‹ Piccolino; opéra-comique en trois actesChapitre 42 sur 139 · SCENE XIII · texte numérisé non relu

SCENE XIII

MARTHE, seule, après l'avoir suivi du regard, et tournée encore vers la salle à manger, resplendissante de lumière.

Lui partir! et quitter pour moi tout ce qu'il aime!... Et me ravir l'honneur de triompher moi-même!...

Descendant.

Non! non! Ce n'est pas lui qui partira!... C'est moi... C'est à moi d'obtenir que l'ingrat me revienne. C'est à mon âme à conquérir la sienne!... Oui, dans mon amour seul, pour l'attendrir, j'ai foi!

VOIX. DE VERGAZ, dehors, au loin.

Neuf heures ! Il neige !

MARTHE

Neuf heures! Ah! partons! Plus tard je ne pourrais!...

Le chemin, je le connais...

Que le ciel me protège...

Et partons à l'instant...

Laissons-leur un adieu du moins en les quittant.

VOIX DE VERGAZ, plus lointaine,

Neuf heures !... 11 neige !...

Elle s'assied à la grande table, et écrit. LES ENFANTS, au fond, chantant, pendant que Marthe écrit.

Voici la Noël des anges, Voici la Noël!...

Le Seigneur allume au ciel Un bel arbre pour ses anges; Le Seigneur allume au ciel Un bel arbre de Noël !

Z|2 PICCOLINO.

MARTHE, lisant ce qu'elle écrit, tandis que les enfants chantent le chœur.

« Pardonnez à la pauvre coupable, monsieur Tidmann, et priez pour elle. Elle part à votre place. Je suis sûre que Dieu m'approuve, et qu'il veut me faire mériter, à force de dévouement et de vertu, le véritable amour dont ma faiblesse m'avait rendue indigne. »

DENISE, entr'ouvrant la porte de la salle à manger.

Marthe ! viens donc voir ton cadeau,

MARTHE, debout, vivement, et essayant de sourire.

Oui!... j'y vaisl... {La porte se referme. Elle jette sa pelisse sur ses épaules. Se tournant vers la porte du fond.)

Adieu! Je pars, et dans mon cœur je vous emporte!... Car pour moi vous étiez tous bons, Et je vous aime, je vous aime !

Elle gagne la porte de sortie. — Au même instant , reprise au fond par les voix de femmes du motif de la Noël.

Messieurs les Rois Mages, etc.

Émue, Marthe s'arrête et revient sur ses pas jusqu'à la porte de la salle à manger, et puis défaillante à la pensée de tout ce qu'elle va quitter, elle se laisse glisser sur un siège, entre la porte du fond et celle de la sortie, et pleure tristement. La porte de la salle à manger s'ouvre ; elle se relève vivement et gagne la sortie. — Denise sort de la salle à manger, cherchant Marthe.

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