs bords, quelquefois entières, légèrement velues et d’un vert foncé endessus , blanchâtres et cotonneuses en-dessous. Les chatons mâles sont courts, épais, ovoïdes, tomenteux, à peine pédicellé , garnis à leur base d’écailles jaunâtres et soyeuses. Les chatons femelles sont plus longs, moins serrés; les capsules sont pubescentes, oblongues, un peu ventrues à la base.

Le saule marceau fleurit au printemps , et croît dans les bois, sur les coteaux arides. Ses fleurs mâles sont recherchées parles abeilles; elles exhalent une odeur suave aux approches de la pluie.

SAULE A UNE ÉTAMINE. SALJX MOX ANDRA.

Salix monandra. Hoffm. Sal. n. p. 18. t. 1. f. 1. 2. et t. 5. f. 1. DC. Fi. Fr. 2099. Poir. Dict. Encycl. 6. 640. — Salix purpurea. Linn. Spec. 1444.

C’est un arbrisseau de six à huit pieds , qui a des rameaux très-nombreux , grêles , souples , quelquefois opposés , d’abord rouges ou d’une couleur purpurine , puis jaunes ou olivâtres , toujours luisans et comme vernissés. Les feuilles sont lancéolées , presque linéaires , un peu dentées en scie vers le sommet , presque sessiles, glabres en-dessus , d’un vert glauque en dessous, traversées par une nervure blanche ou roussâtre. Les chatons sont souvent opposés, sessiles, ovales, courts, cotonneux. Les fleurs mâles n’ont qu’une seule étamine. Les fleurs femelles ont un ovaire qui

porte deux stigmates sessiles. Les capsules sont ovales, garnies de poils soyeux et très-courts.

Ce saule croît naturellement au bord des eaux et dans les terres humides, en France, en Allemagne, en Italie , etc. Il fleurit en mars et avril.

Parmi les produits indigènes qu’on a voulu substituer au quinquina , l’écorce des saules nous paraît devoir occuper le premier rang. Cette écorce a une grande amertume mêlée à une saveur légèrement aromatique. Elle contient du tannin et un principe extractif amer un peu acerbe. Son infusion aqueuse est jaunâtre et noircit par l’addition du sulfate de fer. En évaporant la décoction d’écorce de saule , M. Bouillon-Lagrange a obtenu un extrait sec, brillant, rougeâtre, d’une saveur trèsamère et acerbe , ayant beaucoup de ressemblance avec le sel de Lagaraye, excepté qu’il n’attire pas l’humidité de l’air. L’alcohol s’empare aussi des principes de cette écorce -, l’eau trouble la teinture qu’il fournit. L’évaporation laisse une substance jaune , brillante, d’une saveur amère , qui , à une douce température, se fond en répandant une odeur aromatique. Reuss a cherché en vain dans cette écorce les principes qu’il avait trouvés dans le quinquina , mais il y a démontré l’existence du tannin.

Le docteur Edmond Stone avait annoncé, dans les Transactions philosophiques, qu’il avait donné avec un succès complet l’écorce de saule à plus de cinquante personnes attaquées de fièvres intermittentes. Gerhard avait également fait l’éloge de la vertu fébrifuge du saule dans sa Matière médicale, publiée à Berlin en 1766.

En 1767 , Gilibert administrait la même écorce tirée

des branches moyennes de l’arbre , à la dose d’un scrupule toutes les deux heures , et il faisait boire immédiatement après une tasse de décoction préparée avec la meme écorce. Avec cet unique remède il guérissait les

fièvres intermittentes.

Necker disait, en 1768, dans les Délices g allô- b elgiques (Deliciœ Gallo- Belgicce sjlvestres) : « Je connais un arbre dont l’écorce est un stomachique et un .fébrifuge auquel les fièvres intermittentes, tierces et quartes cèdent, quelque opiniâtres qu’elles soient. Voilà donc un remède simple qui produit les memes effets que le quinquina. Si à ces propriétés-là , il joint celles de résister à la gangrène , de meme que l’écorce du Pérou, on pourra le regarder comme le quinquina de Flandre, ou de France, puisqu’il y vient aussi communément. )>

Israël Meyer a publié, en 1770 , une dissertation intitulée : De usu meclico salicis. D’après ce médecin, l’écorce du saule fragile et meme ses feuilles possèdent des propriétés fébrifuges très-marquées.

