ACTE TROISIEME
FRÉDÉRIC, lisant.
« Adieu pour toujours ! »
MARTHE, avec joie, à part.
Pour toujours !
FRÉDÉRIC
Là! dans ma chambre ! cette lettre ! Et l'écriture toute fraîche encore ! Mais elle est donc venue ? Elle était donc
là? Réponds! (Saisissant avec violence la main de Marthe et la forçant à
descendre.) Mais répondras-tu ?
MARTHE
Elle était là! oui!
Et tout ce que son frère a dit, elle a pu l'entendre?
MARTHE
Oui!
FRÉDÉRIC, dont la colère grandit.
Et tu me caches sa présence... et tu la laisses, épouvantée du sort dont on la menace, me fuir, m'échapper pour toujours?
MARTHE
Oui!
FRÉDÉRIC, exaspéré.
Et qui t'a permis? dis... qui t'a permis d'agir de la sorte ?
MARTHE
Mon dévouement pour vous !
FRÉDÉRIC, de même.
Et l'ai-je demandé, cet odieux dévouement que tu m'imposes!... et qui depuis le jour maudit où je t'ai ramassé dans la rue, n'a jamais été bon qu'à troubler toutes mes joies?...
MARTHE, avec douleur.
ODieu!...
FRÉDÉRIC, de même, sans l'écouter.
Mais je n'en veux pas de ton dévouement ! Je n'en veux plus, entends-tu bien ! il m'importune ! il m'obsède, il m'exaspère!... Et tu vas m'en délivrer en quittant ce logis, à l'instant !
MARTHE, épouvantée.
Moi?
FRÉDÉRIC
Avant la nuit !
MARTHE
Que je parte ?
FRÉDÉRIC
Sur l'heure! — Et va, si tu veux compléter ton œuvre, en révélant au Strozzi l'enlèvement que je projette !
MARTHE
Mais c'est horrible! ce que vous faites là!... c'est horrible! me faire un crime de vous aimer !
FRÉDÉRIC
Malgré moi, oui!
MARTHE, désespérée.
Et chassée! moi chassée!... par vous!,..
FRÉDÉRIC
Oui, je te chasse!
MARTHE
Et pour cette femme! à cause d'elle! Mais qu'a-t-elle donc pour elle, votre Elena? Son nom, sa fortune? elle va la perdre! sa beauté? mais il s'en est bien trouvé quelque autre dans votre vie... aussi belle et plus tendre, et plus dévouée ! Et vous ne l'avez pas épousée ! celle-là. Et