‹ Piccolino; opéra-comique en trois actesChapitre 14 sur 139 · ACTE PREMIER. il · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. il

Je l'aimais tant, hélas! moi-môme...

Comment douter de ses serments?. . .

Elle remonte lentement, et va sur le seuil de la porte d'entrée, regarder tristement la campagne couverte de neige; la porte de la salle à manger s'est rouverte à la fin de l'air : Vergaz et madame Tidmann entrent, Vergaz avec un panier de fruits, madame Tidmann avec des corbeilles pleines de mousse, et la suivent des yeux en descendant. Au fond Charlotte met le couvert. Denise va chercher Marthe et l'entraîne doucement dans la salle à manger.

VERGAZ, suivant des yeux Marthe qui disparait au fond.

Vous avez beau dire, madameTidmann, c'est plus agréable de voir des jeunesses gaies comme vos demoiselles, que tristes comme mademoiselle Marthe.

MADAME TIDMANN, assise à droite de la table, dans le grand fauteuil, et posant ses corbeilles sur la table.

Ah ! bien, elle n'a pas de quoi être bien gaie non plus, la pauvre enfant!...

VERGAZ.

C'est vrai, tout de même !... Si c'est, comme on dit dans le pays, une enfant trouvée.

MADAME TIDMANN, préparant une corbeille.

Une enfant trouvée!... Qui est-ce qui vous a conté ces histoires-là?

VERGAZ.

Dame! je ne sais pas, moi l Je ne suis dans le pays que de l'année passée.

MADAME TIDMANN, de même.

Asseyez-vous là... Vous allez m'aider, et je vais vous

COnter Ça!... (Vergaz s'assied sur l'escabeau entre la cheminée et la table,

et lui passe les fruits à mesure.) Il y a, voyons... oui... une quinzaine d'années!... Ah ! mon Dieu! il me semble que j'y suis

encore... Nous allions nous mettre à table... comme à présent, tenez ! quand il nous arriva une pauvre femme avec une lettre d'un-.pasteur de Chambéry; c'était la veuve d'un maître d'école;... elle était bien malade, la pauvre créature!... Elle toussait, toussait... Et les médecins pensaient que l'air de notre pays pourrait la guérir. Elle avait avec elle sa petite fille, qui était chétive et pâle... c'était Marthe !... A l'automne, la mère était morte... Notre docteur, qui l'avait soignée, dit à monsieur Tidmann : « Qu'estce que vous allez faire de la petite fille, maintenant? — Je relèverai comme si elle était à moi, répondit mon mari. — Alors, dit le médecin, ne la gardez pas chez vous, car elle a la maladie de sa mère. Il faut choisir une bonne ferme, dans la montagne,... l'y placer comme un enfant en nourrice, et la laisser vivre là, en vraie paysanne, au pâturage et à l'étable. » (Charlotte, pendant cette dernière phrase, descend de la salle à manger, et vient à sa mère pour prendre la corbeille prête.)

VERGAZ.

Le fait est qu'il n'y a rien, pour se bien porter, comme de vivre avec les bêtes ! Voyez plutôt mes enfants...

MADAME TIDMANN.

C'est donc madame Mathois... (Apercevant charlotte.) Tiens...

Charlotte... (Elle lui remet la corbeille pleine. — Charlotte remonte à la

salie à manger. —Reprenant.) Madame Mathois, la fermière, à un quart de lieue d'ici, qui se chargea de la petite. Elle n'avait pas cinq ans, qu'elle gardait déjà les chèvres. (Marthe, au

fond, parait, achevant de mettre le couvert. Denise sort de la salle à manger et rencontre Charlotte qui lui montre Marthe en indiquant que l'on parle d'elle. Elles redescendent toutes deux à leur mère.) Enfin, il n'y a que

six mois que le docteur a dit à mon mari ; « Maintenant, vous pouvez la prendre chez vous, je vous réponds de sa santé... » Nous l'avons prise avec nos filles... c'est bien simple... Et voilà toute l'histoire... • .]

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