En 1772 et 1787, Giinz a également écrit sur les propriétés fébrifuges et antiseptiques de plusieurs espèces de saule (Salioc fragilis, pentandra , caprœa , alba ,vitellina, amygdalina ). Ces différentes espèces ont des propriétés identiques. Mais il faut récolter l’écorce de ces arbrisseaux au printemps sur les rameaux de deux ans ou de trois ans , la sécher avec soin , et ne la réduire en poudre qu’au moment d’en faire usage.

Coste et Willemet expérimentaient, en 1 776 , l’écorce de saule blanc, et ils la donnaient à la dose d’un gros en poudre subtile, de quatre en quatre heures. Us

rapportent plusieurs observations de fièvres intermittentes guéries par ce remède. Us ont donné avec le meme succès l’écorce du saule fragile.

Beaucoup d’autres praticiens ont employé les saules avec le meme avantage. Kortum donnait la préférence au saule à feuilles d’amandier comme plus actif contre les fièvres intermittentes; d’autres ont administré le saule fragile ou le saule marceau (saliæ capræa ),' Cullen a particulièrement employé le saule odorant ou pentandrique (salix pentandra) , et ses expériences contrastent avec celles de Bergius, qui assure n’en avoir obtenu aucun bon effet, bien qu’il l’ait prescrit fréquemment dans les fièvres intermittentes. Ego hune corticem inter mittentib us iterum iterumque exhihui, sed irrita conatu. Mat. med., page 839.

Plusieurs médecins français, MM. Monnier, Bertrand, Bodard, etc., ont également recueilli des faits qui prouvent l’action fébrifuge des saules.

On peut administrer l’écorce de saule sous la forme de poudre, en décoction et en extrait. Voici le mode que j’ai souvent employé dans les fièvres intermittentes.

Prenez, écorce de saule finement pulvérisée, une once ; racine de grande gentiane, demi-once; miel blanc, quantité suffisante pour former un électuaire que vous diviserez en dix ou douze prises égales , et que vous donnerez de quatre en quatre heures, ou à des intervalles plus ou moins rapprochés , selon le type de la fièvre. Cet électuaire m’a parfaitement réussi, surtout dans les fièvres intermittentes vernales, et meme dans plusieurs cas où le quinquina avait été administré sans aucun avantage. Dans quelques autres circonstances où le saule

avait seulement diminué la fièvre sans dissiper les paroxysmes , je me suis bien trouvé d’y mêler un tiers de quinquina.

On donne en même temps par-dessus chaque prise d’électuaire une tasse de décoction d’écorce de saule. Cette même décoction concentrée et édulcorée avec le sirop scillitique a guéri une fièvre quarte qui durait depuis plus d’un an , et que les autres fébrifuges avaient exaspérée.

Presque toutes les espèces de saules ont à peu près les mêmes vertus, et au besoin on peut les substituer les unes aux autres. On emploie ordinairement le saule blanc ou le saule marceau , mais le saule à cinq étamines et le saule fragile ne sont pas moins énergiques. Gerhard a beaucoup loué cette dernière espèce. Les feuilles sont amères , balsamiques , astringentes et fébrifuges , mais à uji moindre degré que l’écorce.

La propriété fébrifuge des saules paraît résider dans la salicine, substance nouvelle que M. Leroux a extraite, en 1829, de l’écorce de plusieurs espèces, et particulièrement du saule blanc. Cette substance ne doit pourtant pas être confondue avec les principes alcalins de quelques autres végétaux. Elle se dissout parfaitement dans l’eau chaude, dans l’alcohol et dans l’éther. Elle se décompose par les acides , au lieu de former avec eux des sels, comme la quinine ou la cinchonine.

