‹ [Pièces de théâtre, 1820-1822]Chapitre 139 sur 453 · ACTE II, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE XI

SAINT-CLAIR

Non, du tout.

VALCOUR

Un écrit d'une idle importance,

Aurais-je à quelque scribe osé le conlicr ?

Je n'avais pas le temps de le recopier ;

Et sans vous....

SAINT-CLAIR

Une chose ici me semble étrange.

VALCOUR

Quoi donc ?

SAINT-CLAIR

Dans cet écrit vous accusez Solange Des plus vils sentimens , des actes les plus bas, Vous le déshonorez , et vous ne signez pas ! Ce procédé m'étonne , et je vous le confesse.

VALCOUR

Bien , mon ami , voilà de la délicatesse. J'aime en un jeune cœur de pareils mouvemens : Très-bien. Mais je vous dois des éclaircissemens. Il est vrai , d'ordinaire un écrit anonyme Mérite , j'en conviens, le mépris unanime •, Mais il peut être un bien, suivant l'intention , Et même devenir une bonne action.

SAINT-CLAIR

Expliquez-vous j cela me paraît difficile , Je l'avoue.

VALCOUR

Ecoutez. Mon ami Roberville , Par Solange , un fripon , fourbe des plus adroits , Voit disputer un poste auquel il a des droits.

6i LE FOLLICULAIRE.

Je pouvais , lui prêtant un appui secourable , Poursuivre ouvertement et perdre un misérable 5 Je le devais peut-être , et ne l'ai pas voulu. A des moyens plus doux je me suis résolu. De ses nombreux méfaits ma plume accusatrice A tracé , sans aigreur, une légère esquisse. Qu'en peut-il résulter? Voyant qu'il est connu , Par la peur d'un éclat tout à coup retenu , Craignant qu'aux tribunaux je donne connaissance Des preuves par écrit qui sont en ma puissance , Solange, prudemment , à ce premier signal Va laisser le cliamp libre à son heureux rival. Mais je n'ai pas signé ! Vous allez, je m'en flatte j Voir que ma retenue est noble et délicate. Au bas de cet écrit si j'avais mis mon nom , Solange était forcé de s'avouer fripon ; Ou , réclamant des lois l'équité protectrice , Il fallait qu'il osât me traduire en justice. L'un ou l'autre parti le perdait sans retour : J'ai des preuves en main plus claires que le jour. Mais , en ne signant pas , ma bonté se déploie j Pour fuir le déshonneur je lui laisse une voie. Il peut crier partout au calomniateur , Exciter le public contre son délateur , Et renvoyer la honte à la main ennemie , Qui dans l'ombre sur lui déversa l'infamie. Ainsi tout est au mieux : l'un est récompensé, Et l'autre garde encor l'espoir d'être placé.

SAINT-CLAIR

Oui , ces distinctions ont droit de me confondre : A vos raisonnemens je n'ai rien à répondre ; Mais je ne me sens pas tout-à-fait convaincu.

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