‹ Phytographie médicaleChapitre 90 sur 116 · GENÉVRIER SABINE. JUNIPERUS S A BINA · texte numérisé non relu

GENÉVRIER SABINE. JUNIPERUS S A BINA

Juniperus sabina. Linn. Spec. 1472. DC. Fl. Fr. 2067.

Lapf.yr. Hist. Plant. Pyr. 2. 608. Pall. Fl. Ross. t. 56.

(Planche 1 490

C’est un arbrisseau recouvert d’une écorce rougeâtre , haut de huit à dix pieds , et dont les rameaux , redressés et nombreux , se couvrent de petites feuilles opposées , pointues, comme imbriquées , et persistantes. Les feuilles des rameaux supérieurs sont à demi ouvertes , et un peu plus longues dans une variété qu’on appelle improprement sabine femelle ou Sabine à feuilles de tamarisc; celle-ci a d’ailleurs la tige plus faible, moins haute et un peu inclinée. Les baies sont latérales , arrondies et d’un bleu noirâtre. On trouve cet arbuste dans nos provinces méridionales , en Italie , en Suisse , où il fleurit au printemps.

Il est très-commun dans les Pyrénées-Orientales , aux environs de Villefranche et de Rivesaltes, à Hautpoul , dans les Corbières, d’où on le porte à Perpignan pour chauffer les fours.

La sabine a une odeur forte , très-pénétrante, une saveur chaude et amère 5 elle contient une grande quantité d’huile essentielle incolore. La poudre des feuilles appliquée sur la peau dénudée y produit une impression irritante , presque caustique. C’est avec raison qu’011 a compris cet arbrisseau parmi les poisons âcres. On l’a souvent employé dans des vues criminelles comme un puissant emménagogue ; mais, au lieu de provoquer les règles, il cause très-souvent une inflammation plus ou moins violente , et même des érosions dans les tuniques digestives.

Une jeune personne de la province avait pris le matin à jeun un paquet de poudre de sabine que lui avait procuré un herboriste. Elle éprouvait depuis environ quinze jours des douleurs presque continuelles dans la région épigastrique 5 mais elle s’efforcait de cacher ses souffrances à sa famille. Enfin , vaincue par la douleur, elle prit le parti de tout révéler. Le docteur D*****, appelé pour soigner la malade , prescrivit un traitement antiphlogistique , des bains , une diète sévère , et dans l’espace de trois semaines tous les symptômes d’inflammation disparurent. Six mois après, cette jeune personne accoucha sans accident de deux filles. ( Observation communiquée. )

Une femme enceinte , âgée de trente ans , prit une infusion de sabine dans le dessein de se faire avorter. Ce poison provoqua d’abord des vomissemens violens et continuels , et quelques jours après des douleurs atroces , une hémorrhagie considérable , l’avortement et la mort. A l’autopsie, on trouva la vésicule biliaire rompue, et les intestins enflammés. (Murray, Apparat, med. , tome 1 , page 59.)

Ainsi que tous les médicamens tirés des poisons , la sabine doit être administrée avec beaucoup de prudence. L’étude plus approfondie des inflammations chroniques a beaucoup ébranlé l’antique renommée des emménagogues, et les médecins n’ont recours aujourd’hui à la sabine que dans quelques cas extrêmement rares ; encore ont-ils la précaution de l’incorporer dans des substances mucilagineuses pour en diminuer l’action irritante. La dose des feuilles réduites en poudre est de dix , quinze ou vingt grains, mêlés avec du miel ou de la gomme.

On prépare une infusion aqueuse ou vineuse de sabine dans la proportion d’un gros par livre de liquide. Ces infusions se prescrivent par cuillerées. La dose de l’huile volatile est de quatre , six et huit gouttes sur du sucre ou dans une potion appropriée. Cette huile est très-énergique $ à une dose un peu plus forte , elle peut causer l’empoisonnement , surtout si le sujet est trèsirritable.

Le professeur Hufeland, qui a administré avantageusement plusieurs préparations de sabine dans quelques affections goutteuses d’un caractère opiniâtre, dit que J’huile essentielle a déterminé, à la dose de cinq ou six gouttes , une irritation inflammatoire des reins et de la vessie , qui n’a pu se dissiper qu’après plusieurs jours par l’usage des huileux , des mucilagineux et autres antiphlogistiques.

On a employé comme un très-bon vermifuge la dé- ' coction des feuilles , et même le suc exprimé des jeunes rameaux, à la dose d’une cuillerée à bouche -, mais nous avons des remèdes plus sûrs et plus efficaces. Je préférerais en pareil cas l’application sur l’abdomen des

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