Presque à la même époque M. Brugnatelli en Italie , et Bûcher en Allemagne, proclamaient l’action fébrifuge d’une sorte d’extrait amer qu’ils avaient obtenu du saule , et qu’ils désignaient également sous le nom

de salicine; mais l’antériorité de la découverte paraît m. 2 c

PHYTOGR APHIE

appartenir au chimiste français. A Paris , et dans nos départemens, les médecins se sont empressés de mettre à l’épreuve cette nouvelle substance, et partout ils ont pu se convaincre qu après les sels de quinquina , c’est le meilleur de nos fébrifuges ; il en est meme qui lui donnent la préférence , mais c’est une erreur qui pourrait avoir des conséquences fâcheuses dans le traitement de certaines fièvres , bien que la salicine ait quelquefois dompté des accès qui avaient résisté au sulfate de quinine.

Une domestique, âgée de vingt-trois ans, avait une fièvre intermittente quotidienne depuis trois mois , lorsqu’elle entra , le 20 août 1829 , dans les salles de clinique. Chaque année au mois de juillet , depuis cinq ans, elle était sujette à des accès fébriles extrêmement rebelles. C’était à Vannes, pays humide et malsain, où la fièvre règne fréquemment , qu’elle en avait été atteinte les quatre années précédentes. On l’avait traitée parle quinquina. Voici quel était son état : teint jaunâtre et blême , faiblesse , torpeur , digestions lentes , difficiles , flatuosités. Le ventre est volumineux , arrondi, nullement sensible à la pression 5 ses parois sont un peu œdémateuses, ainsi que la partie inférieure des jambes. La rate dépasse les fausses côtes 5 elle est un peu sensible. Tous les soirs à six heures, paroxysme fébrile durant plusieurs heures.

Le sulfate de quinine fut commencé et continué jusqu’au 8 septembre sans aucun résultat. En vain on en avait porté la dose de neuf grains à dix-huit. Il fut discontinué dans l’espoir qu’après un intervalle de quelques jours son action se ferait sentir davantage :

il n’en fut rien. Repris à petite dose le i4 septembre, il sembla d’abord diminuer un peu la fièvre , mais l’amélioration ne se confirma pas. On l’éleva rapidement de trois grains à la dose de vingt-cinq grains , sans aucun avantage , même en y ajoutant un grain et demi d’opium par jour. On chercha à influencer fortement le système nerveux par un antispasmodique puissant , et on administra l’assa-fœtida à la dose de trente grains d’abord, puis d’un gros, enfin de deux gros par jour : ce nouveau remède resta sans effet. M. le docteur Miquel , qui se livrait alors à quelques essais sur la salicine, fut curieux d’en faire l’application à une maladie aussi réfractaire au fébrifuge par excellence. Le 5 octobre au matin , la malade en prit trente grains dans une potion gommeuse qui lui fut administrée en trois fois , à six heures de distance. Le soir , elle eut un accès égal en durée et en force à celui de la veille ; il en fut de même les 6 , 7 et 8. Le 9, la malade éprouva une diminution notable dans la force et la durée de l’accès -, le frisson fut presque nul. Le io, l’accès fut extrêmement faible, et le 1 1 il manqua entièrement. Il en fut de même le 12 , le i3 , et les jours suivans. La malade sortit le 28 octobre. M. Miquel l’ayant revue quelque temps après, elle lui apprit que la fièvre n’avait pas reparu depuis Femploi de la salicine.

Un journalier , âgé de vingt-cinq ans, sujet depuis trois ans, tous les automnes, à des accès de fièvre quarte , avait été pris de la même maladie depuis quinze jours , lorsqu’il entra dans les salles de clinique le 3 octobre. La salicine , administrée en poudre à la dose de quinze et de vingt grains par jour, eut un plein succès.

Le malade n’eut que trois accès dans les salles , et sortit complètement guéri le i3 octobre.

M. le docteur Miquel a publié dans la Gazette médicale de Paris (2 janvier i83o) quelques autres observations de fièvres intermittentes où la salicine a déployé la même efficacité. M. le professeur Andral, M. Bally,M. Jadioux ont obtenu de semblables résultats dans nos hôpitaux. M. Olivier, médecin à Montluel, département de l’Ain , pays où les fièvres intermittentes sont endémiques , a combattu avec la salicine des fièvres dont les paroxysmes offraient un caractère pernicieux. M. Lenoble, à l’aide de ce même remède, a guéri des fièvres intermittentes de tous les types à l’hospice de Versailles.

