ACTE DEUXIÈME
Tout réussit à l'audace !
Je l'aime et je suis aimé.
Comme un parfum qui m'enivre Sa présence ravit mon cœur; Et je me sens deux fois vivre Sous son regard enchanteur I
Les oiseaux chantaient dans l'espace Tout rempli du parfum des fleurs, Et plus charmante était sa grâce Que ces chansons et ces senteurs.
A la voir si jeune et si belle Jadis les pâtres de ces lieux, Eussent pensé qu'une immortelle Venait de descendre des cieux !
Pour revoir, pour entendre encore
L'enchanteresse que j'adore Je me ris des jaloux, je brave le péril, Loin d'elle l'existence est un mortel exil !
MARCASSONE, qui Ta écouté, avec admiration, l'époussetant, obséquieux et servile.
Mais enfin, vous l'avez revue, malgré cet argus... et comment ?...
FRÉDÉRIC, gaiement.
L'audace!... Tu sais mes vains efforts pour me rapprocher d'elle?...
MARCASSONE.
Oui.
FRÉDÉRIC
Toujours enfermée... gardée à vue... et ce maudit frère à ses côtés!...
MARCASSONE.
SitSii
FRÉDÉRIC
Enfin, ce matin... à bout de patience... je tente un coup désespéré.
MARCASSONE, avec admiration.
Ohimè!... quelle pétulance !... Je l'adore!...
FRÉDÉRIC
... Je franchis le mur de la villa, et me jette dans le bosquet, le plus épais, avec la ferme résolution de rester là, tout le jour, toute la nuit!... demain, après-demain... ma vie entière!
MARCASSOXE, effrayé.
Sans nourriture?
FRÉDÉRIC
Tant que je n'aurais pas vu Elena... pour lui parler, ou du moins lui remettre certain billet !...
MARCASSONE.
Quelle témérité !
FRÉDÉRIC, gaiement.
... Le ciel ne les déteste pas... car j'étais là depuis un quart d'heure à peine, quand Elena paraît dans le jardin, cueillant des fleurs pour s'en faire un bouquet... mais suivie de l'inévitable frère ! Je guette l'instant où Strozzi détourne les yeux, j'écarte le feuillage, je fais signe à Elena, et je glisse lestement mon billet dans le calice d'une fleur qui semble placée là tout exprès. Strozzi s'est retourné... j'ai déjà disparu!— Doucement, sans affectation, Elena vient de mon côté, cueille la fleur... et la lettre!... puis s'éloigne vivement en reprenant le bras de son frère. Je quitte ma retraite, je franchis le mur de nouveau, et me voilà, ravi d'un succès si complet et si prompt que j'en suis encore à me demander si ce n'est pas un rêve!...