‹ Picciola (volume 4)Chapitre 107 sur 129 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

s'allongeant, détendant la spirale qui lui sert de pédoncule pour fleurir au-dessus des flots, tandis que l'époux, privé de cette faculté d'extension, brise violemment les liens qui le retiennent pour venir s'épanouir près d'elle, et mourir en la fécondant.

— Quoi! ces choses existent, s'écria Charney, et la plupart des hommes ne daignent point tourner leurs regards de ce côté !

Ce fut là une des leçons du vieillard

— Mon ami, lui disait un jour son compagnon, tandis qu'ils siégeaient encore tous deux sur le banc des conférences, les insectes, dont vous avez fait votre étude chérie, ont-ils donc pu vous offrir autant de merveilles à observer qu'à moi ma Picciola?

— Tout autant, répondit le professeur . Croyez-moi, vous n'apprécierez même bien votre Picciola qu'en faisant connaissance avec ces petits êtres animés qui viennent parfois la visiter, voler et bourdonner autour d'elle. Alors vous verrez ces nombreux rapports, ces lois secrètes qui lient l'insecte à la plante, comme l'insecte et la plante au reste du monde ; car tout est né de la même volonté, tout est gouverné par la même intelligence 1 Newton l'a dit : L'univers a été créé d'un seul jet. De là cette harmonie, cet accord général que nous ne pouvons saisir dans son vaste ensemble, mais qui existe cependant.

Girhardi allait donner du développement à sapensée, quand, s'arrêtant tout-à-coup, les yeux fixés sur Picciola, il garda quelques minutes un silence attentif.

Un papillon aux riches couleurs se tenait sur un

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des rameaux de la plante, les ailes agitées d'un frémissement tout particulier.

— A quoi pensez-vous, mon ami?

— Je pense, répliqua le professeur, que Picciola va m'aider à répondre à votre précédente question . Regardez ce papillon. Dans le moment où je parle, il force votre plante de contracter un engagement avec lui. Oui, car il a déposé l'espoir de sa postérité sur une de ses branches.

Charney se pencha pour vérifier le fait. Le papillon partit après avoir enduit ses œufs d'un suc gommeux capable de les bien fixer à l'écorce du végétal.

— Eh bien 1 reprit Girhardi, est-ce par hasard et à la bonne aventure qu'il est ainsi venu charger Picciola de son précieux dépôt? Gardez-vous de le croire î La'nature a réservé une espèce de plantes à chaque espèce d'insectes. Toute plante a son hôte à loger, à nourrir. Maintenant, comprenez ce qu'il y a de saisissant dans l'action de ce papillon. Il a d'abord été chenille lui-même, et, chenille, il s'est nourri de la substance d'une plante pareille à celle-ci; ensuite il a subi ses transformations ; et, infidèle à ses premières amours, il a volé indistinctement sur toutes les fleurs pour aspirer les sucs de leurs nectaires. Eh bien ! quand le moment de la maternité est venu pour lui, pour lui , qui n'a point connu sa mère, et qui ne verra point ses enfans (car son œuvre est accomplie, et il va mourir), pour lui, que, par conséquent, l'expérience n'a pu instruire, il est venu confier sa ponte à la plantf\ semblable à celle qui l'a

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