Les essais tentés en Allemagne ne sont pas moins satisfaisans. Le docteur Graff regarde la salicine comme un puissant remède contre les fièvres intermittentes , même larvées , et contre les diarrhées colliquatives. D’après le docteur Linz, la salicine peut remplacer le sulfate de quinine dans la plupart des cas ; il la prescrit avec succès contre la fièvre double tierce , tant chez les adultes que chez les enfans : aux adultes il en donne deux àquatre grains, trois fois en vingt-quatre heures, pendant l’intermission fébrile , après avoir administré un vomitif.

Le docteur Stegmayer , de Darmstadt , a guéri des fièvres intermittentes avec un ou deux grains de salicine mêlés à un dixième de grain d’émétique 5 ce mélange, administré toutes les deux ou trois heures , a eu autant de succès dans les fièvres franches que dans les fièvres larvées. Il fait également usage de la salicine dans les affections catarrhales pulmonaires.

Dans un cas de coqueluche qui durait depuis six semaines , et dont les accès étaient de plus en plus violens, le docteur Busch a donné la salicine avec un plein succès à la dose de deux grains toutes les trois heures. En six jours la toux a disparu.

Pour que la salicine déploie toute son action fébrifuge , il faut l’administrer à des doses beaucoup plus fortes que le sulfate de quinine. On commence par quinze on vingt grains le premier jour, et on élève ensuite les doses jusqu’à trente, quarante et même cinquante grains. Lorsque la fièvre est dissipée , on continue le remède pendant quelques jours afin de prévenir les rechutes.

Les saules ne jouissent pas seulement d’une propriété fébrifuge $ par leurs principes amers , balsamiques et astringens, ils peuvent remédier encore à plusieurs maladies produites par des causes débilitantes. Ainsi on peut employer la décoction, l’infusion aqueuse ou vineuse de l’écorce dans quelques cas de leucorrhée, de scrophules, de goutte invétérée, de scorbut, et autres alfections où dominent le relâchement et l’inertie des tissus organiques.

Je me souviens d’avoir prescrit la décoction de saule dans une diarrhée opiniâtre qui avait succédé à une fièvre rémittente bilieuse , et qui énervait de plus en plus un jeune malade. La diarrhée cessa au bout de huit jours à l’aide de cette décoction, qui fut remplacée par l’infusion de l’écorce dans du vin de Bordeaux. Sous l’influence de cette préparation amère et tonique , l’appétit, qui était presque nul auparavant, se ranima peu

à peu , et en moins de trois semaines le rétablissement fut complet. Ces préparations ont également une propriété vermifuge qui a été remarquée par plusieurs praticiens. Hartmann et Liiders les employaient en injection dans le rectum pour détruire les ascarides.

Les jeunes feuilles sont amères et balsamiques ; les feuilles adultes ont une qualité plus astringente, el peuvent meme dans certains cas remplacer l’écorce. Les chatons répandent une odeur aromatique assez agréable $ on les prescrit en infusion théiforme comme les fleurs de tilleul.

On prépare avec les feuilles et l’écorce des décoctions astringentes et toniques qu’on administre sous la forme de bains , de fomentations, d’injections, dans les cas de rachitis , de rhumatisme invétéré , de paralysie avec faiblesse musculaire, d’ulcérations sordides, gangréneuses, etc. Stoll a plusieurs fois guéri avec une forte décoction de saule la gangrène produite par la situation prolongée du malade sur la même partie -, il faisait préparer cette fomentation antiseptique avec les feuilles et l’écorce du saule blanc..

HETRE. FA GUS.

Fleurs monoïques. Fleurs mâles : chatons pendans , globuleux , serrés ; périgone à six lobes ; huit étamines. Fleurs femelles réunies au nombre de deux dans un involucre à quatre lobes hérissé d’épines molles. Périgone adné à l’ovaire, à six divisions. Un style divisé en trois stigmates. Ovaire à trois loges , dont deux avortent. Le fruit est une noix lisse, triangulaire, à une loge, renfermant une ou deux graines anguleuses.

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