‹ Picciola (volume 3)Chapitre 33 sur 65 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

de la clôture de .'auberge, et Teresa, toi jours pensive, douloureusement affectée au milieu de tous ces préparatifs, songeait au temps qui s'écoulait, à l'espoir qui se perdait, à la fleur qui se mourait !

— Une nuit ! une nuit ! se disait-elle ; le malheureux comptera les minutes tandis que je dormirai ! Demain, peut-être, il me sera de même impossible de trouver une occasion de départ !

Et elle regardait tour à tour et attentivement les deux marchands attablés, comme si son unique ressource était en eux. Cependant elle ignorait quelle route ils devaient tenir, s'ils voudraient, s'ils pourraient se charger d'elle ; et la pauvre fille, peu habituée à se trouver seule, ainsi livrée à elle-même au milieu d'étrangers, n'osait les interroger, et, poussée par son bon vouloir, retenue par sa timidité, un pied en avant, la bouche entr'ouverte, elle restait en place, muette, indécise, lorsque soudain, se montrant devant elle, la servante lui présente une lumière et une clef, en lui désignant du doigt la chambre qu'elle doit occuper.

Rappelée au sentiment de sa position, forcée de se décider, Teresa aussitôt écarte légèrement du bras la Giannina, et s' avançant, non sans grande émotion, vera 6 couple attablé :

— Pardonnez à ma juestiou, dit-elle d'une voix tremblante : — Quelle route devez-vous prendre en quittant Turin?

— La route d'Alexandrie, ma belle enfant.

— D'Alexandrie ! C'est mon bon ange qui vous a conduits jusqu'ici.

— Votre bon ange nous a fait prendre de bien vilains chemins, signorina, dit la femme ; aussi nous sommes moulus.

— Mais, voyons, à quoi pouvons-nous vous êtr« utiles? dit le marchand.

— Une affaire pressante m'appelle à Alexandrie; voulez-vous m'y conduire 1

— C'est impossible ! dit la femme

— Oh ! je, vous paierai bien !... deux pièces à Saint- Jean-B^tiste ! dix livres de France.

— C'est difficile, reprit l'homme. D'abord, la banquette est étroite, et c'est à grand'peine qu'on y tiendrait trois. Il est vrai que vous ne devez pas être gênante ; mais il y a une autre difficulté, mon enfant. Nous nous rendons au mercato de Revigano, près d'Asti, et non à Alexandrie. C'est à moitié route, et voilà tout.

— Eh bien ! dit la jeune fille, conduisez-moi jusqu'à la porte d'Asti ; mais partons ce soir même, à l'instant.

— Impossible ! impossible 1 répéta le couple marchand. Nous ne vendons ni notre sommeil, ni nos fatigues.

— Je doublerai la somme ! interrompit Teresa à voix basse.

Le mari regarda sa femme en la consultant de l'œil.

— Non! non! dit celle-ci; c'est vouloir se rendre malade; puis Losca et Zoppa ont besoin de repos. Veux-tu les tuer?

— Cluatre pièces ! murmura le mari duatre pièces.

— Losca et Zoppa valent mieux que cela.

— Pour la moitié du chemin, la somme double !

— Eh! qu'importe ! mieux vaut un simple sequin de Venise qu'une double parpaïole de Gènes!

Cependant l'idée des quatre pièces, l'appât d'un gain E) facile, ne tarda pas d'agir sur la femme comme sur le

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