‹ Phytographie médicaleChapitre 85 sur 116 · CYPRÈS PYRAMIDAL. CUPRESSUS SEMPERFIRENS · texte numérisé non relu

CYPRÈS PYRAMIDAL. CUPRESSUS SEMPERFIRENS

Cupres sus sempervirens . Linn. Spec.l422.DESF. Arbr. 2. 566.

Pall. Fl. Ross. t. 53. Duham. Arbr. Ed. Nov. 3. t. 1.

(Test un assez grand arbre toujours vert, dont le tronc, revêtu d’une écorce brune, se garnit de branches verticales , touffues , très-rapprochées , formant une pyramide parfaite. Les feuilles sont très-petites, glabres, pointues , imbriquées sur les rameaux , qui en sont tout couverts. La nuance de ces feuilles et de ces rameaux est d’un vert sombre en hiver ; mais au printemps elle s’éclaircit et devient agréable à la vue , même avant le développement des nouvelles feuilles. Les chatons mâles sont jaunâtres, ovales, et souvent en si grand nombre, que lorsque les étamines répandent leur poussière, on croirait voir sortir une sorte de fumée du milieu des rameaux. Les chatons femelles , moins nombreux et d’une teinte verdâtre , produisent des cônes arrondis , d’environ un pouce de diamètre , semblables à de petites noix, ne mûrissant qu’après l’hiver, et s’ouvrant aux premières chaleurs.

Une variété se distingue par ses rameaux étalés ou pendans vers la terre : c’est le cyprès horizontal ( cupressus horizonlalis) , que les anciens appelaient cyprès mâle.

Le cyprès croît spontanément dans les contrées méridionales de l’Europe , surtout dans la plupart des îles de l’Archipel. Le professeur Desfontaines en a vu de très-beaux sur les montagnes de l’Atlas et aux environs d’Alger. Il est assez commun dans nos départemens du Midi: on le voit, aux environs de Montpellier, dans presque tous les jardins ; en Italie et en Espagne , il fait F ornement des maisons de plaisance.

Les produits de cet arbre ont eu autrefois une certaine réputation comme médicamens. Dans les pays chauds, il s’écoule des entailles pratiquées sur l’écorce du tronc une assez grande quantité de résine d’une odeur douce et aromatique. Dans les climats tempérés , le cyprès donne fort peu de résine; mais il suinte abondamment, surtout des jeunes arbres, un suc résineux blanc, en forme de grains ou de petites larmes cristallines qui s’attachent fortement aux mains pour peu qu’on presse l’écorce , les cônes ou les chatons. Ces grains ont quelque ressemblance avec la gomme adragant, et sont très-recherchés des abeilles.

L’écorce du cyprès est amère , styptique et fébrifuge ; les noix ont également une saveur amère et acerbe. Ces substances, vraiment actives, étaient fort employées contre certains écoulemens muqueux et contre les accès de fièvre. J’ai vu en Languedoc , et particulièrement à Montpellier, le docteur Xavier Puzin guérir des fièvres intermittentes par la poudre des noix et de

l’écorce qu’il administrait dans du vin, à la dose d’un gros , un peu avant le frisson. Le quinquina était alors fort cher, et Puzin faisait avec zèle la médecine des pauvres. Lanzoni, qui avait aussi recours au cyprès pour la guérison des fièvres , lui accordait les vertus du quinquina $ mais c’était vouloir trop prouver.

On emploie , soit l’écorce , soit les noix , pulvérisées et infusées dans du vin ; ou bien on les réduit en pilules. La dose est d’un gros , qu’on prend quelques heures avant l’accès, et qu’on réitère jusqu’à ce que la fièvre soit interrompue.

Les feuilles de cyprès sont également amères et trèsastringentes. On a guéri des enfans , et meme des adultes , affectés de hernies , en appliquant sur la tumeur des cataplasmes préparés avec ces feuilles réduites en poudre et arrosées avec du vin rouge. On renouvelle ce topique tous les jours jusqu’à parfaite guérison.

Le cyprès est un arbre très-célèbre qui abonde dans file de Chypre et dans l’ile de Crète : Pline dit que si l’on y laboure la terre , il y naîtra d’abord des cyprès. Son bois est dur, odorant , finement ondé , et d’une belle couleur rousse 5 il est presque incorruptible, et il dure des siècles : Cciriem vetustatemque non sentit cupressus. Le meme naturaliste parle d’une statue de bois de cyprès placée à Rome dans la citadelle de Jupiter, qui avait six cent soixante-un ans. On renfermait autrefois les objets les p4us rares, les manuscrits les plus précieux, dans des cassettes de cyprès : lœvi scrvanda cupresso. Hor. Les portes de l’église de Saint-Pierre de Rome , qui étaient de bois de cyprès , s’étaient conservées sans altération depuis Constantin jusqu’au

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temps d’Eugène IV, c’est-à-dire près de douze cents ans.

Les Romains plaçaient le cyprès auprès des tombeaux-, Virgile en parle comme d’un arbre qui était l’objet de leur vénération.

« Au sortir de la ville est une hauteur sur laquelle se voit encore un ancien* temple de Gérés, maintenant abandonné; et près de ce temple un vieux cyprès que la piété de nos pères y conserve depuis bien des années. »

Est urbe egressis lumulus , templumque vetustum Desertœ Cereris , juxt'aque antiqua cupressus Relligione patrum multos set'vatci per annos.

AEneid., lib. 2.

Les anciens peuples plaçaient leurs tombeaux dans les plus beaux sites de la nature. Iis choisissaient, tantôt un tertre pittoresque dominant sur un lac, tantôt les bords d’un beau fleuve ou d’un ruisseau épanchant ses flots limpides sur une pelouse parfumée; et ils ornaient cette dernière demeure de rhomme de cyprès, de mélèzes, d’ifs, de lauriers et de myrtes. Au milieu de tous ces attraits de la création , il leur semblait que l’âme , dégagée de l’enveloppe matérielle qu’elle avait animée ,• devait se complaire à voir, du haut des cieux , l’autre moitié reposer au sein du culte et des hommages des vivans.

Toutes ces colonnes de verdure, tous ces feuillages de nuances variées , agités par les vents du soir ; tous ces parfums qui se répandaient au loin et se confondaient avec les larmes , leur inspiraient des sentimens tendres et religieux, leur faisaient envisager la mort sans crainte en les rapprochant de l’immortalité.

Une sorte de faiblesse nous éloigne du cyprès parce

que les poètes Font peint comme un arbre funéraire, comme le symbole du deuil et de la tristesse. Oui, sans doute , les anciens le plaçaient auprès des tombeaux , et cet arbre a quelque chose de mélancolique , surtout lorsque ses rameaux étalés se penchent vers la terre ; mais cette idée de la mort , que notre pusillanimité repousse , reviendra, malgré nous, au moindre bruit, à la moindre douleur, nous assaillir et nous épouvanter. Regardons-la plutôt comme un bienfait qui doit nous délivrer des anxiétés de la vie -, ne l’appelons point , mais sachons l’attendre. Surtout ne nous privons pas de ce qui peut adoucir son image; aimons le cyprès , cultivons-le comme un ami dont l’aspect nous soulage , nous console , et si ses branches inclinées vers la terre nous rappellent l’idée du tombeau , sa tête pyramidale , s’élançant vers la nue, nous montre le séjour de la divinité.

Ce bel arbre se propage par ses graines , qui ne germent qu’après leur parfaite maturité ; ü se plaît dans les plus mauvais terrains ; il répand une odeur balsamique et salubre. Dans l’ile de Candie, où il est cultivé de temps immémorial , on en forme des forets ; il croit rapidement , et devient aussi gros que le chêne sous ce climat. Sa résine, et surtout son bois, sont l’objet d’un commerce considérable. On en fait des plantations destinées à la dot des filles. De là vient la coutume de beaucoup de pères de famille de réserver une portion de terrain qu’ils ensemencent à la naissance de chaque enfant, et dont le produit est réservé pour lui seul ; de là vient aussi qu’on a donné dans cette île le surnom de dot de la fille, dosjiliœ, à cet arbre intéressant.

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